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Le Baal Chem Tov
Le juste qui modifia la conception de la Torah


Le nom de Rabbi Israël Baal Chem Tov est chargé d'un contenu merveilleux. Il évoque une sainteté particulière, des miracles transcendant les voies de la nature. De plus, l'enseignement qu'il délivra, la ‘Hassidout, a exercé et exerce encore une influence fondamentale sur l'ensemble du peuple juif. Pendant les deux cent cinquante dernières années, ses grands principes, l'amour du prochain, la joie, la méditation à la divine Providence, sont devenus l'héritage de tout Israël.

Durant toute la première partie de son existence, le Baal Chem Tov cacha sa grandeur. On ne savait qui il était et on le prit d'abord pour un simple villageois. Chaque fois qu'il pouvait être découvert, il disparaissait, sans que l'on puisse retrouver sa trace. Par la suite, il se révéla dans toute sa grandeur et l'on put reconnaître en lui un immense érudit de la Torah, en possédant les différentes disciplines. Et, le Baal Chem Tov accomplit également de nombreux miracles, au point que la Tradition d'Israël retient de lui l'image d'un Juste maîtrisant parfaitement les voies de la nature et n'y étant nullement soumis.

Mais, avant tout, Rabbi Israël Baal Chem Tov modifia la perception que le peuple juif pouvait avoir de la Torah. A son époque, celle-ci était réservée à une élite intellectuelle, marquant son mépris envers les hommes du commun. Le Baal Chem Tov sut la rendre accessible à tous. Il montra que l'homme intègre qui apprend un Midrach ou lit des Psaumes avec ferveur peut égaler celui qui en possède la connaissance la plus profonde. De fait, il resta, tout au long de sa vie, à l'écoute des hommes, y compris les plus simples. Il se distingua par l'amour profond qu'il vouait à chaque Juif et c'est avant tout cette image de sa personnalité qui fut retenue par la Tradition.

Bien souvent, la notion de miracle est également liée au Baal Chem Tov plus qu'à n'importe quel autre Juste. Les récits rapportant ces miracles sont si nombreux qu'ils sont devenus partie intégrante de sa personnalité, au point que tout miracle transcendant les voies de la nature, même s'il est réalisé par un autre Juste, est bien souvent qualifié de "miracle digne du Baal Chem Tov".

 

 
Eléments biographiques

Le Baal Chem Tov perdit ses parents à l'âge de cinq ans. Il n'eut donc que bien peu de temps pour recueillir l'enseignement que pouvait lui transmettre son père, Rabbi Éliézer. Il retint, néanmoins, les derniers mots qu'il lui adressa, avant de quitter ce monde. Son père lui dit alors : "Tu ne craindras rien d’autre que D.ieu et tu aimeras chaque créature." Cet enseignement allait devenir, à proprement parler, la devise du Baal Chem Tov, qu'il mit en pratique tout au long de son existence.

Le Baal Chem Tov naquit le 18 Eloul 5458-1698, dans la ville d'Akop. Son enfance est relativement peu connue. On sait, néanmoins, que son éducation fut assurée par les plus grands des " Justes cachés ". Très vite, il accumula d'immenses connaissances et devint lui-même l'un de ces Justes. A'hya de Shilo, un maître de la Kabbala et un Juste d'une immense envergure, qui vécut à l'époque de la sortie d'Égypte et, par la suite, fut un membre du grand Tribunal, à l'époque du roi David, fut délégué dans ce monde matériel afin de devenir le maître du Baal Chem Tov et de lui enseigner la Torah.

A l'âge de dix huit ans, le Baal Chem Tov modifia profondément l'organisation du mouvement des "Justes cachés". Il leur assigna, tout d'abord, pour mission première d'enseigner la Torah aux enfants juifs dans les villages et les bourgades coupés des grands centres urbains. Par la suite, Rabbi Israël Baal Chem Tov prit la succession de Rabbi Adam Baal Chem à la tête des "Justes cachés".

Dix huit ans plus tard, soit en 5594-1734, c'est-à-dire à l'âge de trente six ans, le Baal Chem Tov cessa d'être un Juste caché et il se révéla, dans toute sa grandeur, devenant le grand maître qui enseigna au monde une manière nouvelle de servir D.ieu, la ‘Hassidout.

Le Baal Chem Tov fixa lui-même les grandes idées de la ‘Hassidout. Il souligna, tout d'abord, la nécessité d'aimer chacun tel qu'il est. Il montra la qualité des personnes simples, expliqua comment l'on peut apprécier chaque créature, quelle que soit, par ailleurs, sa situation morale. Il enseigna que tout est Divinité, au sein de la matière, que D.ieu seul possède l'existence véritable. Il souligna l'importance de la joie, au point d'en faire une attitude permanente. Il condamna fermement la tristesse et la mélancolie.

La seconde partie de la vie du Baal Chem Tov, qui fit suite à sa révélation, est essentiellement connue par les récits qui sont parvenus jusqu'à nous. Ceux-ci reflètent l'image fidèle d'une personnalité merveilleuse, totalement hors du commun et montrent l'application des grands principes qui sont à la base de son enseignement. De ce fait, ils délivrent de précieuses leçons, cultivent la foi pure, permettent de considérer d'un autre oeil le monde, en général et son prochain, en particulier.

Rabbi Israël Baal Chem Tov quitta ce monde à Chavouot 5520-1760.

 

 
L'apport de la 'Hassidout


 Rabbi Yossef Its'hak, précédent Rabbi de Loubavitch, définit, en ces termes, l'apport du Baal Chem Tov et de la ‘Hassidout, qui permit d'instaurer l'harmonie entre l'intellect et l'émotion :

 "La ‘Hassidout, fondée par le Baal Chem Tov, introduisit une manière nouvelle de servir Dieu, permettant l'élévation de 1' âme de chacun. Elle apporte à un Juif la satisfaction morale, lui montre à quel point il peut s'attacher à Dieu, s'enflammer en priant, se réjouir de chaque acte de Son service et, de manière générale, de toute son existence.

 La ‘Hassidout est une discipline de l'esprit à part entière. Elle montre à l'homme à quel point il est insignifiant et jusqu'à quel stade il peut se grandir. Elle lui permet de déterminer sa véritable nature, d'établir un bilan de son étude de la Torah et de sa pratique des Mitsvot, de déterminer ce qui lui manque et de combler ses lacunes.

 La ‘Hassidout ‘Habad, en particulier, offre une approche intellectuelle de la Divinité et met en éveil les sentiments du cœur, à la mesure de ce qu'elle permet de comprendre. Elle ouvre devant chacun la voie qui conduit vers le service Dieu, par son cerveau et par son cœur.
 Le cerveau et le cœur ont des natures opposées. Le premier est froid et méthodique et le second est bouillant et impulsif. La ‘Hassidout montre donc que l'on peut canaliser le sentiment pour le service de Dieu en en faisant un résultat de la compréhension. Car, le cerveau doit diriger le cœur.
 Il est dit : "Connais le D.ieu de ton père et sers-Le d'un coeur entier." En effet, la perception, y compris la plus profonde, de la Divinité doit nécessairement avoir une incidence sur la manière de Le servir, sur la pratique des Mitsvot et l'amélioration de sa personnalité. Un tel résultat peut être obtenu uniquement quand le cerveau domine le cœur, quand la réflexion se reflète dans l'émotion et quand l'action de l'homme, sa crainte de D.ieu et ses qualités morales sont motivées par l'une et l'autre.

 La ‘Hassidout recherche et trouve l'âme de toute chose. Elle met en évidence et explique la vitalité de la Torah, de la Mitsva, la ferveur de la prière, la finesse d'un sentiment, la dimension spirituelle d'un objet matériel. Elle en offre une analyse méthodique et permet ainsi de percevoir les manifestations de cette âme. Ainsi, même si la révolution du soleil se déroule toujours selon la même trajectoire, si les phénomènes naturels semblent immuables, si l'existence semble figée, la ‘Hassidout découvre la vitalité cachée, souligne que la divine Providence régit même la feuille morte qui tombe d'un arbre, raffermit la foi pure et la confiance en D.ieu, réchauffe le coeur et aiguise l'esprit, ouvre les yeux pour que chacun puisse se trouver face à Dieu.

 La ‘Hassidout montre que D.ieu est caché en tout être, en tout lieu, y compris dans la rue et elle lance cet appel enthousiaste : " En toutes tes voies, reconnais-Le ". Elle révèle la vie de l'âme, précise qu'elle est la finalité véritable de la création, la mission qui est confiée à l'homme ici-bas, la profondeur insoupçonnée de la Torah, la valeur de la lumière, au sein de ce monde obscur. "

 

 
Une lettre du Baal Chem Tov

Dans une précieuse lettre, dont le texte nous est parvenu, le Baal Chem Tov raconte lui-même les premières années de sa vie :

 " J'avais cinq ans lorsque je perdis mon père et ma mère. Les derniers mots de mon père, Rabbi Eliézer, furent les suivants : « Isrolik, ne crains rien, si ce n'est Dieu Lui-même. »

 Mettant en pratique ce que m'avait dit mon père, j'éprouvais un profond désir de me rendre dans les champs, au profond de la forêt, près de notre village. Après mes études au ‘Héder, j'y allais donc, tous les soirs et je révisais ce que j'avais appris pendant la journée. Souvent, je passais la nuit dans cet endroit.

 Il en fut ainsi pendant deux années. Un matin, alors que je me rendais dans la forêt, après avoir prié très tôt, j'entendis une voix d'homme. Recherchant son origine, j'aperçus quelqu'un qui portait un Talith, des Tefillin et priait avec une immense ferveur. Je n'avais jamais entendu une telle prière. Me cachant derrière les arbres, je l'observais donc avec plaisir.

Ce que je vis provoqua ma surprise. J'acquis la conviction que cet homme était d'une grande sainteté, qu'il était l'un des trente six Justes cachés. Il acheva sa prière, ôta ses Tefillin et son Talith, puis il lut des Psaumes, avec une immense douceur.
 Il resta assis, pendant un certain temps, étudiant la Torah avec un plaisir évident.

Puis, il prit ses livres, son Talith et ses Tefillin, les plaça dans son sac, qu'il mit sur son épaule, saisit son bâton et commença à marcher. C'est alors que je quittai ma cachette et me dirigeai vers lui. Dès qu'il me vit, il me demanda :
" Comment un petit garçon se trouve-t-il seul dans la forêt ? "

Je lui répondis :
 " J'aime les champs et les forêts, car on n'y rencontre pas d'hommes orgueilleux et menteurs. Je n'ai peur de rien. Je suis orphelin de père et de mère. Et, mon père, avant de quitter ce monde, m'a dit : « Isrolik, ne crains rien, si ce n'est D.ieu Lui-même. » C'est pour cela que je n'ai aucune appréhension. "

 L'homme me demanda si j'étais le fils de Rabbi Eliézer et, lorsque je répondis par l'affirmative, il prit, dans son sac, un exemplaire du traité talmudique Pessa'him, qu'il m'enseigna pendant quelques temps. Puis, je le suivis, sans savoir où nous allions.

 Nous avons longtemps voyagé, ensemble, traversé les villes, les villages et les hameaux. Je n'ai jamais su le nom de cet homme. Chaque jour, il m'enseignait la Torah. Je ne l'ai jamais vu recevoir une obole de qui que ce soit. Il subvenait pourtant à tous mes besoins. Il en fut ainsi pendant trois ans.

Une fois, nous sommes arrivés dans un petit village et cet homme m'a dit :
" Non loin d'ici habite un homme empli de crainte de D.ieu, grand érudit de la Torah. Je vais te confier à lui, pour quelques temps. " Il m'accompagna jusqu'à sa maison, puis s'en alla.

 C'est ainsi que j'ai passé quatre ans dans la maison de Rabbi Meïr, dans la forêt. Pendant tout ce temps, il m'a enseigné la Torah avec une immense ardeur. Chaque jour, je le suivais au village et nous priions avec la communauté. Aucun de ses membres ne savait que Rabbi Meïr était un érudit de la Torah et un Juste caché. Tous le considéraient comme un simple ouvrier.

 C'est en me trouvant chez Rabbi Meïr que j'appris l'existence des Justes cachés et de celui qui les dirigeait, Rabbi Adam Baal Chem. Par la suite, je suis moi-même devenu l'un de ces Justes cachés. Je me déplaçai donc, à nouveau, de ville en ville, assumant les différentes missions qui m'étaient confiées au sein de ce groupe.

 Alors que j'avais tout juste seize ans, je possédais déjà une bonne connaissance de la Kabbala. Parfois, je conformais ma prière aux enseignements du Ari Zal, en faisant usage des Noms divins que m'avait enseigné un Juste caché d'une immense sainteté, Rabbi ‘Haïm.

Le jour de mon anniversaire, le 18 Eloul 5474 (1714), je me trouvais dans un petit village, chez un aubergiste, un homme particulièrement simple, qui savait tout juste prier, mais ne comprenait pas du tout le sens des mots qu'il prononçait. Celui-ci avait une profonde crainte de D.ieu et il accompagnait chacun de ses propos par l'expression : " Qu'Il soit béni et loué pour l'éternité ". Et, son épouse avait coutume de dire : " Que soit béni Son saint Nom ".

Ce jour-là, je décidai d'aller m'isoler, dans les champs, comme le veut une ancienne coutume, au jour de son anniversaire. Là, je lisais des Psaumes et je mentionnais les Noms divins.

 Me concentrant sur cette activité, je perdis la conscience de ce qui se passait autour de moi. Soudain, j'aperçus le prophète Élie, un large sourire aux lèvres. J'étais particulièrement surpris d'avoir mérité sa révélation alors que je me trouvais seul. Certes, je l'avais déjà vu, lorsque je me trouvais chez Rabbi Meir ou bien auprès d'autres Justes cachés. En revanche, il se révélait à moi pour la première fois alors que je me trouvais seul. J'en fus très étonné. Bien évidemment, je ne comprenais pas le sens de son sourire.

 Le prophète Élie me dit :
" Tu fais tant d'effort pour te concentrer en mentionnant les Noms divins qui figurent dans les Psaumes mis en forme par le roi David ! Sache, pourtant, que Aharon Chlomo, l'aubergiste et Zlata Rivka, son épouse n'ont pas connaissance des Noms divins qu'évoquent les phrases " Qu'Il soit béni pour l'éternité " et " Que soit béni Son saint Nom ". Ils ne savent pas que les unifications réalisées dans les mondes supérieurs en prononçant ces mots surpassent celles des Justes les plus parfaits ".

 Le prophète Elle me décrivit l'immense plaisir que D.ieu conçoit des éloges qui lui sont faites par les hommes simples, les femmes et les enfants, surtout lorsque celles-ci sont répétées sans cesse, car ces personnes s'attachent constamment à D.ieu, avec une foi pure et l'intégrité du cœur.

 Depuis lors, je me suis engagé à agir pour que de telles personnes, hommes, femmes et enfants, prononcent l'éloge de D.ieu. Je leur demandai donc comment ils allaient, comment allaient leurs enfants, comment ils parvenaient à gagner leur vie. Et, tous me répondaient en louant D.ieu, de différentes manières, chacun à sa façon.

 J'ai adopté cette manière de procéder pendant plusieurs années. Puis, lors d'une réunion des Justes cachés, tous se sont engagés à en faire de même. C'est à la suite de cela que se propagea la notion d'amour du prochain. "


 
La rencontre du Machia'h

 Le Baal Chem Tov eut le mérite, un jour de Roch Hachana, de connaître une élévation de l'âme vers les sphères célestes, où elle rencontra l'âme du Machia'h. A ce sujet, le Rabbi de Loubavitch explique :
 « Lors d'une élévation de l'âme, le Baal Chem Tov rencontra le Machia'h et lui demanda :
« Quand viendrez-vous ? »

 Le Machia'h lui répondit :
« Quand les sources de ton enseignement se répandront à l'extérieur. »
 Cette réponse du Machia'h est particulièrement précise. Car, l’eau de source est le moyen le plus efficace de purifier, en tout endroit où elle s'écoule, même après avoir parcouru une immense distance, dès lors qu'elle n'est pas séparée de sa source. Par contre, si elle l'est, elle cesse d'être une « eau de source » et perd sa qualité purificatrice.

La mission de chacun consiste donc en trois points. Tout d'abord, on doit répandre. De plus, ce qui est répandu doit être une source. Enfin, celle-ci doit parvenir à l'extérieur.
 Même si tout cela semble impossible, on doit, tout au moins, rester lié en permanence à la source. C'est ainsi que celle-ci sera forte et qu'elle se répandra dans le monde entier. »

 
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