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Edito
Comme des enfants…
L’enfant a toujours un instinct sûr. Il sait, plus ou moins consciemment, que, lorsqu’il désire ardemment quelque chose, il peut le demander de tout son cœur. Il sait que,

très probablement, sa seule sincérité fera son effet et que ses parents, qui l’aiment au-delà même de ce qu’il peut imaginer, ne résisteront pas à sa demande : ils lui donneront ce qu’il désire. Il peut arriver parfois que l’enfant ait désobéi, que, dans un instant de révolte, il ait fait ou dit des choses qui, fondamentalement, ne lui ressemblaient pas. Au moment, qui vient toujours, où il veut retrouver la certitude de leur amour, il se présente devant eux et sa seule venue est, en soi, une demande de pardon. Ses parents sont liés à lui par nature ; ce lien-là, même quand il semble affaibli, est toujours présent et il révèle sa puissance dès qu’il est sollicité. Quels que soient les actes commis, l’enfant a toujours une place dans le cœur de ses parents.
Yom Kippour est un jour où des sentiments similaires nous animent. L’année écoulée a apporté à chacun son mélange particulier de réussites et, peut-être, de défaillances. Parfois, celles-ci ont pu nous écarter du chemin tracé de toute éternité par notre Créateur, notre Père. Parfois, lorsque nous nous arrêtons un instant et que nous prenons conscience de l’ampleur de cet éloignement, une idée bouleversante nous envahit : «Et notre Père ? Et Son amour ?» Le grand rendez-vous d’automne est là et la perspective change. Enfants fidèles, même si nous pouvons être oublieux, nous venons devant Lui en ce jour de Yom Kippour. Nous Lui demandons – dans les mots antiques de la prière, dans les cérémonies éternelles du jour, dans les chants qui semblent pénétrer les cieux – de nous renouveler Son amour comme nous nous souvenons de celui que nous Lui portons.
Sans doute est-ce la raison qui fait que, ce jour-là, les synagogues voient revenir ceux qui, dans l’année, n’en connaissent pas toujours et régulièrement la route. Sans doute est-ce la raison, aussi, pour laquelle les prières qui s’y élèvent évoquent davantage des cris du cœur que des mots ritualisés. Le jour de Yom Kippour est ce moment unique où D.ieu, notre Père, entend nos demandes et voit notre venue. Il est ce jour où l’essence de notre âme s’unit à l’essence divine. Il est enfin ce jour où tous les bonheurs de l’année qui commence sont comme en germe, ne demandant qu’à apparaître dans notre quotidien. Yom Kippour est bien ce jour unique. D.ieu nous y attend, nous y vivons. Pour une année bonne et douce.   
H. Nisenbaum

Attention ! Votre extase doit être tempérée.
C’était le lendemain de Yom Kippour. Yankel, le voleur du village pénétra dans la maison du Rabbin. Yankel était «renommé» pour être un voleur très doué. Bien que tout le monde connût son occupation obscure, il n’avait jamais, tout au long de sa longue carrière, été pris la main dans le sac ! Ce jour là, il portait deux sacs débordant d’objets volés en or : des candélabres, des bijoux, des antiquités, bref, tout ce qu’on peut imaginer emplissait ses sacs.
«Rabbi, s’écria Yankel en larmes, j’ai été si ému par les offices d’hier que j’ai décidé de rendre tous ces objets à leurs véritables propriétaires. Voulez-vous m’aider à les restituer?»
Le Rabbin, enchanté, félicita Yankel pour cette démarche droite et courageuse et se mit à rendre les objets de larcin à leurs propriétaires, ravis. Quand il revint chez lui, il vit que son bureau avait été dévalisé. Envolé tout l’argent mis de côté pour être distribué aux pauvres pour la fête de Soukkot!
Le Rabbin se précipita vers la maison de Yankel.
«Comment as-tu pu faire une pareille chose ? Qu’en est-il de tous tes remords et de tes bonnes décisions?» gronda-t-il.
«Rabbi, répondit Yankel, Yom Kippour est Yom Kippour mais les affaires sont les affaires…»

La lecture de la Torah que l’on fait à Yom Kippour évoque le service du Grand Prêtre, dans le Temple, lors de ce jour le plus saint de l’année. Elle commence par les mots : «L’Eternel parla à Moché après la mort des deux fils d’Aharon, quand ils s’approchèrent devant D.ieu, et ils moururent».
Quelle relation peut bien avoir ce verset initial avec notre service personnel de Yom Kippour ? L’examen attentif du «péché» qui conduisit à la mort prématurée de Nadav et Avihou répond à cette question.
Le Tabernacle avait été inauguré par une révélation Divine à laquelle avait assisté la nation entière. Le Peuple Juif avait alors poussé un soupir de soulagement collectif, réalisant que D.ieu leur avait entièrement pardonné le péché du Veau d’Or. A ce moment historique et saint, les deux saints fils d’Aharon furent saisis d’une extase divine. Leur élévation spirituelle les fit se précipiter dans le Saint des Saints avec une offrande d’encens et là, leur âme fut saturée de Divinité et s’échappa pour être absorbée dans le Saint Feu qui jaillit pour accueillir ces âmes pures.
Alors que d’autres religions, toutes axées sur la poursuite de spiritualité, auraient récompensé un acte si imprégné de sainteté, le Judaïsme, quant à lui, considère «de travers» leur acte. Les élévations spirituelles sont exaltantes et inspirantes mais elles ne constituent pas la raison pour laquelle nous avons été créés. Nous avons été créés pour imprégner de Divinité notre environnement matériel, et ce, par les Mitsvot, actions apparemment très concrètes. Toute élévation spirituelle qui ne se concrétise pas, par la suite et matériellement, dans la vie quotidienne est certes enivrante mais elle reste virtuellement inutile.
Quelle leçon importante à garder en tête le jour de Yom Kippour !
«Les affaires sont les affaires» ne peut tout simplement pas avoir de sens après Yom Kippour. Le but suprême de ce jour saint, le jour où nous sommes comparés à des anges vêtus tout de blanc, est de donner du sens et de la sainteté aux «affaires» de tous les jours.
Comment pénétrer dans le Saint des Saints A ‘Hanouccah, nous allumons la Menorah et à Pessa’h, nous mangeons de la Matsa. Mais de quoi s’agit-il à Yom Kippour ? Bien qu’il y ait un certain nombre d’interdits associés à ce jour le plus saint de l’année, manger, boire, porter du cuir, se laver, etc., Yom Kippour est principalement associé à la prière, aux longues prières qui occupent presque toutes les heures de la fête.
Il est intéressant d’observer que la prière est à peine mentionnée dans les commandements bibliques à propos de Yom Kippour. Au lieu de cela, la Torah consacre un chapitre entier à la procédure du service de Yom Kippour dans le Temple, un service comparable à ceux d’aucune autre fête, en termes de longueur, de difficulté et de détails. Le point central de ce service était la convergence entre les éléments les plus saints du temps, de l’espace et de l’être vivant. Le jour le plus saint de l’année, la personne la plus sainte, le Grand Prêtre, pénétrait le lieu le plus saint de la terre, le Saint des Saints dans le Sanctuaire, là où il allait prier pour le bien-être de tous ses frères et assurer leur pardon.
Aujourd’hui, nous n’avons plus de service dans le Temple, au lieu de cela, nous prions. Avec nos prières, nous tentons de reconstituer, en termes spirituels, le service du Temple et espérons ainsi produire le même effet, obtenir le même pardon que ceux que nous assuraient ces célébrations.
Chaque Juif est un Temple potentiel pour D.ieu et chaque individu est le Grand Prêtre qui officie dans son Temple personnel. Le but de la prière de Yom Kippour est d’accéder au Saint des Saints de son Temple privé.
Le Saint des Saints abritait l’Arche d’or qui contenait les saintes Tables de la Loi. Leur spécificité consistait en ce que les Dix Commandements y étaient gravés, contrairement à un rouleau de la Torah où les mots sont écrits à l’encre. Sur les Tables, les paroles de D.ieu faisaient partie intégrante du matériau et n’étaient pas un composant ajouté. En effacer les mots aurait signifié détruire les Tables elles-mêmes.
Tout au long de l’année, nous servons D.ieu avec nos facultés «extérieures», conscientes. Nous nous lions à Lui par notre esprit, en tentant de Le comprendre ainsi que Ses messages. Nous travaillons à créer une relation chaleureuse et émotionnelle avec Lui en contemplant Sa grandeur et Sa bonté à notre égard. Mais l’esprit et le cœur humains sont versatiles, au meilleur des cas, ce sont des  «logiciels téléchargés» et non l’âme elle-même. La relation qui résulte de leurs efforts est donc semblable à l’encre sur le parchemin, sujette à pâlir, voire à s’effacer.
Toutefois, la «chambre» la plus intérieure de l’âme juive, son essence du Saint des Saints, partage avec D.ieu une relation comparable aux Tables de la Loi. A l’intérieur de nous-mêmes, nous sommes liés à D.ieu, sans que nous n’ayons à fournir aucun effort, sans qu’il y ait besoin de cultiver cette relation. C’est ce que nous sommes : «une véritable partie de D.ieu Lui-Même».
Et le jour de Yom Kippour, nous est accordée cette possibilité d’accéder à ce lieu normalement hors de la portée de notre conscience. Ainsi nous ravivons notre relation avec D.ieu pour l’année à venir et suscitons en Lui un effet réciproque. Il Lui est rappelé que cette relation avec nous fait aussi partie de ce qu’Il est. Il ne peut nous oublier pas plus que nous ne pouvons L’oublier. Et ainsi, quelles que soient les transgressions de l’année précédente, D.ieu accorde à Ses enfants le pardon et les inscrit dans le Livre de la vie et de la prospérité.
Tout au long de l’année, le Grand Prêtre revêtait un habit de splendeur pour accomplir ses devoirs, un habit orné d’or, de pierres précieuses et de matériaux les plus raffinés. Mais quand il pénétrait le Saint des Saints, le jour de Yom Kippour, il n’était vêtu que d’habits de lin simples et blancs. Aucune touche de grandeur ni d’éclat.
Ne pensons pas, de façon erronée, que nous manquons de qualifications, d’actes extraordinaires ou d’impressionnantes connaissances en Torah, pour entrer dans le Saint des Saints, ce Yom Kippour. Tout ce dont il est besoin est la pureté du cœur et de l’esprit et le désir de tout bien recommencer.

Récit
Le Choffar du roi d’Espagne

Il y a quelques années, le roi Juan Carlos d’Espagne invita le Grand Rabbin d’Israël, Rav Yonah Metzger à assister à la commémoration du 800ème anniversaire du décès de Maïmonide, l’illustre Rabbi Moché Ben Maimone (le Rambam) : médecin, philosophe, Talmudiste et surtout décisionnaire hors du commun, le Rambam était né à Cordoue, donc en Espagne.
Durant la cérémonie, Rav Metzger offrit au roi un magnifique Choffar, très long et recourbé ; le Choffar avait, de plus, été serti d’argent et la couronne royale était gravée sur la garniture argentée.
Le roi Juan Carlos l’examina longuement et demanda quelle en était l’origine.
(Rav Metzger parlait en hébreu tandis que l’ambassadeur d’Israël en Espagne, M. Victor Harel, assurait la traduction en espagnol).
- Cet objet vient-il d’Afrique ? demanda le roi.
- Non, Majesté. Il vient de la terre d’Israël.
De plus en plus perplexe, le roi demanda si cet objet devait être utilisé dans les corridas mais Rav Metzger expliqua poliment que le judaïsme interdisait de faire souffrir les animaux inutilement.
- Alors quel est l’usage de cette corne d’animal ? continua le roi.
Rav Metzger profita de cette conversation pour rappeler au roi un chapitre douloureux de l’histoire des Juifs d’Espagne. Le roi l’écouta attentivement.
«Majesté ! Ce cadeau – unique en son genre – nous permet de clore définitivement la boucle de l’histoire. Il y a plus de cinq cents ans, l’âge d’or du judaïsme espagnol prit fin brutalement quand votre ancêtre, le roi Ferdinand et son épouse Isabelle expulsèrent mes ancêtres, suite à l’incitation de l’Inquisiteur Torquemada. Les Juifs qui avaient tant contribué au développement de leurs pays durent s’enfuir, en abandonnant tous leurs biens pour s’installer dans des pays plus hospitaliers. Mais certains Juifs préférèrent rester en Espagne, se convertirent tout en gardant secrètement leurs lois et coutumes. Ils se conduisaient comme de dévots catholiques mais respectaient les lois de la Torah clandestinement, allumant par exemple leurs bougies de Chabbat dans des placards afin que personne ne les remarque.
Les jours de fête, ces Marranes se rassemblaient secrètement dans des caves pour prier.
D’ailleurs notre prière de Kol Nidré, au début de l’office de Yom Kippour, est attribuée à ces Marranes qui ainsi annulaient leurs déclarations d’appartenance au catholicisme. Ils priaient avec une ferveur rare mais à voix très, très basse de façon à n’être pas découverts par l’Inquisition qui savait torturer et finalement, brûler «les hérétiques» en public sur des bûchers.
Pour Roch Hachana, ils étaient confrontés à un dilemme : oui, la prière pouvait être chuchotée, sans attirer l’attention des voisins. Mais le Choffar ?
Un chef d’orchestre - juif d’origine - trouva une solution originale. Il proposa au roi d’organiser un concert gratuit pour présenter divers instruments à vent, venus de tous les pays, de toutes les époques. Le roi qui adorait la musique en fut enchanté. Le chef d’orchestre proposa une certaine date, qui, de fait, s’avérait être Roch Hachana.
Le roi, la reine, les ministres et les courtisans s’assirent au premier rang ; le reste des auditeurs prirent place à l’arrière. Parmi eux, se trouvaient de nombreux marranes.
Les musiciens présentèrent différents instruments, de la flûte du berger à la trompette du soldat, mais, à un moment donné, le chef d’orchestre lui-même proposa de sonner dans une corne de bélier, qu’il présenta comme le plus ancien instrument à vent connu. Le roi et la reine s’intéressèrent à cette curiosité, contemplèrent l’instrument puis le maître la porta à sa bouche tandis qu’au fond de la salle, les marranes prononçaient à voix basse les deux bénédictions : «Béni sois-Tu Eternel, notre D.ieu, Roi de l’Univers, qui nous a sanctifiés par Ses Commandements et nous a ordonné d’écouter le son du Choffar» ainsi que : «Béni sois-Tu Eternel, notre D.ieu, Roi de l’Univers, Qui nous a fait vivre, nous a maintenus et Qui nous a fait parvenir à cette période».
Le chef d’orchestre sonna du Choffar, comme l’exige la Hala’ha et tous les spectateurs se turent. A la fin de la prestation, on l’applaudit…
«Aujourd’hui, Majesté, continua Rav Metzger, nous nous rencontrons cinq cents ans plus tard, dans des circonstances bien plus amicales. En tant que Grand Rabbin d’Israël, je suis heureux de revenir en Espagne. Je vous remercie au nom de notre peuple car maintenant les Juifs peuvent vivre librement dans votre pays, ils jouissent d’une totale liberté de culte et à Roch Hachana, ils peuvent sonner du Choffar dans les synagogues restaurées. Aujourd’hui je peux, D.ieu en soit loué, vous offrir publiquement ce Choffar, sans me cacher car vous êtes un souverain soucieux de démocratie. Maintenant en Espagne, tous peuvent prier à leur guise, sans crainte !
En acceptant le Choffar, le roi déclara : «Monsieur le Grand Rabbin ! J’ai reçu de nombreux cadeaux et trophées de nombreux chefs d’états des quatre coins du globe. Mais ce cadeau-là est porteur d’une signification historique et je vous suis extrêmement reconnaissant pour ce Choffar et pour ce récit !»
Rav Metzger déclara alors au roi qu’il souhaitait le bénir, comme cela est recommandé par les Sages. Tous deux se levèrent. Rav Metzger ferma les yeux, leva ses mains vers la tête du roi et prononça la bénédiction avec une grande ferveur. Quand il termina, Rav Metzger ouvrit les yeux : il s’aperçut alors que le roi, saisi d’émotion, pleurait sans chercher à le cacher…      L’Chaim traduit par Feiga Lubecki

Une épreuve passagère
Le texte de la Torah relève à plusieurs reprises que, si le peuple juif oublie la voie que D.ieu lui a enseignée, Celui-ci Se détournera alors de lui. C’est notamment ce qu’enseigne le Deutéronome (31:17) : «Et Je cacherai d’eux Ma face», ce que Rachi commente : «Comme si Je ne les voyais pas». Par ces quelques mots, c’est toute la situation d’exil qui est décrite. Dans de telles périodes, D.ieu est toujours auprès du peuple juif mais Sa présence est cachée.
Une parabole permet de mieux saisir cette idée. Parfois, un père veut éprouver l’intelligence de son fils. Il se cache et attend sa réaction. Le fils a deux possibilités : il peut désespérer et, persuadé qu’il a été abandonné, renoncer à revoir son père ou continuer à le chercher, sachant que c’est ce qu’on attend de lui et qu’il réussira dans son entreprise.
C’est cette deuxième attitude que D.ieu demande à chacun. Même s’Il semble Se cacher, notre effort et notre attente amèneront, avec la Délivrance, Sa révélation.
    (d’après un commentaire du Rabbi de Loubavitch, Chabbat Parachat Vayélè’h 5748) H.N.

 

 

Edito
Le secret de Yom Kippour
Tout a sans doute été dit sur Yom Kippour : sa grandeur et sa solennité, sa noblesse et sa subtile douceur et le fait que chacun sache y trouver sa place. Pourtant, on ne se lasse jamais de redire le caractère particulier de cette journée. On la garde au fond de soi comme un souvenir vivant, une chose que l’on chérit parce qu’ancienne et précieuse et qui sait, en même temps, avoir toute la vigueur du présent et l’enthousiasme de l’avenir. Pourquoi donc Yom Kippour est-il ce jour qui ne se détache d’aucune conscience ?
De fait, à Yom Kippour, chacun ressent comme un appel profond, qui le touche plus qu’il ne saurait le dire. C’est un appel qui le traverse de part en part, se saisit de lui et l’entraîne dans ce grand voyage du jour. L’appel vient de loin : c’est l’essence du Créateur qui s’adresse à lui, souligne la mystique juive. Mais, alors qu’il est fait ainsi référence à l’Infini, cette voix pénètre jusqu’au niveau – pour ainsi dire intimiste – de l’essence individuelle de la créature. Peut-être approche-t-on le secret du moment : l’Infini s’unissant au fini, D.ieu à l’homme ? Est-ce un hasard si les Sages du Talmud qualifie cette journée de «jour unique de l’année» comme si, finalement, c’est d’une unité surprenante et bouleversante qu’il était alors question ?
A l’époque où le Temple se dressait sur sa colline, à Jérusalem, ce jour était celui où, pour la seule fois de l’année, un homme, le Cohen Gadol – le grand-prêtre – entrait dans l’endroit le plus saint qui ait jamais existé en ce monde : le saint des saints, au cœur même du Temple. Il y priait, demandant à D.ieu qu’Il accorde à tous une année de vie et d’abondance. En ce lieu et en ce moment où le plus haut niveau du spirituel apparaissait, c’est de vie quotidienne qu’il était ainsi question. Car c’est ainsi que vont les choses. De même que le monde ne doit pas gêner ou obscurcir le spirituel, le spirituel ne doit pas faire oublier le monde ou en détourner. C’est dans le monde et dans chaque seconde de la vie que l’on s’attache à D.ieu et Yom Kippour sait réunir ces deux pôles de toute existence humaine.
C’est aussi pourquoi on n’en sort pas inchangé. On sait que D.ieu pardonne les fautes commises. On sait aussi que la vie reprend sur des bases nouvelles. L’unité essentielle ressentie en ce jour nous conduit au-delà de nous-mêmes et ce dépassement nous mène à une réalité meilleure que celle que nous avons vécue jusqu’ici. Pour une année bonne et douce.    
H. Nisenbaum

Yom Kippour
Dans un petit village du fond de l’Europe Centrale, à plusieurs heures de route de la plus proche communauté juive, vivait une famille juive. Une fois par an, pour Yom Kippour, ils faisaient tous le long voyage qui les menait à la ville, afin de prier avec leurs coreligionnaires
Une année, le père de famille se leva très tôt, la veille de Yom Kippour et se prépara pour le voyage. Ses fils, qui n’étaient pas si empressés que lui, poursuivaient tranquillement leur sommeil. Impatient de se mettre en route, il dit à sa famille : «Ecoutez, je vais commencer le trajet à pieds, pendant que vous vous préparez. Je vous attendrai au pied du grand chêne, au croisement des routes.»
Marchant d’un pas allègre, le villageois atteignit bientôt l’arbre et s’étendit sous son ombre pour attendre la charrette qui emportait sa famille. Epuisé par de nombreux jours de travail harassant, il s’endormit. Pendant ce temps, les siens avaient chargé la charrette et s’étaient mis en route. Mais dans l’excitation du voyage, ils oublièrent leur vieux père. Ils ne s’arrêtèrent pas à la croisée des chemin, devant le grand chêne et ne virent pas la silhouette endormie du père.
Quand le villageois se réveilla, le soir était déjà tombé. A de nombreux kilomètres de là, les prières du Kol Nidré avaient commencé dans la synagogue de la ville. Levant les yeux au ciel, le vieil homme s’écria : «Maître de l’univers ! Mes enfants m’ont oublié. Mais ce sont mes enfants aussi je leur pardonne. Toi aussi, comporte Toi ainsi pour ceux de tes enfants qui T’ont abandonné…»
Cette histoire a été racontée par la grand-mère du Rabbi Précédent, la Rabbanit Rivkah Schneersohn.
A Yom Kippour, nous jeûnons. C’est ce que fait le Juif à Yom Kippour. Il est bien conscient qu’un éclair ne va pas jaillir instantanément et le frapper s’il mange, mais ce jour-là peu importe la récompense ou la punition. Il ne mange pas parce qu’il comprend que D.ieu ne veut pas qu’il le fasse. Il sait qu’un Juif ne le fait pas à Yom Kippour.
Il se peut bien que la veille, il n’ait pas ainsi senti les choses. Il se peut bien qu’il ait été laxiste dans l’observance d’un commandement ou d’un autre. Mais le jour de Yom Kippour, il sent qu’il doit se comporter comme un Juif le doit.
Pourquoi ? Parce qu’il y a quelque chose de spécial en ce jour. Nos Sages expliquent cette idée en se servant de la Guematria, c'est-à-dire l’interprétation numérique de la Torah. Le mot hébreu désignant «le Satan» a la valeur numérique de 364. Pendant 364 jours de l’année, le Satan a le pouvoir de défier et tenter le Peuple Juif. Mais un jour, un seul, le Satan ne jouit d’aucun pouvoir et c’est à Yom Kippour. Le Juif n’est tout simplement pas intéressé par ce qu’il a à lui offrir. A Yom Kippour, il a d’autres choses dans son esprit. Yom Kippour est le jour où il faut être Juif.
Que se passait-il à Yom Kippour ? A l’époque du Temple de Jérusalem, le Grand Prêtre, le Cohen Gadol, pénétrait dans le Saint des Saints (Kodech Hakedochim) et se trouvait seul, face à D.ieu. Aucun être humain ou spirituel n’avait le droit de faire une intrusion pendant ce face à face avec Lui.
Chaque année, cette entrevue se répète dans notre propre cœur. L’essence de l’âme juive est une avec l’essence de D.ieu. Ce lien est constant et n’est pas le produit de nos efforts. Par conséquent, ni nos pensées ni nos paroles ni nos actes ne peuvent l’affaiblir. Au niveau de cette union essentielle, il n’existe rien en dehors de la Divinité, aucune séparation d’avec Lui n’est possible.
Cette union existe en dehors du temps. Mais dans les limites du temps, elle se révèle à Yom Kippour ; Ce jour-là, chacun de nous «pénètre dans le Saint des Saints» et passe du temps «seul avec D.ieu».
Il s’agit du cœur de la prière de Néilah, le service final des prières de Yom Kippour. Néilah signifie «clôture». Certains Sages interprètent ce nom comme signifiant que les portes des cieux sont en train de se fermer et qu’il ne reste que quelques instants brefs pour que nos prières puissent encore y pénétrer. Selon la pensée de la ‘Hassidout, le sens en est que les portes sont fermées derrière nous. Chacun d’entre nous est «enfermé», seul à seul et un avec D.ieu.
A ce niveau d’union essentielle, il n’existe rien en dehors de la Divinité, aucune possibilité d’être séparé de D.ieu, aucune possibilité que l’âme ne soit affectée par le péché.
La révélation de ce niveau de relation avec la Divinité enlève les tâches des fautes commises. Cette purification est un processus naturel car la révélation de notre lien profond avec D.ieu renouvelle notre attachement à Lui, à tous les niveaux.
C’est le sens des paroles de nos Sages selon lesquelles : «l’essence du jour pardonne». A Yom Kippour, notre lien le plus profond et le plus essentiel avec D.ieu est révélé et dans ce processus, chaque élément de notre potentiel spirituel se trouve revitalisé.
Cette expérience spirituelle renouvelle également notre vie dans les sphères matérielles, nous octroyant des bénédictions et ayant pour résultat que chacun d’entre nous est béni d’une bonne et douce année, dans toutes nos préoccupations matérielles et spirituelles.
Voir à l’horizon Maïmonide décrit Yom Kippour comme «le moment de la Techouva pour tous, pour les individus comme pour la communauté». L’expression ultime de ces paroles se vérifiera à l’ère de la Rédemption, quand, comme l’enseigne le Zohar, texte fondamental de la mystique juive, Machia’h incitera tous, même les Justes, à se tourner vers D.ieu dans la Techouva.
Qu’est-ce que la Techouva ? Revenir à D.ieu en se concentrant sur l’étincelle juive qui brille en chacun d’entre nous. A l’ère de véritable spiritualité qu’introduira Machia’h, tous, même ceux qui paraissent avoir atteint la spiritualité parfaite, prendront conscience des limites humaines qui les restreignent et chercheront le cœur profond de leur potentiel spirituel.
De la même façon, c’est l’expression de ce potentiel de Techouva qui servira de catalyse pour la Rédemption. Car si nous aspirons à atteindre notre profondeur spirituelle, nous hâterons la révélation de la Divinité dans toute l’existence. Comme l’écrit Maïmonide : «Israël ne sera sauvé que par la Techouva. La Torah a promis qu’en dernier ressort, vers la fin de son exil, Israël reviendra [à D.ieu], et sera immédiatement sauvé».

La veille de YOM KIPPOUR, on doit regretter le passé.
Le jour de YOM KIPPOUR, on prend de bonnes décisions pour le futur.
Hayom Yom p. 237

Son plus long Yom Kippour
En Union Soviétique, des l’âge de quatorze ans, les filles étaient obligées de travailler pour le Parti Communiste. La jeune Sarah Raizes fut ainsi affectée à une usine de verre : là elle apprit à mélanger le sable avec divers composants puis à placer les plaques de verre dans de larges récipients portés à une très haute
température dans un four qui était plutôt une fournaise.
Elle devait se présenter au travail tous les jours, sans exception : ceci était vérifié grâce à un registre dans lequel chacun devait pointer. Malheur à celui qui manquait sans une excuse valable ! Sarah ne travaillait pas le Chabbat et fut vite repérée par les responsables du Parti et on lui fit subir toutes sortes de vexations sous prétexte qu’elle n’était qu’un parasite. On la traîna devant des comités pour répondre à de véritables interrogatoires et tenter de lui faire signer des documents accusant les autres : ceux qui avaient osé la convaincre de ne pas travailler Chabbat.
Mais Sarah affirmait fermement qu’elle n’était pas victime d’un lavage de cerveau et que d’aucune manière, on ne parviendrait à la faire changer d’avis. Une fois, le commissaire chargé de la faire avouer devint si frustré et furieux qu’il lui lança à la figure le premier objet qui lui tomba sous la main : un lourd support en marbre posé sur son bureau. Il avait bien visé et Sarah porta toute sa vie une longue balafre sur son front…
A l’approche de Yom Kippour, Sarah ne savait plus que faire pour respecter le jour le plus saint de l’année. Nombre de Juifs qui avaient tenté de ne pas travailler ce jour-là avaient été sévèrement et cruellement punis.
Les heures passaient ; désespérée, Sarah décida de se rendre à l’infirmerie et de prétendre qu’elle était malade.      Mais en vain.
Les médecins découvrirent bien vite sa véritable intention et, furieux, menacèrent de l’envoyer pour vingt-cinq ans en
Sibérie pour ses «bêtises». «Ceux qui refusent de travailler ne sont que des parasites et doivent être forcés d’apporter leur contribution à la patrie» déclarèrent-ils.
Elle retourna, le cœur brisé, à son atelier de verre. Comment pourrait-elle échapper à cette épreuve ? Il devait bien exister une solution ! D.ieu devait l’aider, d’une manière ou d’une autre.
C’est alors qu’elle s’aperçut que la manche de son tablier était imbibée de sang. Perdue dans ses pensées, elle ne s’était même pas aperçue qu’elle avait heurté un tesson de bouteille et que le sang giclait de toute la longueur de son bras.      Quel bonheur !
Sans même réaliser sa souffrance physique bien réelle, elle ne vit dans cette blessure impressionnante que le prétexte qu’elle recherchait désespérément. Elle retourna à l’infirmerie, en dissimulant autant que possible sa joie. Les médecins qui l’avaient examinée juste auparavant n’étaient plus là et on lui affecta une femme médecin qui s’occupa d’elle avec dévouement. Elle parvint après bien des efforts à arrêter l’hémorragie et à suturer la plaie qu’elle recouvrit d’un bandage.
Cette femme chaleureuse et maternelle chercha à atténuer la douleur de sa patiente. Elle lui proposa des médicaments analgésiques mais Sarah refusa. Elle lui proposa un verre de lait chaud qu’elle refusa. Aussi. Sarah était de plus en plus pâle et le médecin la supplia de boire pour recouvrer la santé et reconstituer sa réserve de sang. Mais Sarah se contenta de hocher la tête et de répondre : non !
Ceci dura longtemps. Le médecin ne l’abandonna pas ainsi. Finalement, en soupirant, elle emmena Sarah dans un petit bureau, non sans avoir vérifié que personne ne les voyait. Dans cette pièce brûlait une bougie de vingt-quatre heures : «Moi aussi, je suis juive ! murmura-t-elle avec une sourire amer. Moi aussi je tente de respecter Yom Kippour de mon mieux !»
Soulagée par la tournure des événements, Sarah se confia à la femme médecin qui, elle aussi, lui raconta sa vie et ses difficultés pour pratiquer un peu les Mitsvot. Ensemble elles récitèrent et chantèrent les prières qu’elles connaissaient par cœur. Elles vibrèrent en se racontant la fête de Yom Kippour telle qu’elle était célébrée dans le Temple de Jérusalem. Ah ! Comme le visage du Cohen Gadol était rayonnant quand il sortait du Saint des Saints, comme la pureté et la sainteté étaient palpables à cette époque ! Ah ! Comment tout cela reviendra avec la venue du Machia’h… !
A la fin de Yom Kippour, elles prononcèrent ensemble le Chema, fermèrent les yeux très fort en se représentant une synagogue où l’on entendait le son du Choffar annonçant la fin du jeûne…
Sarah se remit bien vite de sa mésaventure. Pour elle, tout ceci avait été un véritable miracle.
Bien des années plus tard, quand grand-mère Sarah me raconta cette histoire, moi un de ses nombreux petits-enfants, elle rappela la gentillesse de cette femme et cette longue journée passée ensemble dans ce bureau : des larmes coulaient encore le long de ses joues. Puis elle releva sa manche : or il faisait froid ! Mais elle tenait à ce que son petit-fils soit témoin : «Regarde» !
Le long de son bras, une cicatrice d’une vingtaine de centimètres attestait de sa volonté de respecter Yom Kippour même sous l’effroyable tyrannie soviétique.
Cela avait été son plus long Yom Kippour, celui qui resta gravé sur son bras tout au long de sa vie.
Et comme j’en ai été témoin, il restera aussi gravé, pour toujours, dans ma mémoire.
Ari Kievman N’shei Chabad Newsletter Traduit par Feiga Lubecki

«Quand mon temps viendra-t-il ?»
Chaque année, à Roch Hachana, des représentants de toutes les nations se présentent En-Haut pour plaider pour leur peuple et leur pays. Machia’h se présente également parmi elles. Lui aussi a une requête à formuler : «Quand mon temps viendra-t-il de délivrer le peuple d’Israël ?»
Les représentants des nations lui disent : «Pourquoi viens-tu ? Ne vois-tu pas que, chaque année, tu repars déçu, sans rien avoir obtenu, que cela en devient presque risible ?» En effet, s’il est dit au Machia’h, D.ieu nous en préserve, que son temps n’est pas encore arrivé, il s’en va, couvert de honte.
Aussi il plaide et implore devant le Créateur de l’univers : «Encore combien de temps devons-nous rester dans cet exil amer et souffrir tous ces tourments ? Quand mon temps viendra-t-il enfin ?»    
Au nom du «Yisma’h Moché» H.N.

 
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