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Edito Et si l’on se rassemblait ? Comme les années sont belles quand elles commencent ! Comme elles semblent porter la vie et l’espoir ! Elles sont comme une porte ouverte sur une chambre aux trésors
encore inexplorée. C’est avec assurance que nous venons de franchir le seuil de l’année nouvelle. Nous sommes certains qu’elle recèle toutes les félicités, individuelles et collectives, du monde. Puissent-elles seulement se révéler à nous concrètement. Ne dit-on pas que le bonheur est contagieux ? Le souhait de chacun, en ces jours de commencement, est qu’il s’étende à tous avec la fulgurance des causes justes et la puissance des causes gagnées. Il faut dire que, dans ce domaine, nous partons avec un avantage notable. Alors que nous vivons la fête de Souccot, la joie de la résidence dans les cabanes au toit de feuillage, l’allégresse de la bénédiction quotidienne sur le bouquet de plantes – le Loulav et l’Etrog, l’année nouvelle prend brutalement une coloration plus brillante. C’est littéralement comme une vague d’enthousiasme qui nous soulève : cette année est celle du «Hakhel», du rassemblement. Il y a d’abord, dans ces mots, un souvenir historique. A l’époque où le Temple de Jérusalem se dressait sur sa colline et où l’ensemble du peuple juif, gouverné par un roi, demeurait sur la Terre d’Israël, lorsque s’achevait l’année du repos agricole – la Chemita – une cérémonie particulière se déroulait, prescrite par la Torah. Une estrade était dressée dans la cour du Temple et le roi y montait pour lire des parties de la Torah au peuple assemblé. Le but était clair : «qu’ils entendent et apprennent à craindre D.ieu» au meilleur sens du terme. Ce rassemblement se passait à Souccot et il ne laissait pas inchangé. Certes, tout cela peut sembler ne plus avoir que le charme des choses qui appartiennent au passé. Pourtant, notre peuple, s’il a une longue mémoire, pratique peu la nostalgie. Il lui préfère l’inspiration. C’est dire que ce commandement garde aujourd’hui tout son sens. Bien sûr, le Temple n’est pas là, nous n’avons pas de roi et tous ne vivent pas en Terre d’Israël. Il nous reste, cependant, un élément essentiel : le rassemblement. Se rassembler soi-même d’abord : réunir toutes ses forces, tous ses sentiments, toutes ses capacités, toutes ces choses merveilleuses qui font l’homme et leur donner un but : entendre comprendre, craindre D.ieu. Peut-être est-ce déjà le programme d’une année… Mais comment se limiter à soi ? Nous rassembler, nous réunir pour, ensemble, construire le bonheur, cette année nous en donne le pouvoir. Nous pouvons réaliser l’unité de tous. Nous pouvons faire que, de nos individualités, naisse une idée plus grande, riche de tout ce que nous sommes. Une Année de Rassemblement pour faire jaillir le meilleur du monde. Elle a, dès à présent, commencé. Puisse-t-elle, par notre effort, nous conduire au Rassemblement ultime, celui de la Délivrance. H. Nisenbaum Souccot La Mitsva facile Comment [accomplir] la Mitsva de résider dans la Souccah ? On doit manger, boire et habiter dans la Souccah, jour et nuit, comme l’on vit dans sa maison les autres jours de l’année : pendant sept jours, on doit faire de sa maison sa résidence temporaire et de sa Souccah sa résidence permanente. (Choul’han Arou’h, Ora’h ‘Haïm 639 :1)
D.ieu dit… «J’ai une Mitsva facile, et Souccah est son nom » (Talmud, Avodah Zarah 3a) «Dans des Souccot, vous devez résider sept jours », ordonne la Torah, «…pour que vos générations sachent que J’ai fait résider les Enfants d’Israël dans des Souccot quand Je les ai sortis de la terre d’Egypte. »
Nos Sages, relevant l’emploi que fait la Torah du verbe «résider», dans les versets cités plus haut, définissent la Mitsva de la Souccah comme un commandement qui implique que, tout au long de la durée de la fête de Souccoth (du 15 au 21 Tichri), la Souccah devienne notre résidence principale. Tout ce que l’on fait d’habitude à la maison doit être accompli dans la Souccah. Ainsi, à chaque automne, alors que les conditions atmosphériques deviennent inclémentes, nous nous installons à l’extérieur. Pendant toute une semaine, nous échangeons notre maison habituelle pour une autre qui nous laisse à la merci des éléments, démontrant ainsi notre confiance en la providence et la protection divines, tout comme le firent nos ancêtres lorsque «ils Me suivirent dans le désert, dans une terre inculte. » Résider sept jours dans la Souccah est une belle expérience, source d’inspiration. Cependant, on peut difficilement la décrire comme «facile». Et pourtant, c’est cet adjectif qu’utilise le Talmud pour qualifier cette Mitsva ! Le lien par la Mitsvah «Mitsva», terme qu’utilise la Torah pour indiquer les préceptes divins qui guident et gouvernent chaque aspect de notre vie, depuis le moment de notre naissance jusqu’à notre dernier souffle, possède deux significations : ce mot signifie à la fois «commandement» et «lien». En nous enjoignant les Mitsvot, D.ieu créa le moyen par lequel nous pouvons établir une connexion avec Lui. La main qui distribue la charité, l’esprit qui réfléchit sur la sagesse de la Torah, le cœur qui s’épanche dans la prière, la gorge qui avale la Matsa consommée à Pessa’h, tous deviennent les instruments de la Volonté Divine. Chaque membre, chaque organe, chaque faculté de l’homme possède des Mitsvot qui lui sont propres de sorte qu’aucune partie de notre être ne reste sans implication dans notre relation avec le Créateur. C’est là que réside la particularité de la Mitsva de la Souccah. Alors que chacune des autres Mitsvot concerne un aspect précis de notre être, la Mitsva de la Souccah donne le moyen qui permet à la totalité de la personne de s’engager dans l’accomplissement de la Volonté Divine. L’être humain tout entier entre et vit dans la Souccah : «la Souccah est la seule Mitsva dans laquelle l’homme s’engage avec ses bottes pleines de boue» s’exclame l’adage ‘hassidique... Pendant les sept jours de Souccot, la Souccah est notre foyer, l’environnement de chacune de nos entreprises, de chacune de nos activités. L’homme et son terrain L’aspect unique de la Souccah, en tant que moyen de connexion avec D.ieu qui englobe l’être tout entier, peut être mieux compris à la lumière de la signification de ce qu’est un «foyer» pour l’être humain. Nos Sages soulignent combien est profondément enraciné en l’homme le désir d’un foyer. C’est bien plus que le simple besoin d’un toit pour s’abriter et être en sécurité. En effet, satisfaire seulement ces besoins, ceux d’un toit et d’un abri sans un lopin de terre (ou une maison) vraiment à soi, ne comble pas l’aspiration à avoir son foyer. Le Talmud va même jusqu’à déclarer : «celui qui ne possède pas de foyer n’est pas un homme». Le besoin d’une maison est intrinsèque à l’âme et l’une des définitions de ce qu’est un homme. C’est la raison pour laquelle l’identification d’un homme avec sa maison ne se confine pas aux heures qu’il passe à l’intérieur de ses murs. Quand il travaille, qu’il rend visite à des amis ou qu’il se promène dans un jardin, c’est en tant qu’habitant de sa demeure propre qu’il travaille, rend des visites ou se promène. Puisque son humanité même est incomplète sans ce lieu qui est le sien, ce dernier fait partie de tout ce qu’il fait. Pendant les sept jours, où nous faisons de la Souccah notre demeure, elle forme une partie intégrante de notre identité. Tout ce que nous accomplissons, y compris ce que nous faisons à l’extérieur de la Souccah, est inclus dans ce «lien» avec D.ieu noué grâce à cette Mitsva. Facile comme la vie Nous pouvons désormais comprendre pourquoi la Mitsva de la Souccah est la Mitsva «facile» de D.ieu. Dans son approche de l’accomplissement des commandements de D.ieu, l’homme peut adopter l’une des deux attitudes suivantes : Il s’y engage par devoir. Il entrevoit alors le but de sa vie comme la réalisation de ses propres ambitions personnelles. Et en même temps, il reconnaît que D.ieu est le Maître de l’univers, Celui Qui l’a créé, lui a donné la vie et Qui continue à le soutenir à chaque moment de son existence. Ainsi se sent-il obligé, par devoir, d’obéir aux commandements de D.ieu. Ou bien alors, l’individu considère son engagement dans l’accomplissement des Mitsvot comme le but de son existence. Il comprend que «Je n’ai été créé que pour servir Mon Créateur». Il reconnaît comme vérité que c’est là son véritable «moi» et l’accomplissement et la réalisation ultimes de ce qu’il est. Si nous observons la première approche, celle qui considère l’observance d’une Mitsva comme celle d’un devoir, nous considérerons certaines Mitsvot «faciles» et d’autres «difficiles». Il se peut que nous les accomplissions toutes, peut-être même avec bonne volonté et même avec joie, mais nous en trouvons certaines agréables et pleines d’inspiration et d’autres plus difficiles voire lassantes. Les dépenses de temps, d’efforts et d’argent que nécessite une Mitsva peuvent également affecter le degré de difficulté que nous ressentons dans son accomplissement. Mais lorsque nous considérons l’accomplissement de la Volonté de D.ieu comme le terreau même de notre vie, le concept de «Mitsva difficile» n’existe pas. Toutes les Mitsvot sont «faciles» car elles ne nous sont pas imposées dans notre vie, elles sont notre vie. En fait, il n’y a pas de clivage entre les domaines de notre vie appartenant aux Mitsvot et ceux sans Misvot. Quand nous vivons pour implanter dans la création le but Divin, notre vie toute entière devient une quête unique pour nous lier à notre Créateur et servir Sa volonté. Si l’observance de toutes les Mitsvot peut se faire de l’une ou l’autre manière, il en est une dont les modalités d’observance ne demandent rien moins que la seconde approche. La Mitsva de la Souccah ne nous dit pas de faire quelque chose, elle nous dit d’être quelqu’un : celui qui réside dans la Souccah. La façon d’observer ce commandement est de faire de la Souccah notre foyer, notre environnement, nos racines, notre identité même, pendant sept jours, chaque année de notre vie. Et quand nous appliquons le modèle de la Mitsva de la Souccah à tous les commandements de D.ieu, ils prennent alors tous la qualité de la Souccah qui englobe tout. Ils deviennent alors aussi «faciles» que la vie. Une si petite Souccah En 1936, le NKVD, la police secrète soviétique avait malheureusement réussi à éradiquer en grande partie le judaïsme en Russie. Même les quelques ‘Hassidim qui restaient fidèles aux lois de la Torah se cachaient et vivaient dans une terreur perpétuelle : être découvert ou dénoncé, puis arrêté, torturé et envoyé en esclavage en Sibérie pour y mourir de faim et de froid. Certains trouvaient le moyen d’enseigner secrètement la Torah à leurs enfants, de cuire des Matsot pour Pessa’h ou de prier avec un Minyane (quorum de dix hommes). Mais la fête de Souccot n’était vraiment pas simple à respecter : comment peut-on construire une cabane à ciel ouvert, au plafond recouvert de branchages sans éveiller les soupçons du KGB ? Mais Rav Yits’hak Elchanan Shagalov était résolu à accomplir cette Mitsva sans compromis, comme d’ailleurs toutes les autres Mitsvot : «La Torah est plus précieuse que la vie elle-même» répétait-il à ses enfants ; ou encore : «Une vie sans Torah n’a aucun sens ! Les Soviétiques ne pourront jamais réduire nos âmes en esclavage !» A l’arrière de la synagogue des ouvriers, dans la cour, se dressait une petite cabane en ruines. Elle était remplie d’un incroyable fourbis : des planches usées, des vieux journaux, des outils rouillés, des chiffons déchirés, des piles d’objets hétéroclites. Rav Yits’hak Elchanan Shagalov décida d’utiliser cette cabane. Quelques jours avant la fête, il enleva exactement deux planches du plafond et les remplaça par du feuillage. La première nuit de Souccot, il réveilla ses six enfants – le plus petit n’avait que quelques mois – qui étaient blottis dans la synagogue, là où la famille avait dû trouver refuge après avoir été expulsée de sa maison. Il serra les enfants les uns contre les autres pour qu’ils se trouvent exactement sous le feuillage : ainsi chacun d’entre eux accomplissait la Mitsva. Durant le «repas» - qui consistait en quelques croûtons de pain - Rav Yits’hak Elchanan enseigna à ses enfants la célèbre chanson yiddish : «A Soukelé A Kleine» («Une si petite Souccah»). Ce chant évoque des vents violents qui menacent d’abattre la frêle Souccah ; une petite fille angoissée s’écrie que la Souccah va s’effondrer et que les bougies vont s’éteindre ! Mais son père la console : cela fait des milliers d’années que la Souccah résiste et aucun vent ne peut la déraciner ! De fait, telle était l’éducation ‘hassidique qu’il désirait inculquer à ses enfants : «Les vents violents, ce sont les Soviétiques et leur police secrète. Ils tentent de toutes leurs forces de détruire notre Souccah. Les bougies, ce sont les enfants juifs que les communistes souhaitent assimiler à leur culture. C’est pourquoi ils interdisent toute pratique religieuse. Mais nos enfants resteront fidèles à l’enseignement de la Torah et le judaïsme ne s’éteindra jamais !» Puis Rav Yits’hak Elchanan changea légèrement les mots : au lieu de chanter : «Les bougies vont s’éteindre», il affirma de sa voix mélodieuse : «Regardez ce miracle ! Nos bougies ne s’éteignent pas !» Il répéta le chant encore et encore, jusqu’à ce que les enfants le connaissent par cœur et s’imprègnent profondément de son message. Actuellement, les enfants de Rav Yits’hak Elchanan et Maryasha Shagalov sont eux-mêmes arrières-grands-parents d’environ cinq cents descendants qui sont tous responsables communautaires, émissaires du Rabbi, Rabbanim, enseignants et abatteurs rituels dispersés sur les cinq continents, assumant fièrement la continuation de l’éducation juive : les vents violents n’ont pas réussi à déraciner la fragile Souccah du peuple juif. Les bougies allumées par ces ‘Hassidim dans une cabane abandonnée au fond d’une cour éclairent encore le monde d’une lumière pure et éternelle. Lesches traduite par Feiga Lubecki Un cantique absolu Presque à la fin du cycle annuel de lecture de la Torah arrive le cantique dénommé par son premier mot : «Haazinou - Ecoutez». C’est Moïse qui s’adresse au peuple juif en un chant à la portée spirituelle infinie. Pourtant, ce que le texte qualifie de «cantique» est loin de ne présenter que des aspects positifs. Si son début souligne effectivement tout le bien que D.ieu a fait pour Son peuple, sa conclusion est, au contraire, une sévère remontrance. Par exemple : «Je cacherai d’eux Ma face» ! Cependant l’ensemble porte le beau titre de cantique ! C’est que tous les événements rencontrés par le peuple juif, même ceux qui semblent difficiles, n’ont qu’un but : parvenir à la Délivrance. Dans cette optique, ils ne sont que des étapes d’élévation qui conduisent à la perfection éternelle que Machia’h amènera. Les passages à connotation négative font ainsi bien partie intégrante d’un cantique qui célèbre l’avancée progressive de l’Histoire. (d’après Likoutei Si’hot, vol. 24 – Haazinou Chouva) H.N. * * * * * * * * * Edito Que la joie nous entraîne ! Après la solennité, presque l’austérité, de la première partie du mois de Tichri, après tous les efforts investis dans la spiritualité pure et exigeante de Roch Hachana et de Yom Kippour, voici que vient le temps de la joie. Et quelle joie ! C’est de celle de Souccot et de Sim’hat Torah qu’il s’agit. Ce deuxième versant du mois nous propose ainsi un privilège immense : parvenir aux sources de l’allégresse la plus authentique en vivant des fêtes à nulles autres pareilles. Alors qu’on s’engage dans cette si grande et forte période, ne convient-il pas de mettre cette joie en perspective ? Il est vrai que la joie est puissante. Elle a pour capacité de forcer les barrières, de briser les limites. Elle est comme un vent nouveau qui bouscule les habitudes et emporte sur ses ailes tous ceux qui veulent vivre plus pleinement. De fait, dans la Souccah, cette fragile demeure au toit de feuillage, nous ressentons comme l’accomplissement de la Volonté Divine nous entoure. Ne résidons-nous pas tout entier dans cet abri, solide parce que léger, puissant parce qu’éphémère ? N’y résidons-nous pas comme on le fait dans une fière demeure de pierre, simplement parce que D.ieu nous l’a ordonné et que, confiants en Sa fidélité, nous savons qu’Il nous garde et nous protège ? Durant la semaine de la fête, ne vivons-nous pas avec ces «invités» spirituels dont parle le Zohar qui nous visitent jour après jour : Abraham, Isaac, Jacob etc. ? C’est alors que vient l’explosion, quand, prenant les rouleaux de la Torah, les serrant sur notre cœur comme on fait d’un objet précieux et aimé, nous en devenons les porteurs en dansant avec eux. Chacun devient alors comme un élément de la Torah, s’unissant à elle, ne constituant plus, en quelque sorte, qu’une seule entité avec elle. C’est ainsi un nouveau rapport qui s’établit. Il ne se fonde guère sur la réflexion préalable ; la Torah étant roulée, enveloppée dans son manteau, elle ne se prête pas à l’étude. Du reste, si c’était le cas, chacun en aurait une approche différente, adaptée à ce qu’il est et à ce qu’il sait. En ce jour, tout cela s’efface, c’est d’Infini qu’il est question. Et, dans cette absence de limites, chacun trouve, comme naturellement, sa place. De tout cela, nous savons, dès à présent, que rien ne se terminera. Nous prendrons avec nous tout ce que nous vivons aujourd’hui. Pour une année bonne et douce. H. NISENBAUM Des âmes dans la pluie Si D.ieu est «parfait», comme le clame le Judaïsme, qu’est-ce qui Le précipita à créer l’univers ? Quel vide essayait-Il de remplir ? La réponse apportée par la mystique juive indique que D.ieu désirait le mariage. Le mariage nécessite l’existence de quelqu’un d’autre que vous avec lequel vous allez partager votre vie, une union entre le mari et la femme. D.ieu choisit au Sinaï l’humanité comme épousée. Ce mariage est fait d’affection, de querelles et de difficultés. Dans chaque génération, cette relation a subi des tribulations et cependant, cette union dure car chacun des partenaires sait intrinsèquement que tous deux appartiennent l’un à l’autre. Quand tous les voiles sont ôtés, l’homme exprime ouvertement son aspiration à s’unir avec D.ieu. Selon la Kabbale, la période des fêtes de Tichri constitue l’expérience annuelle du mariage cosmique entre D.ieu et l’humanité. Les cinq moments spirituels clé de la saison sont en parallèles avec les étapes fondamentales d’une rencontre et d’une union conventionnelle. La période des fêtes nous invite à nouveau à entreprendre ce voyage qui régénère la relation entre D.ieu et le Peuple Juif. La rencontre Le mois hébreu d’Elloul précède les fêtes de Tichri. Ce mois est décrit dans les enseignements de la ‘Hassidout comme une période où «le Roi va dans les champs pour rencontrer Son peuple, l’accueillant avec bonté et tendresse, montrant à tous un visage plein de joie». A notre tour, «nous ouvrons notre cœur à D.ieu». Cette période nous donne l’occasion de faire connaissance avec D.ieu. La demande Le monde s’agite, dit le grand Maître de la Kabbale, Rabbi Its’hak Louriah. «Durant la nuit de Roch Hachanah, écrit-il, la conscience animant l’univers devient fragile et faible». En fait, les grands Maîtres mystiques se sentaient physiquement affaiblis, durant la nuit de Roch Hachana. Toute existence a vu le jour en vue de ce mariage qui lui est proposé. Si nous Le refusons, alors tout aura été créé en vain. L’univers tout entier attend notre décision. L’engagement Lors de la cérémonie de Roch Hachana, un son perçant surgit de la terre : le cri du Choffar. C’est un cri simple, exprimant l’aspiration de l’homme à s’engager avec le Divin. Nous avons décidé. Notre réponse est «oui». Le mariage Le jour du mariage arrive : Yom Kippour. Un jour décrit dans la Kabbale comme «le moment d’unicité» au cours duquel le fiancé et la fiancée forgent un lien pour l’éternité. Dans la tradition juive, le fiancé et la fiancée jeûnent le jour de leur mariage. Le jour où nous nous unissons à D.ieu, nous nous abstenons également de boire et de manger. Le Talmud enseigne que le jour du mariage, toutes les fautes des mariés sont pardonnées. C’est la raison pour laquelle Yom Kippour est appelé «le Jour du Pardon». La cérémonie du mariage commence avec la très émouvante prière du Kol Nidré dans laquelle nous annulons tous les vœux et les dépendances qui nous retiennent. Durant ces moments intenses, nous tentons de nous libérer des comportements et des habitudes compulsives et néfastes et nous abandonnons les ressentiments, l’animosité, la colère, la peur et l’envie. La cérémonie traditionnelle du mariage juif culmine lorsque les mariés pénètrent dans un lieu fermé (en hébreu : ‘heder hayi’houd) ‘pour passer quelques moments seuls. Yom Kippour culmine avec la prière de Néilah ou «clôture», appelée ainsi parce qu’au moment où le soleil se couche, les portes des cieux se referment, nous gardant à l’intérieur. Durant la prière de la Néilah, chaque âme est seule avec D.ieu. La célébration Quand les mariés sortent de ce lieu privé, la fête commence. De Yom Kippour, nous passons dans la fête de sept jours, Soukkot, décrite dans la Torah comme «la période de notre joie». Ces jours sont emplis de joies festives et extatiques, célébrant l’union entre D.ieu et Son Peuple. L’union La fête du mariage est terminée. La famille et les amis sont repartis chez eux. Les mariés vont désormais mêler leurs vies comme mari et femme. C’est pourquoi suivant les sept jours de Soukkot, nous atteignons le zénith de la période des fêtes : Chemini Atsérét et Sim’hat Torah, décrits dans la Kabbale comme «le moment d’intimité avec le Divin». Durant ces deux jours chargés, la joie atteint son apogée, lorsque D.ieu et Son peuple se présentent formant un tout indissoluble. Une graine divine est plantée dans le cœur de chacun. C’est la raison pour laquelle nous récitons une prière particulière pour la pluie lors de la fête de Chemini Atsérét. Qu’est-ce que la pluie ? Au milieu de l’intimité entre le ciel et la terre, des gouttes venues du ciel sont absorbées, fertilisées et nourries par la terre nourricière qui, à son tour, donnera naissance à des enfants botaniques. Le mois «normal» La période de célébrations touche à sa fin et l’excitation diminue. Maintenant le mariage consiste à se soucier l’un de l’autre et à se donner des preuves de confiance et de loyauté, alors que nous avançons dans le labeur monotone et continu de la vie. Parmi les douze mois de l’année du calendrier juif, il en est un seul qui ne comporte aucune fête. Il s’agit du mois qui suit immédiatement la période des fêtes de Tichri : le mois de ‘Hechvan. Ce mois est le moment de construire une véritable relation dans notre mariage avec Celui Qui est notre Partenaire chaque jour de notre vie. C’est le moment de découvrir la joie qui naît d’une relation continuelle avec D.ieu. Le toit de la Souccah Après soixante-dix ans de communisme en Russie, y construire une Souccah est comparable à la fonte des neiges à la fin de l’hiver : cela réchauffe un cœur juif, même au plus profond de la Sibérie. Depuis les vingt dernières années, le judaïsme renaît dans toutes les régions de cet immense pays ; quand arrive Souccot, c’est vraiment un miracle évident car cette fête était presque complètement oubliée à cause des dangers et des difficultés à construire une Souccah ou à obtenir un Loulav ou un Ethrog. Il y a trois ans, je me suis rendu à Kazan, une ville située le Tatarstan, une région habitée essentiellement par des citoyens musulmans. Après l’office du matin conduit par le Grand Rabbin de Kazan, Its’hak Garelik, celui-ci me présenta un des fidèles, M. Moché Perlov, un dentiste âgé de soixante-cinq ans. Je lui demandai : «Comment se fait-il que vous fréquentiez tous les jours la synagogue ?» C’est alors qu’il me raconta son histoire. «Mon père s’appelait Reb Na’houm Eliahou Perlov. Avant la Seconde Guerre Mondiale, il était «Sofer», scribe à Kazan : il écrivait méticuleusement les parchemins sacrés utilisés pour les Téfiline, les Mezouzot et les Sifré Torah. A la maison, il était très scrupuleux dans l’observance des Mitsvot mais comme il n’existait pas d’école juive, je fréquentais l’école publique, même le Chabbat. Cela signifie que de nombreuses traditions étaient affaiblies mais, à la maison, nous tentions d’observer le mieux possible les fêtes et les coutumes. Mon père était inquiet pour mon avenir. Il me suppliait toujours de ne pas révéler à mes camarades ce que nous pratiquions à la maison : «Sois un Juif à la maison et un Russe dans la rue !» répétait-il. D’un certain point de vue, il avait raison car je n’aurais jamais été accepté dans une université si j’avais ouvertement professé mon judaïsme. Nous habitions une petite maison en bois, pas dans un appartement comme la plupart des gens. De ce fait, nous disposions d’une sorte de porche à l’arrière. Chaque année, avant Souccot, mon père en couvrait le toit avec des branches et des feuillages. Nous invitions tous nos amis juifs car, de fait, c’était la seule Souccah de toute la ville. Mon père récitait le Kiddouch sur le vin, racontait des histoires et nous parlait longuement de la beauté de cette fête. Ces souvenirs de Souccot sont particulièrement vivaces dans mon esprit. Mon père mourut en 1965 et j’héritai de sa maison. Je désirais ardemment maintenir cette tradition de Souccot, afin que mes propres enfants en soient imprégnés. J’étais un peu déçu du fait que tout ce que mon père avait réussi à construire était un toit de feuillage et de branchages. Moi, j’allais faire beaucoup mieux ! Comme j’avais des amis qui travaillaient dans une usine de métaux, ils me procurèrent des plaques d’aluminium renforcé dont je pus recouvrir le toit du porche. Ainsi je pouvais recevoir nos amis à l’abri du vent et de la pluie. J’étais si fier et heureux de perpétuer la tradition de mon père ! Du moins le croyais-je… En 1998, le mouvement Loubavitch envoya Rav Its’hak Garelik et son épouse ‘Hanna revitaliser la communauté juive à Kazan. C’était si incroyable de voir un jeune rabbin célébrer en public ce que nous avions tenté de respecter en privé, à l’abri des regards indiscrets ! Cette année-là, Rav Garelik me dit : «Reb Moché ! Demain, c’est Souccot ! Je veux vous inviter à manger dans la magnifique Souccah que nous avons construit !» Ce soir-là, quand j’entrai dans sa Souccah, je saluai Rav Garelik vêtu de son habit de Chabbat qui récitait le Kiddouch, alors que les bougies de la fête étaient allumées sur la table… et que le toit de sa Souccah était constitué de feuilles et de branchages ! Je ne pus me retenir et me mis à pleurer. Je venais de réaliser que ce que mon père avait toujours mis en guise de toit était la bonne façon d’agir ! Depuis plus de trente ans, je m’étais cru plus intelligent en recouvrant ma «Souccah» de plaques d’aluminium pour la rendre plus belle et plus confortable mais ce n’était pas une Souccah ! Rav Garelik me demanda pourquoi je pleurais et quand je lui expliquai, il me consola : «Certainement votre père vous regarde depuis le ciel, avec tous les grands Juifs des générations passées et il sourit : je vous garantis que D.ieu ressentait un immense plaisir de votre Souccah – avec son toit en aluminium – même si elle n’était pas recouverte de feuillage parce que vous la construisiez avec tant d’ardeur et de sincérité !» Depuis, j’ai continué à apprendre et à mieux comprendre nos traditions. Ma famille et moi-même sommes très impliquées dans la vie de la communauté et nous célébrons les fêtes comme il se doit !» Malgré le froid de l’automne russe, de nombreux Juifs tiennent actuellement à sortir pour manger et se réunir dans les Souccot communautaires érigées la plupart du temps dans les cours des synagogues. C’est la Souccah qui les garde au chaud ! Telle est la véritable saga de Souccot en Russie : jamais le communisme le plus virulent n’a réussi à complètement détruire la frêle Souccah et l’étincelle de judaïsme qui anime chaque Juif. Rav Avraham Berkowitz
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The Jewish Press Traduit par Feiga Lubecki Plus de faute involontaire Lorsque le Machia’h viendra, le penchant vers le mal qui existe aujourd’hui dans le cœur de chaque homme, cessera d’exister. Le prophète Zacharie (13 : 2) l’a enseigné dans ces termes : “Je supprimerai l’esprit d’impureté de la terre”. Cela signifie que la gloire de D.ieu deviendra si manifeste dans le monde entier qu’une simple figue criera si l’on menace de la cueillir un jour de Chabbat (Midrach Tehilim, fin du chap. 73). Il est clair que, dans un tel contexte, commettre une faute sera radicalement impossible. Il sera même impossible d’en commettre une involontairement de même qu’en notre temps il est impensable qu’un petit enfant mette sa main dans une flamme. (d’après Likouteï Si’hot, vol. XXV, p. 263) H. N. |