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110 Le dilemme du banquier Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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 Chmouel Straus était banquier à Karlsruhe, ville allemande située sur le Rhin, non loin de Strasbourg. Chmouel gagnait assez d’argent pour les besoins de sa famille et utilisait tout son temps libre pour s’occuper de ses enfants, contribuer aux causes charitables de sa communauté et étudier les livres de Torah dans la vaste pièce qui lui servait de bibliothèque. Toujours conscient de la présence de D.ieu, Chmouel était honnête et charitable.
Au début, il avait dirigé une petite banque que lui avait confiée son beau-père. Avec l’autorisation du gouvernement, il s’était établi comme changeur d’argent et investisseur avisé pour ses clients. Dans son manteau, il avait fait coudre deux grandes poches : une pour les papiers, factures et reçus – et l’autre pour les pièces et billets de banque de l’étranger.
Un vendredi matin, avant de se rendre à la Brit Mila (circoncision) du fils d’un de ses amis, il décida de revêtir son manteau de Chabbat dans lequel il transféra donc argent et documents importants. Après la cérémonie et le repas, il se rendit à son bureau comme d’habitude et vaqua à ses occupations quotidiennes, procédant au change de monnaies étrangères et remplissant des formulaires.
L’après-midi, il ferma boutique afin de participer aux préparatifs du Chabbat à la maison. Au moment où son épouse alluma les bougies, il remit son manteau et partit vers la synagogue pour accueillir le Chabbat.
Pour Chmouel, Chabbat était véritablement un havre de paix : il pouvait prendre son temps et prier avec ferveur ; il étudiait sans être dérangé et passait de longs moments à discuter tranquillement avec son épouse, ses enfants et ses invités. Ce Chabbat ne serait pas différent et, sur le chemin du retour, Chmouel réfléchissait aux paroles de Torah qu’il prononcerait lors du repas. A un moment donné, il s’assit sur un banc pour mettre de l’ordre dans les idées qu’il développerait à table et, soudain, réalisa que les poches de son manteau étaient pleines !
Or il est interdit, Chabbat, de porter quoi que ce soit (dans ses mains, dans ses poches…) du domaine public au domaine privé et vice versa. Pétrifié, Chmouel réalisait qu’il ne pouvait absolument pas rapporter argent et documents à la maison. Il suait à grosses gouttes : non, il ne supportait pas l’idée d’utiliser par la suite de l’argent ou des papiers qu’il aurait portés le Chabbat.
Seul dans la rue déserte, il pensa alors à la joie qu’il éprouverait d’avoir agi correctement : il déboutonna son manteau et le tint à l’envers, faisant ainsi tomber par terre – sans les toucher directement – tous les objets qui se trouvaient dans ses poches : argent, reconnaissances de dettes, factures, reçus… Par terre ! Il se sentit soulagé bien qu’il réalisait que son avenir était en jeu. Il serait obligé de s’endetter durant de longues années peut-être mais sa foi en D.ieu était intacte. Il savait qu’il avait bien agi.
Ce Chabbat fut pour lui particulièrement joyeux. Chmouel était heureux d’avoir passé victorieusement une épreuve difficile. Sa famille s’étonnait de cette joie si profonde tandis que les invités étaient galvanisés par cette gaieté bien réelle.
La journée de Chabbat s’écoula, le soleil se couchait et les étoiles apparurent dans le ciel. Il était temps de réciter la Havdala, la cérémonie de clôture du Chabbat, avec une coupe de vin, des épices odoriférantes et la bougie tressée. Ce n’est qu’après ce rituel achevé que Chmouel raconta à sa famille ce qui lui était arrivé et comment il avait réagi. Il ne cacha pas la triste réalité : la vie serait dure maintenant et l’épreuve de la pauvreté ne devrait pas amoindrir leur pratique religieuse et leur confiance en D.ieu. Sa femme l’écouta attentivement : elle approuvait la façon dont il avait réagi et était prête à en assumer les conséquences. Tout ceci était certainement pour le bien.
Le même soir, Chmouel décida de reprendre le chemin qu’il avait effectué la veille : peut-être retrouverait-il quelques papiers – sans importance pour un passant mais si précieux pour lui. En approchant du banc, il n’en crut pas ses yeux : tout était resté à la même place, aussi bien l’argent que les documents !
Quand il rentra chez lui, il les montra fièrement à sa famille qui poussa un soupir de soulagement.
Quelques jours plus tard, le Ministre des Finances de la région de Baden entendit parler de la banque Straus et de son excellente réputation d’honnêteté. Il confia à Chmouel une importante somme d’argent qui lui permit de réaliser des investissements d’envergure, ce qui attira encore d’autres clients. La banque Straus se développa alors de façon exceptionnelle.
Les enfants de Chmouel ont vendu la banque Straus en 1938 quand ils réussirent à fuir l’Allemagne nazie et ils s’installèrent en Californie.
L’héritage de Chmouel continue à Jérusalem, où la cour Straus abrite un centre d’études talmudiques.

David Zaklikowski
www.chabad.org
traduit par Feiga Lubecki

 
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