| 113 Euphorie à Emporia |
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Je dirige un programme expérimental au Quest Center d’Hollywood en Floride. Mes «étudiants» présentent des troubles profonds : autisme, syndrome 21, paralysie cérébrale, et désordres mentaux variés. Le Quest
Center fait partie du réseau des écoles publiques. Sans que je le sache, mes supérieurs hiérarchiques et mes collègues m’avaient choisi pour les représenter au Congrès National des Professeurs (NTHF). Quand on m’en a informé, je dus avouer que, jusqu’à ce jour, je n’avais jamais entendu parler d’un tel congrès. Quelques jours plus tard, je reçus un e-mail du NTHF qui siégeait à Emporia, Kansas. Le programme était bourré de sessions, d’ateliers, de conférences, de tables rondes, de rencontres avec des personnalités du monde éducatif et autres réceptions. Ceci culminerait avec une cérémonie officielle le vendredi soir. Si j’avais des questions, je pouvais les contacter sans hésiter. Ce que je fis immédiatement pour présenter mes deux problèmes : Chabbat et cacherout. Leur réponse consista en un seul mot : Heu ? La cérémonie devait se terminer le vendredi aux alentours de 21 heures. Ce serait déjà Chabbat. Mon épouse, Guitel, dénicha sur Internet une sympathique auberge à environ un kilomètre du lieu de la réception. Comme cet endroit était considérablement plus onéreux que l’hôtel, nous avons proposé de payer la différence. Le NTHF ne voulut rien entendre : «Il n’en est pas question ! Nous prenons en charge tous vos frais, c’est un plaisir pour nous !» Ils s’occupèrent également de la nourriture cachère, y compris les repas spéciaux de Chabbat, qui seraient acheminés de Kansas City. Comment pouvais-je refuser ? Une fois ces détails réglés, je pouvais me concentrer sur ma véritable mission. Ma nomination faisait de moi le porte parole de l’éducation, en particulier pour les enfants présentant des besoins spécifiques. Je devrais me positionner face aux problèmes affectant la société américaine. On m’interviewerait à la radio, à la télévision, dans les grands journaux pour connaître mon opinion quant aux options éducatives depuis le programme «Aucun enfant ne sera laissé à la traîne» jusqu’à la question : «Pourquoi tant de professeurs baissent les bras et abandonnent leur métier». De plus – et là reposait le véritable défi – je porterai la Kippa. Je ne représenterai donc pas seulement l’éducation spécialisée mais aussi le peuple juif. C’était une occasion unique de réaliser un «Kiddouch Hachem», une sanctification du Nom de D.ieu à condition, bien sûr, que tout se passe bien. Les orateurs interviendraient par ordre alphabétique. Par mon nom de famille – Lazerson – j’étais supposé parler en avant-dernier. Mais on me plaça en premier, sans que je n’aie rien demandé, afin que je n’aie pas de problème avec le Chabbat ! Le jeudi matin, le NTHF nous fit rencontrer plus de 150 étudiants des universités du Kansas. Certains d’entre eux s’approchèrent de moi, me demandèrent la signification de la Kippa (j’expliquai que cela rappelait la Présence de D.ieu particulièrement au-dessus du cerveau, pour indiquer que toute logique humaine doit être dominée par la conscience de D.ieu). A ma grande surprise, nombre d’entre eux me demandèrent… un autographe ! Je n’étais ni joueur de base-ball, ni chanteur, ni acteur, juste professeur. A ce moment j’ai ressenti qu’on pouvait encore nourrir de l’espoir dans la jeunesse américaine. Les deux jours suivants furent intenses, remplis et nous réservèrent des moments intéressants. Quant à la cérémonie de clôture, on m’invita à parler bien avant le début du Chabbat. Je terminai ma conférence avec le fameux dicton du Talmud : «J’ai appris beaucoup de mes professeurs, davantage encore de mes collègues. Mais plus que tout : de mes élèves !» En effet, malgré leurs immenses difficultés et les défis qu’ils doivent affronter chaque jour, ils ont pratiquement toujours le sourire aux lèvres. Il nous apprennent à aimer et à donner, à apprécier les «petites choses» de la vie, ce que nous considérons souvent comme un dû et qui, de fait, bien sûr, est si important. La vraie surprise arriva plus tard, ce vendredi soir. Guitel était retournée à l’auberge pour allumer les bougies puis était venue me rejoindre. Le soleil s’était couché, la cérémonie se terminait. Maintenant commençait la réception. De nombreux participants insistèrent pour que nous y prenions part. Nous avons poliment refusé et sommes repartis à pied vers notre auberge. Mes parents nous avaient rejoint ainsi que des amis de Miami. Nous étions donc un bon groupe prêt à accueillir le Chabbat. Environ quarante minutes plus tard, cinq ou six voitures bondées de passagers stoppèrent devant l’auberge : c’était tous les participants du congrès. Avec leurs familles. Les notables des universités ! Les journalistes ! «Nous avons décidé, s’écria l’un d’entre eux, que si Laz ne pouvait venir à la réception, ce serait la réception qui viendrait chez Laz !» Les larmes aux yeux, nous ne pouvions simplement pas y croire ! Cette nuit-là, nous sommes restés ensemble tard, à la lueur des bougies, à parler, à répondre aux questions : Chabbat, la cacherout, le judaïsme… Nous avons évoqué les Sept Lois des Enfants de Noé qui incombent aux non-juifs, cette morale universelle qui rendra la société meilleure. Ce fut un merveilleux Chabbat à Emporia. J’y ai appris à influencer positivement les autres, j’ai enseigné et j’ai aidé les autres. Ensemble, nous avons réalisé que les sujets réellement importants de la vie ne se mesurent ni ne se comptent en dollars mais bien plutôt en progrès moraux de l’âme humaine. Dr David Lazerson – www.drlaz.com |
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