| 77 L’enfant d’Odessa |
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Je suis née à Odessa, en Ukraine, quand celle-ci faisait encore partie de l’Union Soviétique. Ainsi loin que je puisse me souvenir, j’ai toujours su que j’étais juive. Et qu’être juif signifiait être différent. En classe,
pratiquement chaque jour, mes camarades me rappelaient que j’étais juive. J’en pleurais de rage mais le plus pénible était que je ne trouvais aucune raison pour expliquer qu’il était si dégradant d’être juif. Dans ma famille, on ne me donnait qu’une réponse : tout le monde nous déteste parce que nous sommes juifs, un point c’est tout. Il y avait peu d’observance religieuse dans notre maison. Mes grands-parents parlaient yiddish à la maison. Une fois par an, ma grand-mère m’emmenait avec elle dans une vieille synagogue d’une autre ville pour acheter de la Matsa. Nous rapportions ces Matsot enveloppées dans une grande taie d’oreiller blanche et nous les mangions avec de la soupe de poulet. Quand je lui demandai la raison de ce rite, elle répondait : «Je n’en sais rien ! Ne pose pas de question ! C’est ce que les Juifs font une fois par an !» Le concept de D.ieu, curieusement, m’a toujours été très proche même si c’était un peu gênant. Quand j’étais enfant, tous les soirs avant de m’endormir, je parlais à D.ieu. Mais je ne savais pas s’il était correct de croire en D.ieu. La première fois que je suis entrée dans une synagogue, c’était à Roch Hachana, quand j’avais dix-huit ans. Ce fut une expérience très émouvante pour moi. Je vis des gens embrasser la Torah. J’étais si heureuse de réaliser que d’autres Juifs croyaient en D.ieu. Je n’étais plus du tout gênée. En 1999, ma famille émigra à San Francisco. Nous n’y avions ni amis, ni famille, ni argent. Nous ne parlions pas l’anglais. Comme la plupart des nouveaux immigrants, nous devions nous adapter aux règles de la sécurité sociale et des allocations ; il fallait apprendre la langue et les usages. Trois mois après notre arrivée aux Etats-Unis, il m’arriva quelque chose que je n’oublierai jamais. Je marchais dans la rue, un après-midi et je ressentis soudain un vide dans mon cœur, une envie urgente de parler à D.ieu. Je ne savais que faire ; je m’arrêtai et dis : «D.ieu ! J’ai vraiment besoin de Te parler !» Je repris ma marche et j’arrivai devant une grande et belle synagogue. Je n’en croyais pas mes yeux ! Je toquai à la porte et un vieil homme m’ouvrit la porte. Il me demanda ce que je voulais et, dans mon anglais de débutante, je me débrouillai pour lui expliquer que j’avais vraiment besoin de parler à D.ieu. Il me dit que c’était trop tard, qu’il n’y avait plus d’office ce jour-là. Je répliquai que je n’avais pas besoin d’office, que je voulais juste parler à D.ieu. Il me laissa entrer pour dix minutes. La grande synagogue était vide. J’entrai, je m’assis en face de l’Arche Sainte et épanchai mon cœur, avec des prières très personnelles et ressenties. Alors que je m’apprêtai à repartir, je rencontrai un rabbin russophone dans le couloir. Il me posa des questions et m’invita pour Chabbat. J’appris plus tard que lui et sa famille étaient Loubavitch. Avant que je ne parte, il me donna une boîte de Tsedaka (charité). Je n’en avais jamais vue auparavant. Il m’expliqua que c’était un objet spécial : «Si vous y glissez un cent chaque jour, cela peut aider de nombreuses manières. Quand vous y mettez une pièce, D.ieu vous entend comme si vous étiez en train de prier devant le Kotel, le mur Occidental à Jérusalem !» Je pris la boîte et constatai bien vite qu’effectivement «ça aide !» Je sortis indemne d’un accident, bien que la voiture fût très abîmée. Ma voiture était trop vieille pour que l’assurance acceptât de me rembourser les réparations. Mais en Californie, vous ne pouvez pratiquement pas vivre sans voiture. J’étais désespérée : pas de voiture, pas de travail donc pas d’argent. Je me tournai vers la boîte de Tsedaka, y glissai quelque pièces et priai : «Mon D.ieu ! Qui va réparer ma voiture ? Je ne peux pas vivre sans !» Cinq minutes plus tard, un ami me téléphona et dans les dix minutes qui suivirent, il se débrouilla pour qu’un de ses amis réparât ma voiture gratuitement ! C’est ainsi que j’entamai mon périple de Torah, un commencement qui n’en finit pas. Bien des événements m’arrivèrent par la suite qui me firent ressentir que D.ieu m’écoutait et me disait que c’était le bon chemin. Finalement je passai mon premier Chabbat dans la maison de ce rabbin russophone. Cette fois il m’expliqua que les bougies de Chabbat étaient elles aussi très spéciales. Elles peuvent aider pour le Chalom Bayit (la paix dans le couple), la santé et bien d’autres sujets. De plus, ajouta-t-il, cela ne dure que deux minutes : il suffit de faire trois cercles autour avec les mains, de couvrir ses yeux et de réciter une bénédiction de quinze mots. Il m’en parla avec tant d’enthousiasme que j’en vins à compter les jours jusqu’au vendredi suivant ! Enfin le moment tant attendu arriva et là – je fus désemparée : la bénédiction devait être prononcée tandis que les mains recouvraient les yeux. Or je ne la connaissais pas par cœur ! Devais-je attendre la semaine suivante et essayer d’apprendre la bénédiction par cœur entre temps ? On devais-je allumer et réciter la bénédiction sans me couvrir les yeux ? Je décidai d’un compromis : je demandai à D.ieu une permission spéciale : je couvrirais un œil et garderais l’autre ouvert pour lire le texte de la bénédiction… Je ne suis pas devenue pratiquante du jour au lendemain mais les bougies m’ont amenée plus près de D.ieu, de la Torah et de ses commandements. Il y a plus d’un an, je me suis installée à Crown Heights, dans Brooklyn, avec mes deux merveilleux enfants. Je suis heureuse de savoir qu’eux auront la chance d’avoir l’éducation juive que je n’ai pas eue. Ils ne sont pas gênés d’être juifs, pas comme leur mère il y a si longtemps. Et maintenant je reconnais avoir une relation proche et pure avec D.ieu, exactement comme lorsque j’étais une enfant parlant avec D.ieu juste avant de m’endormir à Odessa. Sheina Malka Krenkel – Le’haïm n°1076 traduite par Feiga Lubecki |
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