| 81 La suite de l'histoire... |
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Chabbat après-midi dans la synagogue de Kfar ‘Habad sur la route Tel-Aviv – Jérusalem. Une réunion ‘hassidique se prolonge dans une atmosphère joyeuse, on écoute avec passion les histoires que racontent de vieux ‘Hassidim, ceux
qui ont vécu leur enfance «là-bas», en Russie soviétique et qui ont connu des souffrances inimaginables mais qui ont aussi connu les ‘Hassidim de légende et surtout… Rabbi Yossef Its’hak, le précédent Rabbi de Loubavitch. Entre deux chants, entre deux rasades de vodka, l’un des anciens du village, Rav Zalman Sudakevich se mit à raconter un souvenir personnel. En 1947, après avoir fui «le paradis soviétique», il était arrivé comme tant d’autres réfugiés à Paris : plusieurs dizaines de familles juives avaient réussi à franchir «le rideau de fer» après des années de vie clandestine, de persécutions en tous genres pour avoir maintenu la flamme du judaïsme envers et contre tout. Pour eux, Paris ne constituait qu’une étape : les réfugiés affluaient et attendaient les instructions de Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn, le précédent Rabbi de Loubavitch, qui se trouvait alors à New York. Le Rabbi dirigea certains d’entre eux vers la Terre Sainte, d’autres vers les Etats-Unis et même vers la lointaine Australie. Rav Zalman Sudakevich reçut au bout d’un certain temps la consigne de se rendre en Erets Israël où il devait, par la suite, participer à la fondation du village de Kfar ‘Habad. En attendant, il remarqua deux autres ‘Hassidim – comme lui en transit – Rav Yehouda Hein et le défunt ‘Haïm Schreiber à qui le Rabbi avait demandé… de se promener dans les rues de Paris ! Le Rabbi n’avait pas précisé dans quel but et les ‘Hassidim n’avaient pas posé d’autres questions. Peut-être un jour mériteraient-ils de comprendre le pourquoi de cette étrange requête… (Il faut se souvenir qu’à l’époque, Paris était plutôt considérée comme la capitale de bien autre chose que la vertu et les Juifs orthodoxes ne s’y rendaient que contraints et forcés, certainement pas pour se promener !) En attendant, Rav Zalman considéra lui aussi cette requête avec curiosité et il décida de se joindre à eux. C’est ainsi que les trois ‘Hassidim errèrent sans but précis dans les rues de Paris et leurs pas les menèrent dans le 9ème arrondissement. Dans l’une des petites rues de ce quartier central, ils entendirent soudain quelqu’un les appeler. Levant les yeux vers les étages des immeubles, ils aperçurent au cinquième étage une femme âgée qui leur fit signe d’attendre qu’elle descende, ce qu’ils firent. Dans un yiddish hésitant, elle expliqua qu’elle avait besoin de leur aide. Sa propre fille et son gendre avaient abandonné les coutumes et les lois du judaïsme mais leur fils approchait de l’âge de la Bar Mitsva : or personne, aucune structure ne l’accueillait dans le Paris d’après guerre pour le préparer à cette étape primordiale vers l’âge adulte. Les larmes aux yeux, elle expliqua que pour elle, c’était très important de le voir appelé à la Torah dans une synagogue le jour de sa Bar Mitsva, comme le veut la tradition. Mais elle ne connaissait personne capable d’enseigner à son petit-fils les rudiments du judaïsme. Maintenant qu’elle avait aperçu ces ‘Hassidim qui passaient justement dans sa rue, elle avait l’impression qu’ils lui étaient envoyés du ciel ! Bien entendu, les ‘Hassidim étaient ravis de pouvoir l’aider : ils lui indiquèrent l’adresse de la synagogue la plus proche, celle qu’on appelle encore maintenant la «Rachi-Choule». Là elle trouverait certainement quelqu’un capable de s’occuper de son petit-fils. Très émus, les ‘Hassidim étaient maintenant persuadés que lorsque Rabbi Yossef Its’hak leur avait demandé de «simplement se promener dans Paris», il avait dû ressentir depuis New York la souffrance d’une grand-mère. Effectivement, après plusieurs semaines d’étude intensive, le jeune garçon put célébrer sa Bar Mitsva sous les yeux attendris de sa grand-mère. Celle-ci remercia chaleureusement les ‘Hassidim et, dans un murmure, ajouta : «Qui sait ? Peut-être un jour sera-t-il celui qui récitera le Kaddich à ma mémoire !» (Le Kaddich est la prière de sanctification du Nom divin que les enfants récitent durant un an puis, chaque année le jour anniversaire du décès d’un parent). Rav Zalman avait terminé son histoire. Autour de lui, les ‘Hassidim restèrent un long moment silencieux, réfléchissant aux multiples enseignements à tirer de cette histoire. Mais l’un des participants, Rav David Lesselbaum, d’origine française, sentit une sueur froide couler dans son dos : cette histoire ne le laissait certainement pas indifférent ! - Vous êtes sûrs que vous avez adressé cette dame à la «Rachi-Choule» ? - Absolument ! Après encore deux ou trois questions de ce genre, Rav David s’écria : «Ce jeune Bar Mitsva… c’était moi !» Toute l’assistance était en émoi. Rav David et Rav Zalman se regardèrent, les larmes aux yeux, n’en croyant pas eux-mêmes ce qui se passait, ce qui s’était passé tant d’années auparavant… Après quelques moments d’émotion intense pendant lesquels ni l’un ni l’autre ne purent parler, Rav David reprit la parole : «Bien sûr ! Je me souviens comme d’hier des efforts de ma grand-mère pour que je célèbre ma Bar Mitsva comme le veut la tradition. A l’époque, je ne savais même pas lire l’hébreu et je ne connaissais rien de la Torah et des Mitsvots. Ce n’est que parce qu’elle insistait tant et que je la respectais que je me suis plié à sa volonté. Ma grand-mère habitait dans le 20ème arrondissement mais elle se rendait souvent chez ma tante, sa fille, qui habitait dans le 9ème. Et c’est là que nous habitions nous aussi. C’est donc là qu’elle rencontra les ‘Hassidim qui la dirigèrent vers la « Rachi-Choule » là où, par la suite j’ai célébré ma Bar Mitsva. C’est cette cérémonie avec tous les cours qui l’ont précédée qui a marqué un tournant dans ma vie, vers une pratique méticuleuse des commandements divins puis, par la suite, m’a rapproché de la ‘Hassidout de Loubavitch. Le plus étonnant, c’est que je fus le seul de toute la famille à respecter l’obligation de réciter le Kaddich le jour d’anniversaire de son décès, quelques années plus tard. J’ai oublié de nombreuses dates des membres de ma famille mais celle de ma grand-mère est restée gravée dans mon esprit. Oui, ma grand-mère a bien mérité cet ultime honneur ! Comme la Providence Divine agit de façon extraordinaire ! conclut Reb David. Nous avons tous ici connu Rav Yehouda Hein et Rav ‘Haïm Schreiber, des vrais ‘Hassidim d’antan, qui ont habité ici à Kfar ‘Habad mais qui ne sont plus de ce monde. Jamais je n’avais su qu’ils avaient été les émissaires choisis par la Providence Divine pour me sauver de l’assimilation. Et si Rav Zalman ne les avait pas accompagnés, nul n’aurait jamais pu raconter comment Rabbi Yossef Its’hak, le précédent Rabbi de Loubavitch, avait vu loin et avait envoyé ses ‘Hassidim s’occuper d’un garçon juif dans le Paris d’après-guerre pour le ramener à son identité juive ! Sichat Hachavoua n°1174 traduit par Feiga Lubecki |
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