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Le funambule
Deux mots sont souvent associés et communément perçus comme synonymes alors que la réalité est toute autre.
Ces deux mots sont «foi» et «confiance», émouna et bita’hone.

Résumé de la Paracha BEHAR BEHOUKOTAI
D.ieu, sur le Mont Sinaï, donne à Moïse les lois relatives à l'année sabbatique. Tous les sept ans, les travaux agricoles devront cesser dans le pays et les produits spontanés de la terre seront laissés à la libre disposition des hommes et des animaux.
La promesse est donnée que la récolte de la sixième produira l'équivalent des trois récoltes.
Sept de ces cycles aboutissent à la cinquantième année : l'année du Jubilé durant laquelle on ne travaille pas non plus la terre.
Lors du Jubilé (Yovel), ceux d'entre le peuple qui se seraient vendus comme esclaves sont libérés et les propriétés ancestrales reviennent à leur propriétaire originaire.
La paracha contient aussi des commandements additionnels relatifs à la propriété foncière et des interdits concernant la fraude et le prêt à intérêt.

D.ieu demande de traiter avec bonté et sans dureté celui d'entre les Juifs qui serait obligé, du fait de la pauvreté, de se vendre comme serviteur. D.ieu promet aux enfants d'Israël qui veilleront au respect de Ses Commandements, qu'ils connaîtront la prospérité matérielle et demeureront en paix sur la terre.

Mais Il exprime aussi une mise en garde : l'exil, la persécution, d'autres plaies encore suivraient l'abandon des termes de l'Alliance.
« Et pourtant, est-il continué, même alors, quand  ils se retrouveront relégués au pays de leurs ennemis, je ne les aurais point dédaignés ni repoussés au point de les anéantir; car Je suis l'Eternel, leur D.ieu . Et Je me rappellerai en leur faveur le pacte des aïeux ».

La paracha se poursuit par l'énoncé des règles de calcul de la valeur de certains voeux comme par exemple, celui de consacrer une terre à D.ieu.
Bé'houkotaï conclut le troisième livre de la Torah, Vayikra, le Lévitique.

Réflexions sur la Sidra

1) Béhar : Le funambule
Deux mots sont souvent associés et communément perçus comme synonymes alors que la réalité est toute autre.
Ces deux mots sont «foi» et «confiance», émouna et bita’hone.
L’une des approches pour expliquer la différence entre ces deux concepts indique que le premier implique la croyance que D.ieu existe, alors que le second en est la connaissance ou plus précisément une connaissance dans l’esprit, le cœur et l’action.
On raconte une histoire à propos du célèbre maître ‘hassidique, Rabbi Lévi Its’hak de Berditchev, qui, à la surprise de son beau-père, devint un ‘hassid, peu de temps après son mariage.
Incapable de comprendre ce qui avait poussé son gendre à rejoindre les rangs des ‘hassidim, il le
somma sèchement de s’expliquer :
«Que possèdes-tu maintenant en tant que ‘hassid et que tu ne possédais pas précédemment ?» «La foi en D.ieu» fut la brève mais honnête réponse qui lui fut donnée.
Incrédule, l’homme s’exclama : «Mais enfin, tout le monde croit en D.ieu !» Et pour prouver la véracité de ses propos, il demanda à la servante de la maison : «Crois-tu en D.ieu ?» «Bien sûr !» répondit-elle. Rabbi Lévi Its’hak rétorqua alors : «Elle dit que D.ieu existe. Je sais qu’Il existe.»
Pour Rabbi Lévi Its’hak, D.ieu représentait plus qu’une idée théorique. Il était concret et réel.
En fait, s’il fallait douter de quelque chose, ce devrait être de notre propre existence et non de celle de D.ieu. La connaissance qu’évoquait Rabbi Lévi Its’hak ne consistait pas en un contenu théorique et abstrait mais elle était pratique et s’exprimait dans une conviction et un engagement tangibles.
Il ne s’agissait pas de ce qu’il approuvait mais pour qui il votait.
Imaginez le voleur évoqué dans le Talmud. Il s’agenouille devant D.ieu, tout à la fois cambriolant et priant pour réussir son forfait. Un tel comportement est, bien sûr, incohérent. S’il croit en D.ieu, comme peut le suggérer sa prière, comment peut-il commettre un acte interdit par D.ieu, et, encore pire, prier pour réussir ?
Parce qu’il a la foi (émouna) mais qu’il manque de confiance (bita’hone). Dans l’esprit de notre pieux voleur, D.ieu existe quelque part, d’une certaine manière, et sa vie personnelle doit continuer. Il doit mettre du pain sur sa table.
Pour celui qui a confiance en D.ieu, cependant, D.ieu est intimement impliqué dans sa vie. Loin d’être absente, Sa Présence se manifeste et Son intérêt pour nous est constant. C’est pourquoi, c’est sur Sa bénédiction et non sur nos efforts que nous comptons pour réaliser nos attentes.
Si croire en D.ieu semble un exercice facile c’est qu’il a été outrancièrement simplifié.
Certains prétendent que croire en un Etre Suprême et en Sa Providence signifie s’engager dans un chemin de la vie facile, comme si l’on utilisait des béquilles au lieu de marcher tout seul. Mais la véritable confiance demande un engagement et des efforts immenses. Mettre véritablement son sort entre les mains de D.ieu, et non exclusivement dans la parole, l’action ou le cœur, va à l’encontre de notre intuition profonde, un peu comme le fait un funambule !
Bien avant que ne se développe l’industrie du spectacle, le funambulisme proposait une forme commune de divertissement.
Un jour, un célèbre maître de cette pratique se rendit dans une contrée particulière. La rumeur de sa venue se propagea rapidement et un très grand public se rendit à la représentation. C’est dans le plus grand silence que l’artiste grimpa sur l’arbre à partir duquel il commencerait son spectacle dangereux.
Mais juste avant de s’y engager, il s’adressa à la foule :
«Qui croit parmi vous que je peux faire la traversée en toute sécurité ?» La foule manifesta bruyamment sa certitude. Il posa une nouvelle fois la même question et recueillit la même réponse, tout aussi tonitruante.
Alors, il sortit des branches une brouette et demanda plus doucement : «Lequel d’entre vous se porte volontaire pour se mettre dans la brouette que je pousserai durant ma progression sur le fil ?» Le silence était tel qu’on aurait pu entendre une mouche voler.
La foi est la réponse bruyante de la foule. La confiance consiste à se mettre dans la brouette.
Chabbat et la Chemita
Deux Mitsvot sont souvent liées, communément perçues comme identiques alors qu’elles ne le sont pas.
Il s’agit de Chabbat et de la Chemita. Le septième jour de la semaine est Chabbat et l’année chabbatique pour l’agriculture et qui a lieu tous les sept ans est la Chemita.
Il est dit, à propos de Chabbat : «Six jours le travail sera fait mais le septième jour sera Saint pour vous, un jour de repos complet pour Hachem.»
A propos de la Chemita, la Torah rapporte : «Six années tu ensemenceras ton champ, six années tu travailleras ta vigne et tu en recueilleras le produit mais la septième année, la terre aura un repos absolu, un Chabbat pour D.ieu.»
S’agit-il de variations sur le même thème ? Pas exactement.
Le Chabbat, nous honorons D.ieu, en tant que Créateur du monde ; durant la Chemita,  nous célébrons D.ieu en tant que Maître du monde.
Nous nous reposons, le septième jour de la semaine, pour attester du fait que D.ieu permit (et continue de permettre) à notre monde d’exister. Et nous nous reposons la septième année pour montrer que nous reconnaissons qu’Il dirige tous les détails de la Création.
C’est la raison pour laquelle, le Chabbat nous nous abstenons de toute activité créatrice, comme le fit D.ieu à la fin de la toute première semaine de la Création. Cela met en valeur notre foi qu’il n’existe qu’un seul et véritable Créateur.
Cependant, durant la Chemita, il est permis de se livrer à des activités créatrices. C’est travailler la terre qui ne l’est pas. Car l’année chabbatique vient nous enseigner qu’il n’existe qu’un seul Propriétaire et Administrateur de notre monde.
Selon les mots de Rachi : «D.ieu dit : ‘Je n’ai pas exclus ceux-là [les produits qui poussent seuls] de votre utilisation ou de votre alimentation, mais plutôt que vous ne devez pas agir en tant que leurs propriétaires…»
Chabbat met en valeur le récit de la Création alors que la Chemita est une affirmation de la Providence Divine.
A un niveau personnel
Il est intéressant d’observer que le mot hébreu pour «sécurité» est bita’hone ou confiance. La foi en D.ieu permet des sentiments de ferveur religieuse. La confiance en D.ieu éveille des sentiments de sécurité.

2) Béhar : un orgueil plus profond que l’égo

Le Talmud rapporte le débat suivant :
Rav ‘Hiya bar Achi déclare au nom de Rav : «un érudit dans la Torah devrait posséder 1/64 part [d’orgueil], [de sorte que ceux qui ont un esprit léger ne se comportent pas avec arrogance à son égard et qu’ils acceptent ce qu’il dit (Rachi).]»

Rav Houna, le fils de Rav Yehochoua affirme : «[Cette petite mesure d’orgueil] le décore comme un poil décore un épi de blé».

Rava statue : «Celui qui possède [de l’orgueil] mérite d’être mis au ban de la société. [De même] celui qui est dépourvu totalement [de cette qualité] mérite d’être mis au ban. [S’il ne possède pas un petit degré de fierté, ses voisins ne le craindront pas et il n’aura pas la capacité de leur adresser des remontrances (Rachi).]»

Rav Na’hman bar Its’hak soutient : «Ni cela |l’orgueil], ni aucune part. Si c’en est une petite quantité, n’est-il pas écrit : ‘Tous ceux qui sont fiers dans le cœur sont une abomination pour D.ieu’ » ?

Quel est le raisonnement du texte que Rav Na’hman bar Its’hak avance comme preuve ? L’orgueil naît de l’appréciation, parfois réaliste et parfois pas, de nos actes et de nos potentiels. Quand quelqu’un sent de la fierté devant ses accomplissements, même si ce sentiment est justifié, il dénie, dans une certaine mesure, la providence divine. Car en s’enorgueillissant, la personne attribue son succès à ses propres efforts. Si elle réalisait qu’en réalité, toute sa réussite est un don de D.ieu, et que c’est Lui Qui accorde le potentiel de réussite, elle ne serait pas fière. Au lieu de cela, elle éprouverait de la reconnaissance pour le travail de la main de D.ieu.

Il ne s’agit pas ici de minimiser les efforts humains. Mais ces efforts n’en restent pas moins le moyen, la source du succès restant dans les bénédictions divines. Et quand vient le succès des bénédictions de D.ieu, il n’y a aucune raison pour que l’individu en ressente un orgueil personnel.

Drainer un potentiel plus profond
Néanmoins, comme l’indiquent les autres Sages mentionnés plus haut, il existe un avantage à posséder une petite quantité d’orgueil, car si la personne ne s’exprime pas avec confiance et assurance, ses paroles ne seront pas crédibles et elle-même sera en difficulté pour persévérer face à des défis. Bien plus, les sentiments de satisfaction et de fierté encouragent la joie, ce qui est l’un des éléments fondamentaux dans le service divin.
L’on peut toutefois bénéficier des avantages de la fierté sans subir ses inconvénients. Car il existe une source plus profonde de fierté que l’égo, que ses propres qualités ou accomplissements. D.ieu «nous a rendus saints par [Ses] commandements et nous rapproche par [Son] service», nous permettant un lien de proximité avec Lui et la mission de raffiner et d’élever le monde en général. La prise de conscience de ce lien et l’identification avec cette mission génèrent une fierté intérieure, de la satisfaction et un sentiment d’accomplissement.

La synthèse pas le conflit
Cette approche rend possible le fait de considérer l’humilité et la fierté comme des qualités complémentaires. Développer une humilité altruiste encourage la personne à renforcer son lien avec D.ieu et Son service. Cela à son tour engendre une source plus profonde de fierté et d’auto satisfaction.
En fait, cette sorte de fierté est plus puissante que celle que génère l’appréciation de ses propres qualités. L’orgueil centré sur soi est limité et peut être refroidi par un opposant fort ou un défi considérable. Mais par contre, la force personnelle qui naît de l’engagement à accomplir la volonté divine reflète la nature infinie de son objectif. Aucun obstacle ne peut l’empêcher de poursuivre son chemin.
Une personne totalement engagée dans le service divin découvre ainsi de puissantes ressources intérieures supérieures à celles qui sont les siennes par la seule vertu de son être. Il émane d’elle de la force et de l’énergie et elle fait preuve d’un contrôle suffisamment mûr pour canaliser ces énergies et les transformer en entreprises productives.

Des principes personnifiés
Ce type de confiance en soi était incorporé en Moché notre Maître. Il affirma lui-même au Peuple Juif : «C’est moi qui suis entre D.ieu et vous», et c’est lui qui écrivit le verset : «Et il ne se leva jamais en Israël un prophète comme Moché». Néanmoins, il était «plus humble que tous les hommes sur la face de la terre».
Moché ne considérait pas l’orgueil et l’humilité comme des caractéristiques opposées. Bien qu’il connût la grandeur de sa mission et réalisât qu’il avait reçu des aptitudes personnelles exceptionnelles pour l’accomplir, il n’en venait pas à un orgueil centré sur la grandeur de sa propre personne. Au contraire, il réalisait que ces extraordinaires qualités lui avaient été données par D.ieu. Elles n’étaient pas le fruit de ses propres efforts. Bien plus encore, il estimait que si ces dons avaient été attribués à un autre, cette personne aurait été encore plus performante que lui.
C’est justement à cause de cette humilité que Moché pouvait utiliser pleinement tous les potentiels qui lui avaient été attribués.

Le symbolisme du Sinaï
Les concepts qui précèdent se reflètent dans le nom de la Paracha de cette semaine : Behar. Behar signifie «sur la montagne». Et plus particulièrement, comme le poursuit le verset, il s’agit du Mont Sinaï sur lequel fut donnée la Torah.
Le Mont Sinaï représente la synthèse des deux potentiels dont on a parlé. D’une part, il est «la plus basse de toutes les montagnes», ce qui est un symbole d’humilité mais pourtant, c’est une montagne, ce qui représente la fierté et la force. C’est la fusion des deux qualités contraires qui fait de Sinaï la «montagne de D.ieu», le lieu où D.ieu choisit de manifester Sa présence et de donner Ses enseignements.
Il subsiste cependant une légère difficulté. La Paracha ne s’intitule pas Behar Sinaï «sur le Mont Sinaï», mais Behar : «sur la montagne». Les qualités de fierté et de courage ne sont mises en valeur que par l’influence modératrice de l’humilité de Sinaï, «la plus basse de toutes les montagnes».
En fait, l’on peut expliquer que la phrase «Behar Sinaï» se réfère à une personne qui doit se rappeler de la nécessité de travailler sur ce sentiment d’orgueil devant son importance. Le fait même que ces efforts soient encore nécessaires indique que l’humilité n’imprègne pas encore tout son être.
Quand, par contre, une personne a complètement sublimé son identité à la mission que D.ieu lui a confiée, nul n’est besoin de lui rappeler la nécessité d’être humble. C’est là l’intention du nom de la Paracha : Behar : un serviteur de D.ieu, fier se tient fermement enraciné dans la force que lui procure son destin.
C’est cette force qui permettra à notre Peuple de surmonter les défis qu’il doit relever dans ces derniers moments d’exil et d’aller à la rencontre de Machia’h, que cela ait lieu dans le futur immédiat !

§    §   §  § § §  §   §    §

3) Béhar L’année sabbatique : six raisons
Les fermiers, en Israël, sont requis, par la loi juive, de respecter la Chemitah laissant leurs champs reposer une année entière, une fois tous les sept ans (Vayikra 25 :1-7). Pourquoi la Torah donne-t-elle cet ordre ?
1) Le sol
Les philosophes anciens voient dans la Chemitah une occasion de laisser reposer et de rafraîchir le sol. Néanmoins, cette théorie, sans rien pour la renforcer, est insuffisante dans la mesure où le sol requiert des repos plus fréquents qu’une fois tous les sept ans. (Le Talmud évoque souvent une formule où l’on travaillerait la terre deux ans pour la laisser reposer une année. Aujourd’hui pour ce faire, on utilise des fertilisants et la rotation des récoltes, mais aujourd’hui encore, le repos de la terre est considéré comme une formule adéquate)
2) Un macro Chabbat
D’autres voient la Chemitah comme un Chabbat à grande échelle. Nous nous reposons le Chabbat pour démontrer que D.ieu a créé l’univers en six jours et a interrompu Sa tâche le septième jour. De la même façon, nous laissons les champs à l’abandon la septième année pour démontrer que D.ieu S’est «reposé» le septième jour
Les commentateurs postérieurs rejettent cette théorie, arguant que si la Chemitah avait pour but d’instiller la conscience que D.ieu est le Créateur, son but se trouverait entravé par le long intervalle qui sépare les périodes de repos. Le Chabbat hebdomadaire sert déjà ce dessein et par des intervalles beaucoup plus brefs. Qu’apporte donc la Chemitah au-delà des effets du Chabbat ?
3) Rétablir les effets de six années de Chabbat.
En réponse à cette question, certains avancent que la Chemitah permet aux champs de se reposer le Chabbat. Il est vrai que nous nous reposons le septième jour, mais même alors, les champs continuent à fonctionner. Nous plantons des graines le vendredi et les graines germent le Chabbat. Durant la Chemitah, nos champs rattrapent les Chabbat et les fêtes où ils ne se sont pas reposés les six années précédentes.
Il existe cinquante-deux Chabbat dans une année basée sur le calendrier solaire. Le nombre total des Chabbat pendant six ans est donc de 312. Sept fêtes par an élèvent le total à 354, ce qui est le nombre précis des jours de la Chemitah dans une année basée sur le calendrier lunaire. Observer la Chemitah pendant trois cent cinquante-quatre jours, une année lunaire entière, permet au champ d’«équilibrer ses comptes» et de rattraper son propriétaire dans l’observance d’un nombre complet de Chabbat durant six ans.
4) Une leçon de foi et d’humilité
Malgré cette argumentation, une nouvelle théorie fut proposée plus tard. Les lois de la Chemitah ne furent enjointes à nos ancêtres qu’une fois qu’ils furent installés en Israël. Quand nous travaillons sur les graines que nous faisons pousser, ou sur d’autres formes de revenus, quelles qu’elles soient,  nous risquons d’être fiers de nos accomplissements et de prendre tout le crédit de nos accomplissements.
Nous avons tendance à oublier que la bénédiction divine est la seule raison de notre succès. Nous risquons d’oublier que c’est D.ieu Qui nous a donné notre terre et nos graines et que c’est Lui qui fait tomber la pluie, briller le soleil et pousser les graines. La Chemitah renforce notre foi en l’intervention de la Providence Divine dans nos affaires.
Nous travaillons la terre six années consécutives bien que la sagesse conventionnelle indique que ce n’est pas sain pour le sol. En fait, le sol garde sa force et produit une récolte plus importante la sixième année, en vue de l’année de la Chemitah. Et puis nous nous interrompons la septième année, en dépit de nos doutes et de nos soucis bien naturels sur la façon dont nous allons pourvoir aux besoins de nos familles.
Ce type de comportement pourrait apparaître comme la meilleure manière d’aller au désastre. Et pourtant, pour les Juifs en Israël, cela produit des résultats extraordinaires. Cela renforce notre foi dans le fait que la terre appartient à D.ieu, que notre succès découle directement de Sa bénédiction et que nous devons Lui être reconnaissants pour tout ce que  nous possédons.
5) L’unité
Il est aisé de partager avec les autres quand nous pouvons nous permettre de partager, quand nous avons un revenu stable et quand nous savons comment nous paierons les dépenses du lendemain. Mais il est beaucoup plus difficile d’être charitable quand nous ne sommes pas sûrs de quoi seront faits les lendemains. Les propriétaires n’avaient aucun revenu pendant la Chemitah et pourtant ils abandonnaient les récoltes qui poussaient spontanément pendant cette année-là. C’est ainsi que se trouvaient resserrés les liens qui unissaient la communauté.
En dehors d’Israël, ce phénomène est mis en évidence par les contributions aux caisses de charité. La sagesse conventionnelle dicte que plus nous donnons, moins nous avons ! Mais de la perspective divine, il en va autrement : plus nous donnons, plus nous pouvons nous permettre de donner. La charité renforce donc notre foi et notre unité.
6) La libération
La croyance que le monde appartient à D.ieu et que notre succès dépend de Lui est une notion libératrice. Elle nous permet de poser le fardeau que nous traînons. Nous continuons à travailler, mais nous respirons plus facilement. Nous savons que D.ieu guide nos pas et que tout arrive pour une bonne raison. Nous apprenons à voir la main de D.ieu dans tout ce que nous faisons et Sa présence dans tout ce que nous voyons.
Cela nous conduit à l’ultime raison pour la Chemitah que nous proposent les commentateurs bibliques. Le Talmud nous indique que dans le Temple, les Lévites chantaient chaque jour des louanges à D.ieu. Le Chabbat, le septième jour, leurs chants évoquaient le jour du repos éternel, l’âge messianique.
Le Talmud nous enseigne que notre monde durera six millénaires. Les deux premiers ont été consacrés à la création, les deux suivants à la Torah et les deux derniers seront consacrés à Machia’h. En fait, nos Sages affirment qu’au cours du septième millénaire, le monde comme nous le connaissons cessera d’exister. Il deviendra un monde de liberté et de Divinité.
La Chemitah, la septième année, comme le Chabbat, le septième jour, représentent l’époque messianique. Notre foi en D.ieu est renforcée durant la Chemitah, tout comme elle le sera à l’ère messianique. Notre unité est renforcée durant la Chemitah tout comme à l’ère où Machia’h introduira un âge de paix. La sixième année est une année
d’abondance tout comme l’ère qu’introduira Machia’h : une ère de prospérité.
Mais c’est par la liberté qui régnera que l’époque de Machia’h sera la plus remarquable. En fait, la Chemitah est une année d’émancipation. Les esclaves sont libérés et toutes les dettes exonérées. Que nous ayons bientôt le mérite d’accéder à la liberté de l’ère de Machia’h !

* * * * * * * * * * 

Edito
Lecture d’été
Nous nous avançons, sans que rien puisse nous retenir, vers l’été, sa chaleur et tout ce que la saison peut nous offrir. La nature même s’en est, comme chaque année, rendu compte : les arbres ont reverdi et tout ce qui est lié au monde matériel sent monter en lui une nouvelle puissance. En fait, tout se passe comme si le but de la période consistait à nous entraîner à donner à l’aspect physique des choses et de nous-mêmes une place majeure. C’est alors que, du fond de notre conscience, monte une lancinante question : une telle démarche est-elle bien justifiée ? Certes, le judaïsme n’a jamais prôné l’ascèse. Bien au contraire, le monde, créé par D.ieu, doit devenir, par notre effort, Sa demeure. Et, en tout état de cause, il est le lieu et l’instrument de Son service. Pourtant, le risque existe de le laisser devenir une grossière carapace de matérialité qui repousserait la lumière du spirituel, nous empêchant ainsi de la percevoir et faisant de nous les otages d’un univers qui aurait perdu tout contact avec le sens de son existence. Comment faire pour vivre l’été qui monte de la bonne manière, sans rien perdre de soi ?
Comme souvent au sein du peuple juif, le secret tient peut-être dans un livre. Il se nomme «Pirkei Avot – Maximes des Pères» et développe en quelques chapitres les chemins du lien avec D.ieu. La tradition veut qu’on le lise et l’étudie chaque Chabbat dans la période. Et les Sages de le présenter comme une sorte d’antidote à la folie des choses du monde. Car la nature de l’homme est bien là. Il peut être si facile et donc si tentant de céder à un certain culte du corps. La société qui nous entoure encourage parfois un tel choix, donnant à la déjà vieille notion de « civilisation des loisirs » une connotation d’oubli. C’est pourquoi, il est bon, justement dans cette période, de reprendre un peu de hauteur. Il est bon, Chabbat après Chabbat, au fil d’un livre – comme on dirait au fil d’un fleuve – de retrouver ces notions simples et complexes, anciennes et nouvelles à la fois, qui, base de notre peuple, continuent de le construire.
«Celui qui veut aller au-delà de l’application stricte de la loi accomplira les paroles des Pères» nous est-il recommandé. Et sans doute n’en faut-il pas moins. Car c’est bien de toute notre présence dans le monde et du rôle qu’il nous appartient d’y jouer qu’il est question ici. En ces matières, si la règle est indispensable, la recherche du sens l’est tout autant. C’est ainsi que les «Pirkei Avot» prennent le caractère d’un rendez-vous attendu. Avec soi, son passé et son avenir. Avec le monde, sa grandeur et le projet Divin qu’il porte. Avec le temps, dont les ensoleillements doivent d’abord être ceux de la lumière de notre âme.
H. Nisenbaum

Etincelles
Les dernières étapes
Nous sommes à présent dans les dernières étapes du processus de raffinement spirituel du monde : c’est le temps des «talons de Machia’h».
Dans une telle période, nous pourrions penser à tort que certains aspects de ce monde sont bien éloignés de toute possibilité de raffinement/spiritualisation. Mais aidons-nous d’une métaphore : c’est dans les derniers stades de la cuisson qu’une marmite bout plus fort et c’est alors que ce qui se trouvait tout au fond est propulsé à la surface. C’est le processus auquel nous assistons aujourd’hui. Tous ces éléments qui, jusqu’ici, semblaient au-delà de la portée de tout raffinement, en sont à présent très proches car le processus a pris une ampleur et une puissance inconnues jusqu’alors.                                         
(d’après les Iguerot Kodech du Rabbi Rachab, vol. I, p. 266) HN

Etincelles
Trois choses inattendues

Le Talmud (traité Sanhédrin 97a) énonce : “Trois choses arrivent sans qu’on s’y attende: Machia’h, un objet trouvé et un scorpion”. Ce texte semble affirmer qu’il ne faut pas attendre la venue de Machia’h pourtant cette attente est un impératif posé par la Loi juive. Comment comprendre cette apparente contradiction ?
En fait, cela signifie que la venue de Machia’h doit être préparée justement pendant le temps de l’exil, cette période pendant laquelle on ne “s’attend pas” à la Délivrance, où la lumière de ce nouveau temps semble écartée.
C’est lorsqu’on illumine les lieux les plus obscurs, c’est-à-dire quand il n’y a plus d’attente, que l’obscurité est si profonde qu’elle s’oppose à la lumière de Machia’h, que celui-ci arrive.
(d’après un commentaire du Rabbi de Loubavitch, Chabbat Parchat Matot-Massé 5713)

 

Halakha
Comment se prépare-t-on à la prière ?

 Contrairement à d’autres Mitsvot (commandements divins), la prière exige la ferveur, la reconnaissance de « Celui devant lequel tu te tiens ». Il ne suffit pas d’adopter une certaine posture ou de prononcer certaines phrases mécaniquement. Pour cela, il convient (selon Maïmonide) de « vider son cœur de toute autre pensée et de se représenter comme si on se tenait devant la Présence Divine ».
 Nombreux sont ceux qui se purifient au Mikvé (bain rituel) avant la prière du matin.
 Par ailleurs, on s’éloignera de toute conversation futile et on se concentrera sérieusement sur « la Grandeur de D.ieu et la petitesse de l’homme. On ne pensera à aucun des plaisirs terrestres ». on priera en étant persuadé que D.ieu peut accomplir tout ce qu’on Lui demande et que D.ieu veut le bien de l’homme.
 Pour cela, il est recommandé, avant la prière, d’étudier la ‘Hassidout qui développe les notions spirituelles comme la Providence Divine, la valeur de l’âme juive et le lien entre D.ieu et le peuple juif. La ‘Hassidout ‘Habad développe ces thèmes à l’aide d’exemples, de citations et de façon progressive. De nombreux livres de ‘Hassidout sont maintenant disponibles en français.
 Bien entendu, il est recommandé de prier avec un Minyane (quorum de dix hommes) car alors la Présence Divine est plus manifeste.
 On ne prie pas par cœur mais toujours avec un livre de prières car la sainteté des lettres aide à purifier l’esprit.
 Si on s’est préparé correctement pour la prière du matin, on pourra se contenter d’une préparation plus courte pour la prière de Min’ha (l’après-midi) et de Maariv (le soir).

F. L. (d’après Rav Its’hak Ginsburgh)

 

Quels sont les usages relatifs au pain qui reste sur la table après le repas ?
Afin que la bénédiction se répande sur la table, il convient d’y laisser un peu de pain après le repas, avant de réciter le Birkat Hamazone, la prière de remerciement après le repas ; il est préférable que ce soit le pain dont on a coupé des tranches pendant le repas.
S’il ne reste pas de pain, on n’apportera pas un pain entier car telle était la coutume des idolâtres qui préparaient ainsi la table pour leurs idoles. S’il reste cependant un pain entier (comme par exemple un des deux pains du repas de Chabbat), on pourra le laisser.
(Le Ari Zal – grand Kabbaliste du 16ème siècle – veillait particulièrement à ne pas laisser un pain entier).
On laisse le pain et la nappe sur la table jusqu’à la fin du Birkat Hamazone afin qu’il soit reconnaissable qu’on remercie D.ieu pour Sa grande bonté car Il a préparé de la nourriture pour toutes Ses créatures.
Il convient de laisser aussi le sel : en effet, dans le Temple, on mettait du sel sur chaque sacrifice et, actuellement, la table remplace l’autel. De plus, le sel protège des influences néfastes.
Si possible, on débarrassera la table de toute vaisselle vide ou sale ainsi que des restes de nourriture salis.
Cependant, certains estiment qu’il faut couvrir les restes proprement mais ne pas les enlever car les étincelles de sainteté qui y sont attachés reçoivent leur «Tikoun», leur réparation grâce au Birkat Hamazone.
On a l’habitude de couvrir les couteaux (en métal) avant le Birkat Hamazone car la table est comparée à l’autel à propos duquel il est écrit : «Tu n’utiliseras pas le fer sur lui» (Devarim – Deutéronome 27. 5), car le fer raccourcit la vie de l’homme tandis que l’autel la rallonge. De plus, la table (qui permet de pratiquer l’hospitalité) rallonge la vie de l’homme et procure le pardon pour les fautes : «Il n’est pas correct que ce qui raccourcit la vie soit posé sur ce qui la rallonge». Nombreux sont ceux qui ne les couvrent pas Chabbat et les jours de fête car les forces du mal n’ont pas prise ces jours-là. Et, comme l’affirme le Beth Yossef : «Une coutume juive a force de loi».
F. L. (d’après Rav Yossef Ginsburgh)

Edito
Petit monde
Etonnant n’est-ce pas ? Une maladie apparaît dans un pays qui pourrait paraître lointain et bien différent de nos contrées. Elle frappe des hommes en relativement petit

nombre, que peu connaissent personnellement, et pourtant, tout à coup, c’est la plannombre, que peu connaissent personnellement, et pourtant, tout à coup, c’est la planète entière qui s’émeut. Alors retentissent les clameurs de la grande peur. Voici que l’on ressort les plans préparés de longue date et que des mesures de précaution sont immédiatement prises. L’organisation sociale a pleinement joué et, sans doute, ne cessera pas de le faire. Mais tout cela n’est-il pas justement bien loin d’ici ? N’avons-nous pas le droit imprescriptible à l’indifférence ? Ne pouvons-nous continuer à mener notre existence comme d’habitude sans nous soucier davantage des aventures – en l’occurrence – d’un malheureux virus ? Certes, dans les temps plus anciens, certains ont pu faire le choix de ne pas voir ni entendre ce qui arrivait à côté d’eux. Aujourd’hui, cette conscience parvient à tous : nous vivons dans un monde unique – à défaut, parfois, d’être uni – et le sort de notre prochain est aussi notre souci.
Le progrès des technologies a fait que la planète est devenue bien petite. Si nous avions pu l’oublier, le rappel en est fait ainsi avec insistance. Plus personne ne peut se dire simplement : «Je me suffis à moi-même. Qu’un autre se charge du reste des hommes.» Voici que penser à l’autre, se préoccuper de lui devient, avec évidence, la responsabilité de chacun. Ceux à qui la pensée juive a, de longtemps, enseigné l’amour du prochain, la volonté de lui venir en aide, matériellement ou spirituellement, n’en sont pas surpris. Et pour tous, à présent, l’appel résonne : personne n’est seul et l’autre n’est pas plus loin de soi qu’une partie de soi-même. Bien sûr, les hommes ne se ressemblent pas, l’individualité est une réalité. Mais leur unité profonde, créatures façonnées par un Créateur unique, est une de ces constantes qui, lorsqu’on les néglige, savent refaire surface avec éclat. Dans un certain sens, c’est ce à quoi nous assistons.
Faut-il y voir un hasard ? Tout cela se produit dans la période où, avec Pessa’h Chéni – la seconde chance de célébrer rituellement la fête, offerte par la Torah aux Juifs qui l’avaient réclamée – et Lag Baomer – jour de la joie essentielle liée à Rabbi Chimon Bar Yo’hai par qui le sens profond de la Torah nous est parvenu, le calendrier souligne la puissance de la sincérité du cœur et celle de la lumière de la connaissance. Là encore, comme un message. Si le monde est petit, le cœur et l’âme de l’homme sont grands. Parce que l’homme n’est pas seul, il peut tout accomplir. Y compris réaliser sa liberté personnelle et mener à son accomplissement celle de tous : la venue de la Délivrance.ète entière qui s’émeut. Alors retentissent les clameurs de la grande peur. Voici que l’on ressort les plans préparés de longue date et que des mesures de précaution sont immédiatement prises. L’organisation sociale a pleinement joué et, sans doute, ne cessera pas de le faire. Mais tout cela n’est-il pas justement bien loin d’ici ? N’avons-nous pas le droit imprescriptible à l’indifférence ? Ne pouvons-nous continuer à mener notre existence comme d’habitude sans nous soucier davantage des aventures – en l’occurrence – d’un malheureux virus ? Certes, dans les temps plus anciens, certains ont pu faire le choix de ne pas voir ni entendre ce qui arrivait à côté d’eux. Aujourd’hui, cette conscience parvient à tous : nous vivons dans un monde unique – à défaut, parfois, d’être uni – et le sort de notre prochain est aussi notre souci.
Le progrès des technologies a fait que la planète est devenue bien petite. Si nous avions pu l’oublier, le rappel en est fait ainsi avec insistance. Plus personne ne peut se dire simplement : «Je me suffis à moi-même. Qu’un autre se charge du reste des hommes.» Voici que penser à l’autre, se préoccuper de lui devient, avec évidence, la responsabilité de chacun. Ceux à qui la pensée juive a, de longtemps, enseigné l’amour du prochain, la volonté de lui venir en aide, matériellement ou spirituellement, n’en sont pas surpris. Et pour tous, à présent, l’appel résonne : personne n’est seul et l’autre n’est pas plus loin de soi qu’une partie de soi-même. Bien sûr, les hommes ne se ressemblent pas, l’individualité est une réalité. Mais leur unité profonde, créatures façonnées par un Créateur unique, est une de ces constantes qui, lorsqu’on les néglige, savent refaire surface avec éclat. Dans un certain sens, c’est ce à quoi nous assistons.
Faut-il y voir un hasard ? Tout cela se produit dans la période où, avec Pessa’h Chéni – la seconde chance de célébrer rituellement la fête, offerte par la Torah aux Juifs qui l’avaient réclamée – et Lag Baomer – jour de la joie essentielle liée à Rabbi Chimon Bar Yo’hai par qui le sens profond de la Torah nous est parvenu, le calendrier souligne la puissance de la sincérité du cœur et celle de la lumière de la connaissance. Là encore, comme un message. Si le monde est petit, le cœur et l’âme de l’homme sont grands. Parce que l’homme n’est pas seul, il peut tout accomplir. Y compris réaliser sa liberté personnelle et mener à son accomplissement celle de tous : la venue de la Délivrance.

 

 
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