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Edito -
- Quand la vie foisonne
La marque caractéristique de la vie est, sans doute, le mouvement ou, plus largement, la croissance. Ainsi, l’arbre mort a perdu définitivement

toute capacité de développement et ne peut plus que tendre vers le ciel ses branches désespérées. En revanche, vivant, il ne cesse de grandir. Il s’élance ainsi toujours à la conquête de l’espace qu’il n’a pas encore atteint, certain de parvenir au but fixé au terme de l’effort. La vie est ainsi faite : elle construit, jour après jour, des lendemains plus beaux, plus chatoyants, meilleurs.
Cette semaine, se déroule à New York, comme chaque année, le Congrès International des Chlou’him, ces émissaires du Rabbi aux quatre coins du monde qui, d’Alaska en Afrique du Sud et de Chine en Uruguay en passant par l’Europe et l’Océanie, donnent fierté et enthousiasme à la vie juive. Tout a été dit sur leur dynamisme, leur amour de2 l’autre, leur cœur ouvert à tous et leur volonté d’agir. Tout a été dit également sur la force qui les anime et qui leur permet, dans des circonstances parfois difficiles, alors qu’ils se trouvent loin de tous les centres de la vie communautaire, de poursuivre leur œuvre sans relâche. Cette force porte un nom : l’enseignement du Rabbi. Celui-ci les accompagne, ils le portent en cœur et en tête et il guide tous leurs pas.
Une commémoration marque cette année le congrès : il y a un an, le centre communautaire Beth ‘Habad de Bombay subissait les assauts de la barbarie terroriste, les Chlou’him – Rav Gavriel Noa’h et sa femme Rivka Holtzberg – étaient assassinés avec ceux qui se trouvaient sur les lieux. Seul leur jeune enfant échappa au massacre. Un nouveau Séfer Torah sera inauguré à la mémoire de toutes ces victimes innocentes.
Cette tragédie est toujours présente dans tous les cœurs et les mémoires mais elle n’a rien arrêté ni même ralenti. Peut-être ce sacrifice est-il, au contraire, au-delà du drame, une inspiration… Car, pendant l’année écoulée, le grand arbre a encore grandi, de nouveaux Chlou’him ont commencé leur travail et le monde continue de changer sous leur impulsion. Les racines bien ancrées dans l’enseignement qui les nourrit, ils continuent leur avancée. De tout cela, nous reparlerons.                                                    H. Nisenbaum

Sidra - ‘Hayé Sarah - La vie continue

La Paracha ‘Hayé Sarah («la vie de Sarah») commence par le récit de la mort de Sarah qui va marquer la plus grande partie de la suite du récit. Une question bien connue se soulève : pourquoi cette Paracha s’intitule-t-elle «la vie de Sarah» ?
Une réponse y est apportée sur la base de la déclaration de nos Sages : «Yaakov, notre Patriarche, n’est pas mort. Bien qu’il fût pleuré et enterré, ses descendants perpétuent son héritage spirituel. Et ainsi donc, Yaakov est toujours vivant».
La même chose est vraie pour chaque individu. C’est le contexte spirituel de notre vie,  et non notre existence physique, qui est fondamental. Les limites d’une existence mortelle ne peuvent contenir cette dimension spirituelle.
C’est là le message caché dans le nom de cette portion de la Torah : l’idée que l’arbre spirituel de Sarah continue à donner des fruits, bien longtemps après que sa vie physique se soit achevée. Les trois éléments principaux de cette Paracha : l’acquisition de la grotte de Ma’hpélah, la mission d’Eliézer pour trouver une épouse pour Its’hak et le remariage d’Avraham et la naissance de sa nouvelle progéniture sont tous la continuation du travail de l’esprit de Sarah.
Concentration et direction
Quelle était l’essence du service divin de Sarah ? Elle était l’épouse d’Avraham. En tant que telle, elle nourrissait son potentiel, faisant en sorte qu’il l’utilise réellement de la manière la plus bénéfique.
Avraham dispensait gratuitement la bonté, offrant l’hospitalité à tous les voyageurs, même à ceux qui déifiaient la poussière sur leurs propres pieds. Il donnait généreusement, sans se préoccuper de savoir si l’influence qu’il exerçait serait durable. Sarah, par contre, (et tout particulièrement à partir de la naissance d’Its’hak), aspirait à concentrer l’influence de son mari. Elle cherchait à la diriger vers des réceptacles qui l’exprimeraient dans la sainteté.
Cette démarche se reflète dans la progéniture d’Avraham. Il engendra de nombreux enfants. Sarah, au contraire, n’eut qu’un fils : Its’hak. La générosité illimitée d’Avraham le poussait à considérer comme méritant Ichmaël lui-même. Après que D.ieu lui eut annoncé la naissance imminente d’Its’hak, il pria : «Qu’Ichmaël puisse vivre devant Toi». Et bien que D.ieu lui eût promis : «Je garderai Mon alliance avec [Its‘hak] comme lien», Avraham, aimant toujours Ichmaël, voulait l’élever dans sa propre maisonnée.
Ce fut Sarah qui demanda : «Renvoie cette servante et son fils car ils n’hériteront pas avec mon fils, avec Its’hak». Sarah avait compris que tous les membres de la maisonnée d’Avraham devaient être des individus dont la conduite personnelle refléterait l’héritage spirituel d’Avraham.
Erets Israël, notre héritage
C’est sur cette base que nous pouvons apprécier l’influence de Sarah sur les événements décrits dans notre Paracha.
Avraham avait déjà reçu la promesse qu’il aurait Erets Israël en héritage, mais cette promesse devait encore se réaliser. C’est par le biais de l’acquisition de la grotte de Ma’hpélah, évidemment associée à Sarah puisque c’est là qu’elle allait être enterrée, que pour la toute première fois, une partie d’Erets Israël devint l’héritage éternel du Peuple Juif. Pour la toute première fois, la nature spirituelle de notre Terre Sainte put trouver une expression concrète.
Mais il existe également une dimension plus profonde à ces faits. Nos Sages déclarent qu’Adam et ‘Hava, ancêtres de toute l’humanité, sont également enterrés à Ma’hpélah. Il en résulte donc qu’avant l’enterrement de Sarah, la grotte de Ma’hpélah avait un lien avec l’humanité en tant qu’entité. L’enterrement de Sarah dans ce lieu, en continuation avec la conduite qu’elle montra durant toute sa vie, établit ce site comme l’héritage exclusif du Peuple Juif.
Une femme pour Its’hak
Par le même biais, en ce qui concerne le mariage d’Its’hak. C’est le fait que les vertus spirituelles de Sarah se reflètent chez Rivka qui le poussa à la chérir. Quand il vit que ses lumières du Chabbat brûlaient d’un Chabbat à l’autre, que sa pâte à pain montait avec une bénédiction particulière et qu’une nuée de gloire planait au-dessus de sa propre tente, il comprit que l’œuvre de sa mère ne s’était pas achevée avec sa disparition physique et c’est alors qu’il en fut consolé.
[Ces trois signes reflètent les trois Mitsvot de la femme : l’allumage des bougies de Chabbat, le prélèvement de la ‘Hala (et par extension tout le domaine de la Cacherout) et l’observance des lois de pureté familiale, «la nuée de gloire».]
Plus encore, le récit lui-même du voyage d’Eliézer, serviteur d’Avraham imparti de la mission de trouver l’épouse adéquate, et son choix de Rivka témoignent de l’initiative de Sarah pour garantir que cette épouse serait celle qui assurerait les bénédictions dans la maisonnée d’Avraham. C’est pour cette raison que malgré le fait qu’Eliézer fût un serviteur dévoué et un disciple assidu d’Avraham, ce dernier refusa de prendre sa fille pour belle-fille. La femme d’Its’hak devait être issue des mêmes racines que celles qui avaient rendu possible le dessein spirituel et la bonté dont Avraham et Sarah étaient l’exemple.
L’héritier d’Avraham
Enfin, le dernier événement de cette Paracha, le fait qu’Avraham ait d’autres enfants, montre tout autant l’influence de Sarah. Car bien qu’il eût engendré ces autres enfants, il donna tout ce qu’il possédait à Its’hak. A ces enfants, il fit des dons et, encore de son vivant, il les envoya vers des terres à l’est, loin de son fils Its’hak. Répondant à l’influence perpétuelle de Sarah, il démontrait ainsi que seul Its’hak était son véritable héritier.
Bien plus, Ichmaël lui-même reconnut cette distinction et, lors des funérailles d’Avraham, bien que plus âgé, il donna la préséance à Its’hak. En convenant que c’était à Its’hak que revenait l’obligation d’enterrer Avraham, il soulignait le fait que c’était à Its’hak de perpétuer l’héritage spirituel d’Avraham.
Telle était la contribution de Sarah. Quand Ichmaël s’était vanté d’être l’aîné et de mériter une double portion de l’héritage d’Avraham, Sarah s’était assurée qu’il comprenne qu’Its’hak serait le seul héritier.
Une influence qui se poursuit toujours
Le nom de Sarah est associé au mot hébreu srarah  qui signifie «domination». Car le travail de la vie de Sarah avait pour but de montrer la suprématie de l’esprit d’Avraham et de révéler que le but de son existence était d’exprimer cet esprit. Sa mort n’interrompit pas son influence, comme l’indiquent les événements relatés dans la Torah,
Ce que nous faisons dans notre vie, nos actes ont un impact sur les autres. Ainsi la bonté que fait régner une personne dans sa famille et dans son environnement crèe une dynamique dirigée vers le bien. Et cette dynamique perdure même après le départ de la personne, aidant à augmenter le bien et la vertu dans le monde et ce, jusqu’à la venue de l’Ere de la Rédemption où ces forces imprégneront toute existence.



Etincelles -
- Machia’h en chacun 
La capacité de Machia’h à délivrer tout le peuple juif vient du fait qu’il possède un lien avec le peuple tout entier c’est-à-dire qu’il existe une partie de lui en chaque Juif.
C’est ainsi qu’il faut comprendre la déclaration de Moïse (Bamidbar 11 : 21) : «Le peuple au sein duquel je suis est constitué de six cent mille hommes». Il signifie, par ces mots, qu’une parcelle de lui-même se trouve littéralement dans chacun des individus concernés.
C’est grâce à cela qu’il put tous les libérer d’Egypte.(d’après un commentaire du Rabbi de Loubavitch, Pessa’h 5743) H.N.

Halakha -
- Pourquoi est-il plus recommandable de prêter que de donner ?
C’est une Mitsva de la Torah (Exode 23.24) que de prêter à un Juif sans intérêt, même si on avait pu laisser cet argent en banque produire des intérêts (Choul’hane Arou’h Harav – Lois sur les prêts 1).
Il est écrit que la récompense pour cette Mitsva se trouve aussi bien dans ce monde-ci que dans le monde futur (Talmud – Peah 1.1). Cette Mitsva est considérée comme plus importante que la Tsedaka (donner de l’argent aux pauvres) parce que :
- la personne qui demande un prêt est moins gênée que si elle demandait un don
- quand on prête de l’argent, on peut ainsi empêcher l’autre d’atteindre le niveau de pauvreté.
- quand on prête, l’argent «travaille» et ajoute donc continuellement au mérite de celui qui a prêté, même quand il mange, dort etc.
Celui qui dispose d’argent et est sollicité pour un don et pour un prêt donnera la préférence au prêt : celui qui demande un don est probablement habitué à demander et n’hésitera pas à solliciter quelqu’un d’autre tandis que celui qui demande un prêt n’en a peut-être pas l’habitude et hésitera peut-être à demander à quelqu’un d’autre.
Il convient que chaque communauté établisse une caisse de prêt sans intérêt ; ceux qui l’administrent honnêtement sont dignes de grandes récompenses comme il est dit : «Celui qui poursuit la charité et la bonté trouvera la vie, la charité et l’honneur (Proverbes 21.21).     (à suivre).           F. L. (d’après Rav Arie Citron - www.chabad.org/Reeh)

 

Edito 
VALEUR QUI MONTE
Vivre une période de bouleversements est toujours une aventure. On l’a dit : avec les soubresauts de la finance et de l’économie mondiales, ce sont aussi bien des certitudes qui se sont, pour beaucoup, effondrées. C’est aussi une vision particulière d’un certain progrès matériel éternel vers des lendemains dorés pour le plus grand nombre qui a vu son estimation subir une brutale décote. Des conséquences sur les nations, les entreprises et les hommes, il est partout question et la morosité générale d’atteindre des niveaux inaccoutumés. Certes, libre à chacun de se réfugier dans une gamme de sentiments allant de la mélancolie à la sinistrose. Libre à chacun de choisir de mettre son esprit et son âme à l’unisson de ce qu’il perçoit du monde, comme en une unanimité de la grisaille. Mais n’existe-t-il pas un autre chemin ?
Il faut sans doute définir ce que devrait être cette voie différente. En premier lieu, elle devrait conduire à retrouver cette confiance indispensable à la vie collective et individuelle. En second lieu, elle ne saurait constituer sentier de fuite. En d’autres termes, elle ne peut pas être une voie d’oubli du monde ou de repli sur soi mais elle doit être voie d’ouverture et de conscience donnant tout à voir en rejetant au loin la tristesse ou le renoncement. D’une certaine manière, si le chemin existe, il doit être presque tout et son contraire… Cependant, un élément incontournable doit le caractériser. Il doit être marqué d’un sens absolu de la vérité. Sans elle, il ne serait qu’un essai parmi d’autres, bientôt abandonné comme les autres. Avec elle, il est à même de réconcilier ces contraires apparents. Reste à indiquer sa nature.
Et si l’étude de la Torah était la réponse. Sagesse Divine, éternelle par nature, d’une indépassable Vérité, d’une inépuisable profondeur. Ouverte sur le monde et ses interrogations matérielles, allant jusqu’au plus profond de l’homme et lui faisant redécouvrir, avec son humilité de créature, sa propre grandeur d’être pensant, elle est ce Texte aux facettes infinies qui donne, tout à la fois, message, sens et clé de décryptage. Ne semble-t-il pas manquer aujourd’hui comme une mise en perspective des choses ? Ne convient-il pas d’abord de l’entreprendre ? L’initiative n’en appartient-elle pas à chacun ? Peut-être est-il encore plus nécessaire à présent de redécouvrir l’héritage qui ne nous avait jamais abandonné ? Pas comme un retour en arrière ou un renfermement, comme une brillante et confiante avancée.

H. Nisenbaum

Vivre avec la Paracha
L’éternelle beauté

Une noble femme disparaît au début de la Paracha de cette semaine (Beréchit 23 :1-25 :18) : Sarah, l’épouse d’Avraham, l’ancêtre du Peuple Juif. Elle avait alors cent vingt-sept ans, ce qui n’est pas un si grand âge, compte tenu du fait qu’elle avait mis au monde son seul et unique enfant, Its’hak, à l’âge de quatre-vingt-dix-neuf ans.
La Torah nous indique son âge d’une manière très précise : sa vie avait été de «cent ans et vingt ans et sept ans». Les Sages commentent cette expression comme signifiant qu’en ce qui concerne sa beauté et sa pureté spirituelle, quand elle avait cent ans, elle était comme à vingt ans et quand elle avait vingt ans, elle était comme à sept ans.
Cet enseignement à propos de Sarah nous éclaire sur les concepts de beauté, innocence et constance.
Tout le monde traverse une étape d’innocence. Nous regardons alors le monde d’une manière altruiste, sans tenir compte de notre propre égo qui ne nous aveugle pas encore. Malheureusement, pour la plupart des gens, cette disposition ne dure pas. Nous devenons ensuite prioritairement concernés par notre propre personne, par nos désirs personnels. Le moi intime clame sa présence : je veux, je désire, j’ai et je n’ai pas l’intention de partager !
Dans le cas de Sarah, cette innocence ne s’affadit pas. Elle la conserva toute sa vie. Bien plus encore, nos Sages lient cet état de perfection avec sa beauté physique. La pureté intérieure de Sarah irradiait chaque partie de son être.
Cela aurait pu naître du fait qu’elle était retirée du monde, isolée. Mais ce n’était pas son cas : elle était dans le monde, d’une manière sainte mais entièrement immergée. Non seulement son âme, sa vie spirituelle mais également sa vie physique exprimaient sa dévotion à D.ieu.
Pourquoi son corps n’avait-il donc pas vieilli ? Le Rabbi souligne le fait que dans la Paracha de la semaine passée, la Torah nous l’a décrite comme ayant vieilli au point de ne plus pouvoir avoir d’enfants. Et puis, miraculeusement, elle donne naissance à Its’hak. Cela indique clairement qu’en dehors du fait qu’elle bénéficia d’un miracle extraordinaire, Sarah avait changé, avec l’âge, comme tout le monde.

Il est ainsi expliqué que les hauts et les bas, et les changements qui nous assaillent avec le passage du temps peuvent révéler la constance intérieure de notre être. Ce n’est pas malgré ces évolutions physiques mais grâce à elles que notre spiritualité intérieure irradie, intemporellement.
Dans ce sens, nous avons tous l’opportunité de ressembler à Sarah. Grâce aux enseignements de la Torah, nous pouvons regagner et retenir l’innocence dans tous les domaines de notre vie, nous débarrassant de ces aspects de notre égo qui nous coupent de notre véritable personnalité.
Et de la sorte, nous parvenons à un état où notre intériorité pure et sacrée, s’exprime extérieurement dans notre vie physique. Hommes ou femmes, nous semblons changer avec l’âge, mais en réalité, au fil des années, nous ne faisons qu’exprimer plus profondément notre perfection et notre beauté intérieures.

La vie de Sarah
Qu’est-ce que la vie ?
Après avoir indiqué la disparition de Sarah, la Paracha nous décrit la manière dont elle fut enterrée dans une sépulture très particulière à ‘Hévron. Malgré le fait que le sujet d’ouverture de la Paracha évoque le fait que Sarah ait quitté ce monde, le titre en est ’Hayé Sarah, «la vie de Sarah». Quelle était donc la vie de Sarah, la première Matriarche du Peuple Juif ? Et que nous enseigne-t-elle à nous, aujourd’hui ?
Il ne fait aucun doute que Sarah dut surmonter de nombreuses épreuves. Jeune femme, mariée à Avraham, elle découvrit qu’elle ne pouvait pas avoir d’enfants. Malgré cela, elle se consacra à la tâche spirituelle d’enseigner, avec son mari, à tous ceux qu’elle croisait, l’existence de D.ieu.
Rachi nous indique qu’Avraham enseignait aux hommes et Sarah aux femmes. Il est probable d’envisager que, même à cette époque, l’on n’attendait pas que les femmes se soumettent aveuglément aux désirs de leur mari. Les femmes devaient discuter et réfléchir elles-mêmes à la nature de la vie. Sarah inspirait les femmes qui, de concert avec leur mari et leur famille, devenaient adeptes des nouveaux enseignements du monothéisme.
La tâche d’enseigner l’existence du D.ieu Unique, Créateur du Ciel et de la Terre, n’était pas sans risque, loin de là ! La norme était alors d’adorer une grande variété d’idoles. Les Sages nous disent qu’à cause de la croyance d’Avraham et de Sarah, Avraham fut arrêté par le roi Nimrod et jeté dans une fournaise. Nous pouvons alors aisément imaginer les sentiments de Sarah : l’appréhension, la confiance en D.ieu ? Miraculeusement, Avraham ne subit aucun mal et fut sauvé. Après cela, Avraham et Sarah reçurent l’ordre de D.ieu de voyager vers l’ouest, vers la terre d’Israël. Avraham étaient alors âgé de soixante-quinze ans et Sarah de dix ans de moins.
Quand ils parvinrent en Israël, ils continuèrent leur travail de dissémination du monothéisme. Sarah savait qu’il était capital qu’Avraham ait un successeur et aspirait à ce qu’il soit un enfant né de son giron. Dans l’expression de sa douleur à D.ieu, elle donna à son époux sa servante Hagar. Peut-être par cet acte, mériterait-elle, elle-même, de porter un enfant ? Hagar donna naissance à Yichmaël.
Plus tard, D.ieu ordonna à Avraham l’alliance de la circoncision. Son corps physique atteignit alors un nouveau degré de sainteté. Avec cela, vint la promesse d’un miracle : lui et Sarah auraient un enfant. A cette époque, à quatre-vingt-dix ans, Sarah avait dépassé l’âge de la maternité. Elle rit à l’idée d’avoir un enfant mais en fait, elle donna naissance, un an plus tard, à Its’hak dont le nom signifie «rire».
Sarah vit que la question-clé, étrangement d’actualité aujourd’hui, allait être : «qui est le véritable héritier d’Avraham ?» D.ieu avait clairement annoncé que Son alliance unique serait avec Its’hak. Et pourtant, Yichmaël menaçait gravement la vie d’Its’hak.
Avraham, l’expression parfaite de la bonté ne voulut pas, au début renvoyer Yichmaël. Sarah de son côté fit tout ce qui lui était possible pour protéger son fils Its’hak des menaces d’Yichmaël, à la fois physiques et spirituelles. D.ieu dit alors à Avraham de suivre les conseils de Sarah : elle avait une plus grande force prophétique que son époux, Avraham, et grâce à ses efforts, le Peuple Juif put exister.
Dans notre Paracha, nous voyons après la disparition de Sarah, le succès initial de ses entreprises. En fait, c’est Its’hak qui va perpétuer cette alliance particulière du Peuple Juif avec D.ieu. Le sujet central de la Paracha est son mariage avec Rivkah. Sa jeune femme, Rivkah, devient l’expression vivante de Sarah.
C’est ainsi que grâce aux efforts de Sarah, le Peuple Juif, les descendants d’Avraham, Its’hak et Yaakov, commencent à se former. C’est pour cette raison que notre Paracha s’appelle «la vie de Sarah», bien qu’il s’agisse d’événements postérieurs à son départ de ce monde. Car c’est à la lumière d’Its’hak et de son mariage que nous voyons la pérennité de Sarah : tout comme sa descendance est vivante, elle est vivante. Voilà le message que nous envoie Sarah, à nous ses descendants ; faire venir au monde des enfants juifs – soit par l’enseignement que nous dispensons aux autres, soit, avec la bénédiction divine, en élevant et en guidant notre propre progéniture – et perpétuer ainsi la vie pour nous et notre Peuple.

Etincelles de Machiah'
Un rire profond

Les Psaumes (126 :2) annoncent que, lorsque le Machia’h sera venu, «notre bouche se remplira de rire». Certes, ce nouveau temps sera celui d’une joie sans limite, cependant que signifie précisément le rire dans un tel contexte?
En hébreu, la valeur numérique du mot «rire» est 414. C’est également celle de l’expression «Or Eïn Sof» qui signifie «lumière infinie» de D.ieu. Cette correspondance nous indique justement le sens profond de ce rire : la révélation de D.ieu. Infinie, elle nous conduira au plus haut et au plus essentiel du «plaisir» divin.
(d’après Likouteï Torah, Bamidbar p. 191) H.N.

Le coin de la Halakha
Quelques lois concernant le repas :

- Avant de manger du pain ou de la Matsa, on se lave les mains rituellement à l’aide d’un « Kéli » (ustensile), et non pas directement en versant l’eau du robinet – et on récite la bénédiction : « Al Netilat Yadayim ».
- On ne parle pas quand on mange, même des sujets de Torah, de peur de s’étouffer.
- On ne souhaitera même pas : « Bonne santé » à quelqu’un qui éternue, si on est en train de manger.
- Quand on ne mange pas, on doit discuter de sujets de Torah.
- On ne gaspille pas la nourriture ; on ne jette pas des boulettes de pain, on ne salit pas le pain.
- Si on voit de la nourriture sur le sol, on la ramasse.
- On ne donne pas à un animal de la nourriture qui pourrait être mangée par les humains.
- On n’éparpille pas les miettes par terre ; on les ramasse et on les donne à ses animaux.
- Avant de manger quoi que ce soit, on prononce la bénédiction appropriée, même si on ne mange que très peu.
- Après le repas, on prononce les bénédictions appropriées avant d’enlever le pain et la nappe.

F. L. (d’après Junior Code of Law)

*  *  *  *  *  *  *  *

Edito
Eternelle famille
Un père, une mère, des enfants
: cela s’appelle, depuis que l’homme a appris à regarder le monde qui l’entoure et à donner des noms aux choses qui le constituent, une famille. Il y a sans doute peu de notions apparemment aussi simples et profondément aussi complexes et aux implications aussi essentielles.Certes, on pourrait se contenter de définir la famille comme une convention sociale parmi les autres. On pourrait l’imaginer comme un moyen commode de désigner l’assemblage aléatoire d’individus d’origines diverses, une sorte d’organisation économique de base. Et pourtant, c’est sur elle que s’est largement fondée la construction d’un monde stable, d’une certaine forme de sérénité et d’équilibre.
Le judaïsme a, pour la désigner, une expression remarquable : elle est un «édifice éternel». En deux mots, tout, ou presque, est dit. Telle un «édifice», la famille est une structure cohérente qui se bâtit peu à peu par l’effort de ses membres. Résultat de ce puissant processus, elle s’élève durablement ; elle devient «édifice éternel». Elle est ainsi bien loin des définitions communes. Elle n’est pas un mode d’organisation produit par la pression sociale. Elle est, d’une certaine manière, indissociable du développement de ce qu’il y a de plus humain dans le cœur des hommes. Plus qu’un cocon protecteur – même si elle peut aussi jouer ce rôle – elle est le lieu où se construit la personnalité de chacun dans le respect de celle d’autrui car c’est en elle que le pluriel se conjugue en un étonnant singulier.
Peut-être est-ce pour cela que notre temps, qui ne sait que peu refuser à un individualisme forcené et toujours insatiable, paraît être à la recherche d’autres modèles. La famille, parce qu’elle donne à être soi sans omettre l’autre, paraît, à certains, une contrainte presque insupportable. Elle fait figure de gêne majeure, d’espace qui empêche de réaliser la totalité de ses désirs, sans jamais que l’on s’interroge sur leur nécessité ou, simplement, leur pertinence. Car est-ce être vraiment libre qu’oublier le sens des choses pour mieux poursuivre l’assouvissement d’appétits que l’on s’emploie à renouveler de peur que le vertige s’arrête ? Finalement, dans la famille, c’est une ancienne sagesse qui s’exprime jour après jour. Elle enseigne à donner autant qu’à recevoir – car aucun des deux n’a de sens si l’autre ne l’accompagne pas. Elle établit un cadre où la pensée et l’émotion – et, au bout du compte la vie – prennent leur envol dans un ciel purifié. Comme pour une expérience nouvelle.             

H. Nisenbaum

Vivre avec la Paracha
Vieillir

Et Avraham vieillit et fut avancé dans les jours ; et D.ieu bénit Avraham en tout (Beréchit 24 :1).

La Torah considère l’âge avancé comme une vertu et une bénédiction. Tout au long de la Torah, Zaken, «vieux» est synonyme de «sage». La Torah nous enjoint de respecter toutes les personnes âgées, quels que soient leurs niveaux d’érudition et de piété, parce que les nombreuses épreuves et expériences qu’a apporté chaque nouvelle année véhicule une sagesse que le plus accompli des jeunes prodiges ne peut égaler. Quand le verset, cité plus haut, précise, quand Avraham vieillit, «il fut avancé dans les jours», cela signifie que les jours accumulés, chacun rempli d’étude et d’accomplissement, ne faisaient que renforcer son mérite. Aussi, l’âge avancé est-il considéré comme l’une des plus grandes bénédictions que l’homme puisse recevoir.
Cela va à l’encontre de l’attitude qui prévaut dans les pays «développés» du monde contemporain. Dans le monde occidental, la vieillesse est une faiblesse. La jeunesse est vue comme la plus crédible dans tous les domaines. C’est pourquoi, la société dicte que les plus âgés doivent être condamnés à la passivité et au déclin. Ils sont considérés comme inutiles voire pesants et sont souvent confinés, au meilleur des cas, dans des lieux de villégiature pour «les aînés» ou dans des maisons de retraite.

Apparemment, l’attitude moderne paraît au moins partiellement justifiée. N’est-il pas un fait avéré que la personne s’affaiblit physiquement plus elle avance en âge ? Il est vrai que l’inactivité de la retraite s’avère être un facteur clé dans la détérioration physique des personnes âgées. Mais n’est-ce pas un fait inéluctable de la nature que le corps d’un être de soixante-dix ans ne soit pas le même que celui de trente ans ?
C’est justement là le point central : le mérite d’une personne doit-il se mesurer à ses forces physiques, par la quantité de travail qu’elle peut accomplit chaque semaine ? C’est vrai qu’un jeune de vingt ans peut danser toute la nuit alors que sa grand-mère se fatigue au bout de quelques minutes. Mais l’homme n’a pas été créé pour danser sans fin. L’homme a été créé pour rendre la vie sur terre plus pure, plus claire et plus sainte qu’elle ne l’était avant qu’il n’apparaisse. A cette lumière, la maturité spirituelle des personnes âgées vient plus que compenser leur force physique amoindrie. Si l’âme n’est rien de plus qu’un moteur qui dirige la façon dont le corps va se procurer ce dont il a besoin alors il est certain que l’affaiblissement physique du corps, dû à l’âge, s’accompagnera d’une détérioration spirituelle, une descente dans l’ennui, la futilité et le désespoir. Mais quand l’on considère le corps comme un accessoire de l’âme, c’est tout le contraire qui est vrai : le grandissement spirituel du vieil âge vient revigorer le corps, lui permettant de mener une existence productive aussi longtemps que le Tout Puissant accorde le don de la vie.

La vie : une définition

Mais il y a encore plus à tout cela. A la base d’une maison de retraite est la notion que la vie est composée de périodes productives et de périodes non productives. Les premières vingtaines de la vie sont considérées comme n’apportant que peu ou pas d’accomplissement, puisque c’est le moment où l’individu acquiert les connaissances et s’entraîne dans la préparation de la période productive de sa vie. Les trente à quarante années suivantes sont celles où se réalisent ses énergies créatrices : il utilise maintenant ce qui a été investi pour lui par ses aînés désormais passifs et investit à son tour dans la génération plus jeune, elle, encore passive. Et finalement quand il pénètre dans sa période crépusculaire, il met son existence de «véritables» accomplissements derrière lui, il a travaillé dur toute sa vie, il est temps maintenant de s’installer et de jouir des fruits de son dur labeur.
Cependant, la Torah ne reconnaît pas une telle distinction entre les étapes de la vie car elle considère la productivité comme l’essence même de la vie. Il existe des différences marquées entre la jeunesse et l’âge adulte etc., mais leurs différences résident dans la manière dont la personne est productive et non dans le fait qu’elle le soit ou non. Le fait même que D.ieu donne à un homme un simple jour supplémentaire de vie physique signifie qu’il n’a pas encore achevé sa mission dans la vie, qu’il existe toujours quelque chose qu’il doit accomplir dans ce monde.
Pourquoi ? Parce que telle est la nature humaine : la vie n’a de sens que lorsqu’elle est productive. Mais pourquoi ? Parce que D.ieu a créé l’homme pour qu’il soit Son partenaire dans la création. Le Midrach nous dit que D.ieu a dit au Juste : «Tout comme Je suis un Créateur de mondes, ainsi dois-tu faire». D.ieu est l’Initiateur et le Donneur ultimes, nous accordant l’existence et la vie et nous octroyant les aptitudes et les ressources nécessaires. Mais D.ieu veut plus que des récipiendaires passifs pour Ses dons. Il veut une association avec nous, une association, dans laquelle nous créons et nous donnons comme Il créée et donne, et Il désire recevoir de nous comme nous recevons de Lui. C’est ainsi qu’Il a fait du désir d’accomplissement l’essence même de la vie humaine.

Le cours de l’action

Et pourtant, la retraite, obligatoire ou pas, est un fait de la vie moderne. Année après année, elle détruit des millions de vie et condamne des ressources humaines de valeur à un gâchis complet ou presque. Que faire face à cette tragédie humaine et sociale ? Nous devons changer les attitudes de ceux qui sont à la tête du monde du travail et de la société en général. Mais surtout, nous devons changer la perception que nous avons de l’âge avancé. Nous devons dire aux seniors : vous n’êtes pas inutiles, bien au contraire. Vous êtes d’une valeur encore plus grande qu’avant et chaque jour votre valeur augmente. Les changements physiques que vous subissez sont le résultat de l’avancée de votre âge mais pas une raison de retraite de la vie productive. C’est au contraire l’occasion de découvrir de nouveaux moyens pour vous développer vous et votre environnement. Il existe d’innombrables personnes à la retraite qui cherchent désespérément comment remplir leur temps. Permettons-leur d’établir des centres d’étude de la Torah où elles peuvent venir quelques heures par jour et accroître leurs connaissances et leur productivité. Ouvrons de tels centres dans chaque communauté et établissons des classes et des ateliers dans chaque maison de retraite. Si les difficultés de la vie ne leur ont pas permis auparavant d’acquérir la perspective lumineuse de la Torah sur la vie, la retraite offre une occasion en or d’étudier et de grandir : l’éducation comme la productivité est une entreprise qui dure toute la vie. La Torah leur donnera une nouvelle prise sur la vie, elle les éclairera sur leur véritable valeur et leur potentiel et transformera leur statut en luminaires pour leurs familles, leur environnement et leur communauté.
NB Ce qui précède est un résumé des propos du Rabbi lors de son anniversaire de soixante-dix ans, lorsqu’il lança de nombreuses institutions dans ce sens et se lança lui-même dans l’établissement de 71 nouvelles institutions éducatives et sociales.

Etincelles de Machiah'
Its’hak notre Père

Le Talmud (Chabbat 89b sur Isaïe 63 : 16) enseigne : «Dans les temps à venir… (le peuple juif) dira (à Its’hak) : ‘Car tu es notre père’.» C’est dire qu’il y a un lien particulier entre notre Patriarche Its’hak et le «temps à venir», celui de Machia’h.
En fait, le mot «Its’hak» renvoie, en hébreu, à l’idée de «rire» et donc de délice. Dans cette nouvelle époque, quand toutes les étincelles divines présentes dans le monde matériel auront été élevées par l’effort spirituel de chacun, le «délice» de D.ieu devant la tâche accomplie apparaîtra aux yeux de tous.           

d’après Torah Or, Vayétsé, p. 21c  H.N.

 
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