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Retour aux fondamentaux

Revenir à l’essentiel. C’est une résolution que l’on a tendance à prendre souvent. Chacun le sait, le ressent avec acuité : les préoccupations du quotidien, les joies et les

peines, la vie en somme, tout cela parvient à chasser de l’esprit les choses vraiment importantes, celles que, justement, on aimerait ne jamais oublier… quand on y pense. N’est-il pas justement temps d’y revenir ? N’est-il pas temps de mettre de côté l’accessoire, au moins un instant, pour retrouver le sens de l’essentiel ? C’est ainsi qu’avec la reprise du cycle annuel de lecture de la Torah, nous assistons, éternellement émerveillés du prodige, à la naissance du peuple juif. Abraham, Isaac, Jacob se succèdent au rythme des semaines qui passent et la structure interne qui soutient notre existence se met en place. Nous le savons aujourd’hui : les siècles n’ont pas pu y porter atteinte. Un peuple apparaît dans sa singularité et, surtout, dans son unité.
L’unité du peuple juif, si différente de toutes les autres formes revêtues par ce beau concept, se décline en individualités multiples. Les communautés juives, dans la richesse de leurs coutumes, dans la tonalité de leurs chants, dans la saveur de leur repas, dans la chaleur de leurs émotions, semblent parfois si dissemblables. Les hommes et les femmes qui les composent ont eux-mêmes des choix de vie, des conceptions des choses par nature éloignés. Pourtant, chacun perçoit comme cette unité, si peu monolithique, est réelle. Au-delà du fondamental amour du prochain, elle exprime quelque chose de plus profond. Les différences ne constituent pas obstacle. Les désaccords éventuels ne sont pas des remises en cause de ce que l’on est. Disons le mot : cette unité d’origine, composée d’éléments disparates que l’on a réunis, cède la place, à son point ultime, à une unité d’ordre supérieur où chacun sait se reconnaître dans l’autre.
Une telle conception ressemble à une douce utopie ? C’est la nature du peuple juif, et la mission qui lui a été confiée, que d’être celui qui croit, agit et réalise. Dans un monde de division, où on finit par penser que tout revient à soi et qu’on est, d’une certaine façon, le centre de l’univers, l’unité est plus qu’un enrichissement. Elle est une évidence. Alors que les tentations de l’oublier peuvent être nombreuses, il nous appartient, jour après jour, de la construire. Ainsi dit la liturgie : « Bénis-nous, notre Père, tous comme un ». « Comme un » pour la bénédiction Divine.

Etincelles
Le pouvoir de la joie

La ‘Hassidout pose un principe essentiel : «La joie brise les barrières». A cette idée, il faut ajouter qu’elle brise aussi les limites de l’exil et hâte la venue de Machia’h. C’est dans le même sens qu’il est écrit à son propos (Berechit Rabba 85 : 14 sur Miché 2 : 13) : «Celui qui brise (les limites) montera devant eux».
(d’après un commentaire du Rabbi de Loubavitch, Chabbat Parchat Toledot 5741) H.N.

Halakha
Qu’est-ce que le Kidouch ?

«Souviens-toi du jour du Chabbat pour le sanctifier» (Exode 20.8).
C’est un commandement de mentionner la sainteté du jour du Chabbat à son début, c’est-à-dire le vendredi soir. Ceci s’accomplit par la récitation de versets rappelant l’importance du Chabbat (en reconnaissant que :
1) D.ieu a créé le monde en 6 jours et, le 7ème, Il s’est reposé ;
2) D.ieu a fait sortir le peuple juif de l’esclavage d’Egypte et nous a donné le repos du Chabbat).
Avant d’entamer le repas du vendredi soir, le maître de maison (et, dans de nombreuses familles, tous les hommes présents) récite le Kidouch en tenant un verre rempli de vin cachère. Le Kidouch est récité debout devant tous les convives qui se tiennent debout également. Celui qui désire se rendre quitte de l’obligation du Kidouch doit en écouter chaque mot et répondre Amen aux deux bénédictions (sur le vin et sur la sainteté du Chabbat et du peuple juif). Il est d’usage de donner à boire quelques gouttes du vin à chaque participant.
Le Kidouch n’est validé que s’il est suivi d’un repas à base de pain ou, éventuellement, de gâteau.
On récite également le Kidouch dans la journée de samedi, normalement après la prière du matin.
Il est préférable d’utiliser du vin ; à défaut on peut réciter Kidouch sur du jus de raisin cachère. Si l’on ne dispose ni de vin ni de jus de raisin – ou qu’on est incapable d’en boire un demi verre – on peut réciter le Kidouch sur les ‘Halot (les pains de Chabbat). On se sera au préalable lavé les mains rituellement avec la bénédiction «Al Netilat Yadayim» afin qu’il n’y ait pas d’interruption entre la bénédiction «Hamotsi» sur les ‘Halot et leur consommation.
Quand on récite le Kidouch sur le verre de vin, on recouvre d’abord les deux ‘Halot qui rappellent la double bénédiction du Chabbat.
Avant de manger le pain, ou le trempe trois fois dans le sel. On distribue les morceaux à tous les convives.
F. L. (d’après le Sidour)

Sidra
Lé’h Le’ha
La quête de soi

Dans le livre de Zekharia, un passage décrit la rencontre entre un être humain et une armée d’anges. L’homme y est défini comme «un voyageur parmi les sédentaires.»
«Le voyageur» est l’appellation la plus adéquate pour l’espèce humaine qui ne trouve jamais le repos. D’autres créatures se déplacent également, de lieu en lieu, mais seules les migrations de l’homme sont motivées par le désir d’être ailleurs que là où il se trouve présentement. Contrairement aux souris, aux érables et aux anges qui se contentent d’être ce qu’ils sont, l’être humain est constamment sur le qui-vive, aspirant à aller ailleurs et de préférence dans un ailleurs inconnu jusqu’alors.
Le problème est qu’il ne reste nulle part où aller.
Peu à peu, l’homme a conquis le monde. Un jour, l’un d’eux a réussi la conquête du pôle nord et un autre celle du pôle sud. Un autre être humain encore fut le premier à atteindre le sommet de l’Everest et enfin ce fut «le pas de géant» qui laissa sa première empreinte sur la lune.
Alors, que reste-t-il ? Un voyage vers une autre galaxie ? Une incursion dans le futur ? Ces destinations, si toutefois elles sont atteintes, satisferont-elles l’esprit toujours curieux du voyageur ?
Nous avons tous entendu l’histoire de ‘Haïm Yankel, ce pauvre villageois qui avait rêvé qu’un trésor était enfoui sous un pont de la ville de Cracovie. Il s’y rendit et, arrivé, il reconnut le pont de ses rêves. Le gardien, remarquant un rôdeur portant une pelle et montrant des intentions suspectes, prit le pauvre à partie. Ce dernier lui avoua la raison de sa présence. «Des rêves ! » s’exclama le gardien ironiquement. « Eh bien moi, la nuit dernière justement, j’ai rêvé que dans la maison de ‘Haïm Yankel, le colporteur du village de Usseldorf, un coffre de pièces d’or était enterré sous le mur derrière le fourneau. Et est-ce que je vais voyager jusqu’à Usseldorf pour briser le mur de la maison d’un pauvre hère ?». ‘Haïm Yankel se précipita sur le chemin du retour, démolit le mur qui se trouvait derrière le fourneau de sa maison et vécut heureux grâce à son trésor caché.
Une fois que tous les voyages ont été épuisés, après que toutes les quêtes ont été réalisées, il reste encore une frontière que peu de gens ont traversée, un territoire qu’encore moins de gens ont conquis : la frontière du moi. Nous parcourons la planète et au-delà, nous élaborons les plans de l’univers et de l’infrastructure de l’atome, à la quête de la moindre indication, du moindre signe qui apporte des éclaircissements, mais combien parmi nous sont entrés à l’intérieur de leur propre âme ?
Lé’h Le’ha, cet appel divin à Avraham qui lance et définit l’histoire juive, signifie littéralement : «va pour toi». «Va pour toi, ordonne D.ieu au premier Juif, pars de ta terre, de ton lieu de naissance et de la maison de ton père, vers la terre que Je te désignerai.»
Quand résonna l’appel divin, Avraham pouvait regarder derrière lui et contempler une vie de découvertes et d’accomplissements sans précédents. Il était celui qui avait découvert la vérité du D.ieu Unique, celui qui avait affronté et vaincu le roi le plus puissant de son temps, celui qui avait bravé la fournaise ardente au nom de ses croyances et celui qui avait converti des milliers de gens à la foi et à la croyance monothéistes. Et à tout cela, il était arrivé par lui-même, sans maître, guide ou voix divine pour le diriger, avec rien d’autre que son immense esprit et sa quête passionnée de la vérité pour le conduire.
Et puis, dans sa soixante-quinzième année, survint le commandement divin : «Va pour toi-même !» Maintenant que tu as achevé tes explorations et atteint tes objectifs, tourne-toi vers l’intérieur et embarque-toi dans un voyage qui te conduira vers l’essence de ton propre être.»
Paradoxalement, plus notre voyage est intime et personnel et plus nous avons besoin d’être guidés et aidés.
Un bon sens de l’orientation peut nous guider à travers le circuit routier le plus labyrinthique. Un sens aigu de la communication peut négocier les politiques bureaucratiques les plus tortueuses. Les données et les connaissances emmagasinées dans notre cerveau facilitent notre poursuite de champs d’études nouveaux. Mais si nous sommes à la recherche d’une voie qui nous guide à l’intérieur de nous-mêmes, le savoir et les aptitudes d’une vie entière se trouvent soudain inefficaces. Nous sommes plongés dans l’obscurité, n’ayant pour seul recours que d’appeler notre Créateur : «D.ieu, qui suis-je ? », crions-nous, « D.ieu donne-moi la clé, dis-moi pourquoi Tu m’as créé !»
Ce paradoxe est implicite dans la première directive de la Torah, adressée au premier Juif. Quand Avraham reçoit le commandement : «Va pour toi-même», cet homme plein de ressources, autodidacte, il lui est enjoint de mettre de côté ses talents innés («ta terre»), la personnalité qu’il a développée pendant sept décades et demi d’interaction avec son environnement («ton lieu de naissance»), et la sagesse acquise et formulée par son esprit phénoménal («la maison de ton père») et de suivre «aveuglément» D.ieu «vers la terre que Je te donnerai».
Dans nos voyages extérieurs, notre savoir, nos talents et notre personnalité sont les outils qui nous permettent d’explorer le monde qui est en dehors de nous. Mais dans notre quête de notre moi profond, ces outils qui constituent un «moi» extérieur, superposé, cachent autant qu’ils révèlent, déforment en même temps qu’ils éclaircissent.
Nous les employons dans notre quête, nous n’en possédons pas d’autres. Mais si notre voyage doit nous conduire à la quintessence de notre être plutôt que vers une illusion, il faut qu’il soit guidé par Celui Qui nous a créés à Son image et a dessiné le projet de notre âme dans Sa Torah.

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La crise et le rêve 
Comme souvent les grandes civilisations, l’occident a su construire, au fil du temps, des sociétés fières d’elles-mêmes, de leur réussite et de leur puissance. Il a su cultiver sa vision du monde et, dans son expansion, la transmettre à toute la planète. Renonçant parfois au bénéfice d’inventaire, la plupart des hommes ont finit par adopter, avec plus ou moins d’enthousiasme, cette vision. Qui n’aspire pas à la liberté, au bonheur et à l’abondance présentés comme le but de l’Histoire ? Certes, tout cela avait un prix : un certain renoncement à son propre héritage d’esprit et de cœur au profit d’une culture mondialisée, quelques exclus du merveilleux projet, dépassés par ce nouveau monde, une certaine destruction des cadres de vie, des tensions diverses, plus ou moins inquiétantes. Mais au moins le rêve avait-il toujours les couleurs de l’avenir. Au moins semblait-il toujours en état de structurer les fameux – et éternellement attendus – lendemains qui chantent. Et voilà qu’il suffit d’un rien…
 Il aura donc suffi d’une tempête financière, de chiffres qu’on a peine à se représenter tant ils alignent de zéros, de courbes hier conquérantes qui découvrent, peut-être avec effroi, le chemin des abîmes, pour que toute cette belle construction montre ce qu’elle est : un édifice assez léger pour grandir sous l’effet de vents porteurs mais qui menace d’effondrement ceux qui y ont trouvé abri quand les vents sont contraires. Mais comment ce qui semblait si solide peut-il, si brutalement, devenir si fragile ? Comment un si brillant système peut-il en arriver à ruiner tant d’existences ? N’est-ce pas aussi parce qu’il y manquait un élément qui, invisible, donne assise et fermeté comme la solide structure interne d’une construction aérienne ? Et si, finalement, cela s’appelait une âme, un sens des choses ? Et si les turbulences actuelles étaient l’occasion de les retrouver ?
 Lorsque l’environnement habituel est bousculé, voici que nous retrouvons la fragilité des choses. Voici que l’instabilité, que nous avions parfois cru avoir conjurée, revient comme une règle qui s’impose avec toute la force des choses longtemps contenues. De cette instabilité, il est possible de faire germer un sentiment essentiel. La seule matérialité ne peut constituer un mode de vie. La poursuite incessante et jamais satisfaite d’une richesse par nature éphémère ne peut être chemin de vie. Alors, il faut lui donner sens. Nous savons que le judaïsme trace une voie dans ce monde, qu’il sait y conduire chacun pour le bonheur, la liberté… Un rêve ? Comme tous les espoirs, mais il sait ne pas s’effondrer.
H. Nisenbaum

Vivre avec la Paracha
Une percée

«Avraham construisit une auberge à Beer Chéva et y appela au nom de D.ieu…» (Béréchit 21:33)

Quelle relation y a-t-il entre construire une auberge et y appeler au nom de D.ieu ?
Nos sages interprètent ce verset dans ces termes : Ne lisez pas «il appela» mais plutôt «il fit appeler les autres». Dans son auberge, dans la terre aride du désert de Beer Chéva, Avraham offrait l’hospitalité aux voyageurs épuisés et ils les amenaient à la foi en un D.ieu unique.
Après avoir été pleinement rassasiés, ses invités se levaient, remerciaient leur hôte et s’apprêtaient à prendre congé. C’est alors qu’Avraham leur disait : «Qu’avez-vous mangé qui m’appartienne ? C’est le D.ieu du Monde qui vous a nourris. Remerciez-Le et bénissez Celui Qui par Sa parole a permis l’existence du monde». C’est ainsi qu’agissait Avraham avec tous ses invités, faisant ainsi progresser le but central de sa vie ; la dissémination dans le monde de la foi en D.ieu.
Et que se passait-il si ses invités se refusaient à louer D.ieu pour l’hospitalité dont ils avaient joui ? Le Midrach nous rapporte ce que faisait Avraham si cette situation survenait.
Si l’invité se refusait à décliner la bénédiction, Avraham lui présentait alors la note de frais d’auberge. Fixant un prix exorbitant pour chaque victuaille, il défiait son invité en ces termes : «qui d’autre vous  donne du vin au milieu du désert ? Qui vous donne de la viande dans le désert ? Du pain en plein désert ?»  Face à la perspective d’une dette énorme, l’invité optait pour l’offre originelle d’Avraham et récitait la bénédiction requise.
Des éclaircissements nous sont nécessaires. La méthode employée par Avraham pour disséminer le monothéisme semble ne pouvoir être qualifiée que de coercition. Il devient alors difficile de percevoir le bienfait d’obtenir une acceptation momentanée et superficielle à ses exigences. Ceux qui n’avaient pas envie de prier D.ieu prétendaient le faire en présence d’Avraham puis partaient. Quel intérêt ?

Et pourtant, le Midrach affirme, concernant cette attitude dans l’auberge de Beer Chéva, que D.ieu dit à Avraham : «Mon nom n’était pas reconnu par Mes créatures. Tu as fait en sorte que Mon nom soit reconnu par celles-ci, aussi Je considère que tu as été un partenaire pour Moi dans la création du monde». Il apparaît donc que les méthodes d’Avraham avaient un effet très réel et ce, à une échelle grandiose.
Mais comment cette pratique rencontra-t-elle tant de succès? Comment la force peut-elle aboutir à autre chose qu’à un service «des lèvres» ? Et si réellement, les louanges qu’Avraham obtenait par force de la part de ses invités étaient prononcées sincèrement, comment cela fut-il possible par le biais d’un chantage ?

Le désir véritable
Si nous parlions d’un Juif obligé d’accomplir une Mitsva ou empêché d’en transgresser une, nous citerions l’enseignement de Maïmonide dans ses Lois du Divorce. Si un homme est obligé de divorcer de sa femme mais refuse de lui présenter le document de divorce, la cour rabbinique peut l’obliger à accepter en recourant à des sévices corporels, et alors le divorce est valide. Comme cela a été expliqué, même lorsqu’un Juif est forcé de faire ce que la Torah demande de lui, il est considéré comme ayant agi de sa propre volonté. Cela en dépit du fait que, selon la loi juive, un acte de divorce est invalide s’il n’est pas donné volontairement.
Cette règle s’appuie sur une base mystique. L’âme divine d’un Juif, néfèch hahélokit, est conduite par un désir unique : servir D.ieu. C’est cette âme qui renferme la volonté profonde et essentielle du Juif. Mais parfois, ce désir est supprimé et l’on peut être poussé à ignorer la loi de la Torah. Pourtant, ce sentiment n’émane pas de l’intériorité du Juif mais est plutôt le résultat d’une influence extérieure, le Yétsér Hara (penchant vers le mal), qui agit sur lui.
A la lumière de ce qui précède, nous pouvons désormais comprendre les mécanismes spirituels qui auraient motivé les méthodes d’Avraham s’il avait forcé des Juifs à l’observance de la Torah. Mais en fait, ce n’était pas son cas. Avraham imposait le service de D.ieu à chaque non Juif qui passait par son auberge. Il ne s’agissait pas ici de s’occuper d’une dichotomie entre un désir intérieur et un désir extérieur à l’homme. Si ces hommes n’avaient pas le désir de louer D.ieu, c’était précisément ce qu’ils ressentaient et il n’y avait nul besoin qu’ils fassent une démonstration hypocrite.
Nous devons donc dire qu’Avraham les motivait réellement pour qu’ils louent sincèrement D.ieu. Ainsi, alors qu’il semblait les obliger à accomplir ce commandement, et c’est ce que nous allons comprendre, d’une certaine façon, il les menait à une foi sincère et nouvelle en D.ieu.

L’homme laid et le Sage
Le Talmud relate une histoire concernant le Sage de la Michna, Rabbi Eléazar qui, un jour qu’il voyageait, rencontra un homme qui était «extrêmement laid». Rabbi Eléazar lui dit : «O homme vide ! Comme tu es laid ! Est-ce que tous les gens issus de ton pays sont aussi laids que toi ?». Interloqué, l’homme répliqua : «Va chez le Maître d’œuvre Qui m’a fabriqué et dis Lui : le récipient que Tu as fait est laid !»
Nous nous posons une question : Rabbi Eléazar ne savait-il pas, avant la réponse de l’homme, que le corps d’un homme est le travail de D.ieu ?
Et plus encore, comment est-il possible qu’un homme de la stature de Rabbi Eléazar se permette de parler d’une façon si cruelle ?
Cependant cette histoire peut s’éclairer d’une autre perspective. L’homme était, certes, laid. Mais cela n’était pas le souci de Rabbi Eléazar. Ce dernier avait contemplé l’homme dans sa stature spirituelle, laide et vide de tout mérite. Et dans cette situation, cet homme n’avait pas même la sensibilité pour reconnaître combien sa situation était grave et ne pouvait donc, à cause de sa bassesse, recevoir aucun conseil que Rabbi Eléazar aurait pu lui prodiguer. Le Sage avait donc pour but de briser cet aveuglement en portant atteinte à l’égo de cet homme. Et c’est ce qui se passa. Surpris et blessé, l’homme chercha dans son cœur et avança la seule vraie réponse : «Adresse toi à Celui Qui m’a créé et dis Lui : le récipient que Tu as créé est laid». A ce moment précis, il se souvint du D.ieu Qui l’avait créé et de plus, que D.ieu est un Maître d’œuvre Qui façonne ses récipients avec un but et une intention.
L’homme fut pris d’une conscience poignante d’une idée qu’il n’aurait pu entendre une seconde plus tôt. Dans ce moment d’humiliation, il regagna une sensibilité qui l’éleva hors de sa laideur et intensifia, sur le champ, sa relation avec D.ieu.
Après cette rencontre, Rabbi Eléazar demanda des excuses à l’homme qui répondit : «Je ne te pardonnerai que si tu ne t’habitues pas à parler ainsi». La grande majorité des gens, même ceux qui sont «laids» dans leurs actes et leur caractère, n’ont pas besoin d’être humiliés pour arriver à une prise de conscience. Toutefois, l’homme ne stipula pas que Rabbi Eléazar ne devrait plus jamais parler ainsi car, comme nous l’enseigne notre histoire, parfois, pour certaines personnes, dans de rares situations, l’élévation spirituelle ne peut survenir que si leur grossièreté est brisée par un moment de désespoir.

La requête d’Avraham
L’idée qui précède, le fait qu’un moment de désespoir peut faire jaillir un progrès sincère dans le développement spirituel, est celle qui animait Avraham. Il ne présentait pas à ses invités obstinés une note effarante pour leur faire du chantage. Mais il avait pour intention de créer une situation dans laquelle ses invités devenaient, et de façon aigüe, conscients de leur situation sans issue. Cela brisait ce qui les empêchait de percevoir la validité de la requête d’Avraham par eux-mêmes.
Le niveau auquel aspire tout non Juif est celui d’un Juste des nations qui observe les 7 commandements adressés à Noa’h et à lui est promise une part dans le Monde Futur. L’un des ces 7 commandements est la foi en D.ieu.
C’est aussi la raison pour laquelle Avraham s’engageait dans des discussions avec des preuves et des raisonnements. Mais quand il rencontrait un invité exceptionnellement têtu, il tentait alors de briser cette grossièreté, orchestrait soigneusement un moment de désespoir et c’est alors que les explications précédentes commençaient à pénétrer et l’invité prenait conscience de la vérité et s’exclamait : «Béni soit D.ieu Dont nous avons consommé  le monde».

Etincelles de Machiah'
Quand le prophète Elie viendra-t-il ?
Nos Sages enseignent qu’il faut attendre la venue de Machia’h constamment. C’est là le sens de la phrase que nous disons dans la prière : «En Ton salut, nous avons confiance tout le jour». Elle signifie que notre certitude de la venue de Machia’h est si forte que véritablement chaque moment du jour nous attendons son avènement.
Cependant, une question se pose. Il est dit que le prophète Elie viendra annoncer cette venue. Dès lors, comment peut-on penser que le Machia’h viendra à présent puisque le prophète ne l’a pas encore annoncé ? Mais cette procédure ne sera applicable que si la venue de Machia’h se déroule selon un processus habituel qualifié par le Talmud de «en son temps». Au contraire, si elle arrive «en hâte», Machia’h pourra être présent alors que le prophète ne sera pas encore venu.
(D’après un commentaire du Rabbi de Loubavitch) H.N.

Le coin de la Halakha
Qu’est-ce que la bénédiction de la lune ?
«Bénir la nouvelle lune en son temps est considéré comme accueillir la Présence divine» (Talmud).
Une fois par mois, alors que la lune est en phase ascendante, les Juifs récitent une bénédiction particulière appelée «Kiddouch Levana».
On peut réciter le Kiddouch Levana dès le troisième jour du renouveau de la lune – qui s’appelle le Molad. Mais, selon la Kabbale, il est préférable d’attendre une semaine entière. Par contre, on ne peut plus réciter cette prière après le 15ème jour du mois lunaire car la lune décroît.
Le meilleur moment pour réciter cette prière est le samedi soir, quand on quitte la synagogue et qu’on porte encore les habits de Chabbat.
On ne peut réciter cette prière que si la lune est visible et n’est pas obstruée par les nuages. On se tient à l’extérieur et on regarde la lune puis on se tourne vers l’est et on récite la bénédiction avec les versets et prières qui l’accompagnent. Plus il y a de participants pour cette courte cérémonie, mieux c’est car, après tout, on accueille la Présence Divine !
En présence d’un Minyane – dix Juifs – on récite le Kaddich.
Bien entendu, on n’adresse pas de prière à la lune mais à son Créateur pour Son œuvre merveilleuse qu’est le cycle cosmique. La lune possède le cycle mensuel le plus évident de toutes les étoiles et planètes. C’est pourquoi nous saisissons l’occasion de son renouvellement, de sa renaissance pour bénir D.ieu pour ce chef-d’œuvre.
Par ailleurs, le peuple juif est comparé à la lune, avec des périodes triomphantes puis des périodes décroissantes tout au long de son histoire. Il en est de même pour la Che’hina, la Présence Divine – qui est aussi comparable à la lune, par cet aspect-là. Le fait de bénir la lune lors de sa réapparition est une manière de renforcer notre confiance en D.ieu car nous sommes sûrs que la lumière de sa Présence emplira bientôt le monde quand notre peuple sera délivré de l’exil avec la venue de Machia’h.
Et c’est pourquoi cette petite cérémonie se termine avec des chants et des danses joyeuses. 
F. L.

 

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Edito
DE L’ENFANT À L’HOMME
La société occidentale, heureuse et satisfaite, légitimement fière du degré de prospérité inégalé jusqu’ici auquel elle est parvenue, a dressé à l’enfant un véritable piedestal. Avec beaucoup de justesse et peut-être un peu moins de conscience, elle a pris coutume de le considérer comme l’espoir d’un avenir meilleur, une annonce de lendemains plus beaux. Quoi de plus exact qu’une telle vision? Pourtant, comme toutes les conceptions générales, celle-ci ne révèle sa valeur véritable qu’après analyse de ses applications concrètes. Or, bien souvent, l’enfant est simplement devenu le jouet de surenchères publicitaires qui, loin de développer son immense potentiel, n’en ont fait qu’un acteur suractif de la consommation marchande.
Alors que le passage du temps et l’évolution du monde semblaient l’avoir tiré de son statut rabaissé des siècles passés, voici que sa nouvelle position l’a transformé en une sorte d’idole encensée et, par là même, esclave de désirs futiles que d’autres ont pensé pour lui. La santé d’une société se mesure aussi au temps et au soin qu’elle apporte à ses enfants. Sans doute est-il utile, dès lors, de s’interroger: pourquoi une telle dérive? Comment l’enfant a-t-il pu être réduit à une telle condition?
La réponse tient en un mot: éducation. “Eduque l’enfant selon son chemin; quand il aura grandi, il ne s’en détournera pas” dit la tradition juive. De fait, l’éducation est un processus long, complexe et essentiel. Elle est une action de chaque instant et passe tant par l’exemple des parents que par l’enseignement donné. L’enfant est porteur de tous les possibles. Il deviendra un être pleinement libre et conscient. Il sera alors en mesure d’assumer ses choix de la manière la plus réelle et la plus profonde. Et ses choix ne lui seront dictés par personne. Former un homme ou une femme libre, c’est lui donner les moyens d’interpréter le monde et ainsi d’en être l’acteur et non le simple sujet passif.
C’est le rôle de l’éducation juive authentique pour chacun de nos enfants. Pour un monde meilleur et sans doute un peu plus.
H. Nisenbaum

Vivre avec la Paracha
Du moi au moi

D.ieu dit à Abraham : “ pars pour toi, de ton pays natal, de ton lieu de naissance et de la maison de ton père, vers la terre que Je te montrerai ” (Genèse 12 :1)

Il y a trente siècles, vivait un homme qui, à l’âge de soixante-quinze ans, pouvait regarder en arrière sur une vie d’accomplissement réellement sans précédent. Jeune enfant, son esprit inquisiteur avait discerné une vérité grandiose dans les mécanismes de l’univers, et il vint à connaître le D.ieu Unique. Homme seul dressé contre le monde entier, il se battit contre le paganisme enraciné de son temps, conduisant de nombreux hommes à une vie de croyance monothéiste et de moralité. Et puis vint l’appel divin : “ Pars ! pars de ton pays, de ton lieu de naissance et de la maison de ton père, vers la terre que Je te montrerai ”. Maintenant que tu as pris conscience de l’entière capacité de tes forces conscientes, dit D.ieu à Abraham, “ pars pour toi ” pour ton véritable moi. Je te montrerai une terre qui est l’essence même de ta personne, une terre qui s’étend au-delà de la “ terre ”, du “ lieu de naissance ” et de “ la maison paternelle ” que tu connais. 

L’instinct, l’environnement et la raison

Les facteurs innombrables intervenant pour faire de nous ce que nous sommes peuvent être regroupés en trois catégories : ce qui est inné, ce qui est le produit de la formation initiale et ce qui est acquis plus tard.
Nous commençons une vie déjà programmée avec des penchants et des inclinations qui forment le psychisme inné et le caractère. Et puis commence, depuis le moment de la naissance, l’influence de notre environnement, quand les parents, les maîtres et les amis impriment leurs manières et leurs attitudes sur nos âmes. Enfin, une troisième et dominante influence s’exerce lorsque l’on atteint la maturité intellectuelle : seul l’homme, dans la création de D.ieu, a été nanti d’un intellect objectif avec lequel il peut, dans une grande mesure, choisir les stimuli auxquels il sera exposé et la manière dont il en sera affecté. Avec son esprit, il a la force de se développer au-delà et même à l’inverse de son moi génétique et conditionné. C’est là le sens plus profond des mots “ ta terre ”, “ ton lieu de naissance ” et “ la maison de ton père ”. Dans l’appel de D.ieu à Abraham. “Erets”, le mot hébreu pour “ pays ” et “ terre” est étymologiquement lié au mot “Ratsone” qui signifie “ volonté ” et “ désir ” ; c’est pourquoi “ ton pays ” se traduit aussi par “ tes désirs naturels ”. “ Ton pays natal ”, “Moladeté’ha”, est une référence à l’influence de la maison et de la société. Et “ Beth Avi’ha ” : “ la maison de ton père ” se réfère à l’homme comme être mûr et rationnel, forgeant sa tournure d’esprit, son caractère et son comportement avec l’objectivité transcendante de son intellect.

Selon les critères conventionnels, cela constitue l’étape ultime de l’accomplissement humain : le développement de ses instincts naturels, l’assimilation de vérités apprises et observées, et la transformation du moi à travers l’arbitrage objectif de l’esprit. En réalité, pourtant, l’intellect est encore une partie de notre humanité, restant toujours sujet aux déficiences et aux limites de l’état d’homme ; alors qu’il peut surmonter les limites de ce qui est inné ou marquant, l’intellect n’est jamais véritablement libre de l’ego et de ses préjugés. Mais il existe un moi plus élevé pour l’homme, un moi libre de toutes les limites de l’être humain. C’est l’étincelle de divinité qui est au cœur de son âme : l’essence divine que D.ieu a insufflée en lui, l’image de D.ieu selon laquelle il a été créé : le “Erets” que D.ieu a promis de montrer à Abraham.
Dans son itinéraire de découverte, Abraham dut quitter “ le pays, le lieu de naissance ”, la maison paternelle de sa Mésopotamie natale ; il rejeta bien évidemment la culture païenne de Our Kasdim et de ‘Haran. Mais ce n’est pas de ce départ dont D.ieu parle. Abraham reçut cet appel dans sa huitième décennie ; de nombreuses années après avoir renoncé au mode de vie païen de sa famille, de son lieu de naissance, reconnu D.ieu et exercé une profonde influence sur sa société. Et pourtant, il reçut un ordre: “ pars !  Sors de ta nature, sors de tes habitudes, sors de ta logique. Après avoir rejeté tes origines négatives et idolâtres, tu dois maintenant aussi transcender ton passé positif. Dépasse-toi même si tu es déjà parfait. La perfection humaine n’est pas suffisante”. Car tout accomplissement humain, fut-il intellectuel, reste limité et circonscrit à la nature humaine. Tel fut donc le premier commandement divin au premier Juif : “sors de tes limites pour accéder au “ moi ” que seul Moi Je peux te montrer, ce moi qui fait corps avec Moi”.

Etincelles de Machiah'
Pourquoi vouloir la Délivrance ?

L’homme doit attendre la venue de Machia’h car alors sera accomplie la volonté de D.ieu dans la création de l’univers. A ce moment, en effet, sera réalisée Sa “demeure ici-bas”. En d’autres termes, ce n’est pas du fait de ses préoccupations personnelles, pour parvenir à une prospérité matérielle ou même spirituelle plus grande, que l’homme doit désirer la Délivrance.
C’est là le sens de la nécessité de “ne pas y penser” que les Sages relèvent comme indispensable pour l’avènement de ce nouveau temps: il faut retirer sa pensée de tout ce qui touche à soi-même, matériellement  ou spirituellement, et ne désirer la venue de Machia’h que parce qu’ainsi se réalisera la volonté Divine.    
d’après un commentaire du Rabbi de Loubavitch – Chabbat Parchat Ekev 5713) H.N. 

Le coin de la Halakha
Le respect de parents (suite)

Question :
Le père enseigne des lois et coutumes. Le fils remarque que le père s’est trompé. Doit-il l’en aviser devant tout le monde ?
Réponse : Le fils peut prendre la parole et déclarer à peu près ceci : «Il est écrit dans tel livre que…» sans dire directement au père qu’il s’est trompé. Il est préférable de ne pas faire la remarque en public mais plutôt en aparté.

Question : De jeunes parents envisagent de donner un certain prénom à leur enfant. Les grands-parents attendent d’eux qu’ils lui donnent plutôt le prénom d’un grand-père ou d’une grand-mère. Quel prénom donner ?
Réponse : Le Rabbi de Loubavitch refusait de conseiller à de jeunes parents quel prénom donner à leur enfant. Selon le Ari Zal (qui vécut au 16ème siècle à Safed), c’est le père qui donne le prénom par esprit prophétique. Les grands-parents ne doivent pas s’interposer et doivent laisser aux parents le choix du prénom.

Question : Les parents souhaitent que l’enfant étudie dans telle institution juive. Mais l’enfant préfère une autre. Qui doit décider ?
Réponse : Selon la loi stricte, l’enfant doit étudier dans la Yechiva qui l’inspire. Cependant il s’efforcera de bien se conduire, aussi bien avec ses parents que dans sa Yechiva et, bien vite, les parents seront honorés par ses bons résultats et sa bonne conduite.   
F. L. (d’après Rav Yosef Ginsburgh)

 
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