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Edito Du temps et des hommes Le rapport des hommes au temps a toujours été comme un révélateur de leur vision du monde, de leur manière de le penser et de le vivre.
Même si le temps constitue sans doute une réalité objective, déposant son empreinte irrémédiable sur les paysages ou le visage des hommes, sa perception par les sociétés humaines a largement varié au cours des âges. C’est ainsi que le temps de l’antiquité appartenait à un quasi domaine du sacré. Mesuré avec attention, il s’écoulait avec une noble lenteur qui disait l’immuabilité des choses, l’éternité des systèmes, des civilisations et de leurs maîtres. Bien plus tard, vint le temps mécanique, celui que définissait l’inexorable – et presque parfait – mouvement des engrenages des montres bourgeoises. Ce fut comme si le temps s’était tout à coup accéléré, comme s’il avait pris un caractère plus impitoyable. C’est que l’industrieuse activité des hommes avait besoin d’un rythme plus cadencé et c’est à lui qu’il fallait soumettre chacun. Lorsque sonna l’heure du temps électronique, toujours fiable et constamment vérifié, commença le monde de l’immédiateté. Il fallut – il faut – que tout homme soit joignable à l’instant, que toute tâche s’annonce comme très urgente afin que tout change constamment, que rien ne soit assuré pour demain dans une humanité en recherche continue de repères toujours mouvants, que, d’une certaine manière, l’homme cesse d’être capable d’une pensée libre. Il y a manifestement, derrière ces manières très différentes de voir le temps, des façons induites de vivre étonnamment dissemblables. Pourtant ces perceptions si éloignées l’une de l’autre présentent un point commun : leur effet est de soumettre l’homme. Que cette soumission soit réalisée au bénéfice du monarque, de la recherche du profit ou d’une étrange oppression, la mesure du temps parvient à un tel résultat. Mais le temps pourrait ne pas être un tyran. Pour cela, il suffit à l’homme de s’en rendre maître, de ne pas le laisser imposer sa loi. Et si, au lieu d’en être les jouets, on se mettait à le compter... «Et vous compterez pour vous... sept semaines entières" commande le texte de la Torah. Sept semaines à compter entre la fête de Pessa’h et celle de Chavouot, jour après jour. Cela s’appelle le compte de l’Omer et cela change tout. Disant la bénédiction rituelle sur ce compte, chacun sanctifie le temps. Celui-ci cesse alors d’être la mesure d’une puissance aveugle et écrasante pour devenir, au côté de l’espace, une dimension du monde confiée à l’homme. Servir D.ieu dans le temps apparaît pour ce qu’il est : une libération. Jusqu’au temps d’éternité : la venue de Machia’h. Halakha Qui est obligé d’étudier la Torah ? Chaque Juif doit étudier la Torah, qu’il soit riche ou pauvre, en bonne santé ou non, jeune ou vieux, marié et occupé par sa vie de famille ou célibataire : chacun doit se fixer un temps pour l’étude de la Torah, le jour comme la nuit. Les femmes et jeunes filles ont l’obligation d’étudier les lois qu’elles doivent appliquer, c’est-à-dire les Mitsvot positives qui ne sont pas limitées par le temps ainsi que toutes les Mitsvot négatives : elles étudieront principalement toutes les lois relatives à la Cacherout, le respect du Chabbat et de la pureté familiale. Celle qui étudie la Torah – en dehors de ce qu’elle est obligée et en plus de ce qu’elle est obligée – et celle qui permet à son mari et son fils de l’étudier sont dignes de louange. De nos jours – puisque les femmes étudient de toute manière de nombreuses sciences «profanes» – elles ont l’obligation d’étudier également les raisons des lois de la Torah et la ‘Hassidout qui leur donnera l’enthousiasme nécessaire pour s’imprégner de la sainteté de la vie juive et renforcer leur croyance et leur confiance en D.ieu. Il est recommandé : - d’étudier à voix haute afin d’améliorer sa mémoire. - de réviser souvent afin de pouvoir retrouver facilement le point étudié - d’étudier dans un endroit saint (synagogue, école juive…) - d’étudier avec un ami de niveau similaire - d’étudier la Michna en souvenir d’un disparu - de fermer le livre une fois qu’on a fini d’étudier. F. L. (d’après Hamitsvaïm Kehala’ha) Histoire La bonne direction Ma mère qui avait toujours été très pratiquante se trouvait dans une maison de retraite depuis sept ans et demie. Souffrant de la maladie d’Alzheimer, elle ne se souvenait plus de mon nom ni de ceux des autres membres de sa famille – pratiquement rien sauf une chose : l’hébreu. Elle pouvait suivre toutes les prières avec l’officiant et pouvait même corriger les fautes de grammaire du jeune homme chargé de la stimuler et qui lui donnait chaque semaine un cours sur la Paracha. Le judaïsme était toute sa vie. Un vendredi après-midi, juste une heure avant Chabbat, je reçus un coup de fil du directeur non-juif de la maison de retraite, un homme très gentil et dévoué : «Madame, il semblerait que le fonds de retraite de votre maman va bientôt arrêter de payer pour ses repas cachères. Y voyez-vous une objection ?» - Oh non ! Bien sûr que je ne suis pas d’accord ! Mais que pouvais-je faire juste une heure avant Chabbat ? Je me sentis bouleversée, j’aurais tellement voulu aider Maman sur ce point si important. Mais je ne sais pas pourquoi, avant de raccrocher, je demandais au directeur : «Savez-vous ce qu’est une Mezouza ?» - Oui, bien sûr ! - Puisque nous parlons de cachère, savez-vous qu’une Mezouza doit aussi être cachère et être vérifiée de temps en temps par un scribe qualifié ? Je me demande depuis quand les Mezouzot de la maison de retraite n’ont pas été vérifiées… Bien sûr, il l’ignorait et nous avons soupiré ensemble : il faudrait beaucoup de temps pour découvrir le responsable administratif chargé de cela. Je le remerciais néanmoins et décidai que, même si la question de la nourriture cachère promettait d’entraîner un long combat bureaucratique, je pouvais peut-être me charger de la Mezouza de Maman. Après Chabbat, je pris conseil auprès d’un rabbin : «Selon la Hala’ha (la loi juive), la vérification de la Mezouza de la chambre de votre mère relève de sa responsabilité et non de celle de la maison de retraite. Comme elle est incapable de le faire, c’est à vous d’agir !». J’étais fixée, je pouvais au moins m’occuper d’un problème de cacherout. Cette semaine-là, mon frère et moi-même avons entamé les formalités pour résoudre le problème de la nourriture cachère. Mais nous avons rencontré des obstacles inattendus qui promettaient des difficultés immenses. Mon frère décida de prendre conseil auprès d’un professionnel de la législation. Une enquête fut ouverte sur les pratiques de la maison de retraite et les résultats devenaient de plus en plus… douteux et suspects. Cependant, sur «le front» de la Mezouza, un simple coup de fil le mardi auprès du Beth Habad local suffit : je parlai avec la jeune Rabbanit qui en fit part à son mari. Le lendemain, Maman reçut sa visite et il examina la Mezouza : «Je ne suis pas un scribe qualifié, me raconta-t-il par la suite et je ne l’ai examinée que superficiellement mais une chose est sûre : la Mezouza de votre Maman était fixée à l’envers. De plus, elle n’était pas protégée extérieurement par un étui». Il affirma qu’il retournerait dès que possible à la maison de retraite pour remettre la Mezouza – une fois qu’elle serait vérifiée par un scribe compétent – mais à l’endroit. Je répondis par e-mail qu’il devait tout simplement remplacer le parchemin à nos frais bien entendu et l’envelopper comme il convient. A peine le jeune rabbin avait-il replacé une Mezouza cachère – et à l’endroit – que je reçus des nouvelles du directeur : le problème de la nourriture cachère pour Maman avait été résolu ! Apparemment, le directeur de la caisse de retraite avait essayé de faire des économies qui n’étaient pas légales et on avait tout à fait le droit d’exiger de la nourriture cachère. De plus, de nouvelles Mezouzot étaient mystérieusement apparues à toutes les portes des chambres de la maison de retraite. Nul ne fut capable de me préciser d’où elles venaient. Et comme si ce n’était pas suffisant, un gros chèque que mon mari attendait depuis plus de six mois et dont nous avions désespérément besoin arriva par courrier. Morde’haï gravit joyeusement les escaliers quatre à quatre en criant avec des larmes de soulagement : «Nos problèmes sont résolus !». Au fond de moi, je n’étais même pas surprise... Sara Schmerler – L’chaim n°1217 traduite par Feiga Lubecki Sidra Tazria Metsora Dans le livre de Vayikra, la Torah parle de la Tsaraat, maladie qui se déclarait aux temps bibliques et que l’on traduit (souvent inadéquatement) par «lèpre». Cette maladie n’affligeait pas seulement les êtres humains mais également les objets inanimés, y compris les murs des maisons. Une honnêteté personnelle rigoureuse «Et le prêtre observera la région affectée» (Vayikra :13,3) Si l’on pensait avoir contracté cette maladie, il fallait subir un examen effectué par un Cohen qui se prononçait en déclarant le cas pur ou impur. Quelle que fut la décision du Cohen, elle s’imposait. L’interprétation traditionnelle de cette loi a trait à un cas où la personne concernée est elle-même un Cohen. L’on pose la question suivante : peut-il lui-même analyser sa propre condition ? La réponse sans ambiguïté est qu’il ne le peut pas. Il doit être examiné par quelqu’un d’autre pour savoir si son affection est un symptôme de la maladie suspectée ou celui d’une autre maladie. Dans les termes de notre développement spirituel, nous pouvons appliquer la même loi à tous types de maladies spirituelles. Nous ne sommes pas ceux qui posons le diagnostic final sur nos propres fautes ou manquements. Notre subjectivité ne nous permet pas d’émettre le jugement adéquat et jusqu’à ce que nous nous laissions examiner par un «prêtre», un guide spirituel ou un mentor de confiance, nous n’avons aucun moyen fiable de connaître la véritable nature du problème. Bien plus encore, en règle générale, l’orgueil et l’amour de soi rendent impossible un jugement sur soi objectif. C’est également pour cette raison qu’il est impératif que nous montrions les signes de notre maladie spirituelle à quelqu’un d’autre. Notre voyage vers la guérison demande une honnêteté personnelle rigoureuse. Nous devons nous forcer à un face-à-face avec nous-mêmes tel que nous n’en avons jamais fait. Toutefois, notre introspection n’est pas suffisante pour nous préserver. Nous devons également admettre devant une personne extérieure la nature exacte de nos erreurs. Parler à quelqu’un d’autre, généralement à notre guide spirituel, n’est pas seulement le moyen de nous soulager après avoir admis nos erreurs. C’est en fait la manière de réaliser concrètement tout un processus. Si nous devions ne jamais nous présenter à l’examen d’autrui, notre mise au point personnelle ne serait pas suffisante pour nous permettre d’avancer et guérir les défauts de notre caractère. En parler, nous ouvrir, montrer notre âme nue nous permet réellement de vérifier nos découvertes et avoir une image entièrement vraie de ce que nous sommes. Nous risquons de déclarer pur ce qui ne l’est pas et, ce qui est aussi dommageable, impur ce qui est pur. Enfin, il est tout à fait possible qu’en parlant à notre mentor, ce dernier nous aide à découvrir certaines vérités qui nous ont échappé lors de notre examen personnel. Comme dans les jours passés, où la déclaration du prêtre était suivie de moyens de traitement et de guérison, nous sommes également immédiatement engagés sur le chemin de l’amélioration de nos défauts et de notre personne. Des trésors cachés «Quand tu pénétreras en terre de Canaan que Je te donne en possession et que J’infligerai un cas de Tsaraat dans une maison…» (Vayikra 14 :34) Comme nous l’avons dit précédemment, la maladie de la Tsaraat pouvait également toucher les murs de la maison. Lorsque ce cas se présentait, toute la partie atteinte devait être enlevée, ce qui impliquait de grosses dépenses pour le propriétaire. Cette maladie étrange n’était pas une maladie physique ou concrète mais plutôt une manifestation physique ou concrète d’une maladie spirituelle. Quand une personne était spirituellement malade, D.ieu l’alertait de son état en touchant d’abord ses possessions puis son corps, pour qu’elle soit incitée à opérer un changement dans son comportement et faire ainsi Techouva (un retour vers D.ieu). Cependant, très souvent, un homme qui n’avait rien fait de mal découvrait que les murs de sa maison étaient infectés. Pourquoi les innocents souffraient-ils également ? La réponse à cette question est que de nombreux Juifs vivaient dans des maisons qui avaient été construites par les Cananéens, occupants précédents de la terre. Nombreux parmi eux étaient ceux qui avaient caché leurs trésors dans les murs de leurs maisons. Si bien que lorsqu’une maison d’un Hébreu se trouvait envahie par la tsaraat, il lui fallait démolir les murs et il trouvait le trésor caché. Ce qui donc avait paru être un mauvais coup du sort ou une punition injustifiée d’En Haut s’avérait être une grande bénédiction. Quand nous jetons un regard sur tous les soucis qui se sont présentés dans notre vie, il n’est parfois pas difficile de prendre son parti des problèmes qui se sont solutionnés. Nous réalisons que D.ieu nous a envoyé des signes visibles pour nous forcer à prendre conscience de nos véritables manquements d’alors. Mais qu’en est-il lorsque la vie nous frappe en pleine face, même lorsque nous sommes innocents, même lorsque nous faisons ce qui se doit ? Quand cela arrive, nous nous demandons ce que nous avons fait pour mériter de tels problèmes. Ce dont nous prenons conscience est que les trésors cachés de la vie ne sont parfois découverts qu’à travers des difficultés et les pertes. Ces difficultés que nous jugeons si vite comme un signe que D.ieu nous donne du «fil à retordre» peuvent être, en fait, Sa manière de nous envoyer des cadeaux qui vont au-delà de nos rêves. Nous pouvons maudire nos soucis et ignorer totalement le trésor qui a été prévu pour nous, bien plus abondant que le montant de notre perte. Bien sûr, si seulement nous savions ce qui se cache derrière le mur, nous serions heureux de le détruire. Mais nous ne le savons pas. Et c’est là qu’intervient la foi, pour se sentir serein, en sécurité, reconnaissant et heureux même quand nous ignorons ce qui arrive. Quand nous craignons les difficultés et les changements, non seulement manquons-nous de foi mais inconsciemment, nous renonçons aux grandes bénédictions qui nous attendent juste de l’autre côté de nos ennuis. Edito Le «savoir vivre» Nous laissons parfois des notions essentielles glisser à côté de nous sans y prendre garde alors même que l’on devrait s’en saisir avec toute la force possible tant elles détiennent de sens précieux.Il est vrai que le quotidien s’emploie à nous faire oublier l’important et nous laisser nous accrocher à ce qui n’est jamais qu’accessoire. Peut-être faut-il donc réfléchir un instant, se donner le temps de penser à ces mots si évidents qu’ils en semblent devenir anodins, et pourtant… Choisissons un exemple : la vie. Quel terme présente une richesse équivalente ? On l’utilise pour désigner tant de choses qui n’ont entre elles qu’un rapport ténu. On dira ainsi de celui qui travaille qu’il «gagne sa vie» ou de celui que l’attachement à D.ieu anime d’un feu ardent qu’il a une «profonde vie intérieure». Qu’est-ce donc que cette vie multiforme qui fait le tissu de nos jours ? Il faut sans doute poser la question d’une autre manière. Quels sont les contours de la vie ? En fait, si elle présente ce caractère si divers, c’est bien parce qu’elle est faite de tout ce que nous sommes. L’homme est, en effet, celui qui travaille, qui pense, qui prie, qui se nourrit, qui dort, qui étudie etc. Il est cet être multiple qui donne sens à tout ce qu’il touche. Car la vie se construit peu à peu de chacune de ses actions. C’est ainsi que nous voyons apparaître un choix fondamental : la vie nous conduit-elle ou savons-nous la conduire ? Nous modèle-t-elle ou pouvons-nous lui donner la portée juste ? La question va loin ; c’est de toute l’étendue de la liberté de l’homme qu’il s’agit. C’est pourquoi, il est nécessaire de porter en tête cette notion. Etre vivant, matériellement et spirituellement, est un immense privilège. Il implique d’être en éveil constamment afin, justement, que la vie ne se résume pas à une existence menée au jour le jour, simplement rythmée par les besoins du quotidien – même si leur satisfaction s’impose à l’évidence. Une telle réflexion conduit à voir dans la vie un véritable espace où le meilleur de l’homme a tous les moyens de se développer. D’une certaine façon, elle est ce lieu de merveilles où tout est possible à la seule condition – simple et complexe à la fois – que l’on y avance avec conscience et avec la volonté de parvenir au but fixé. Car tout cela a un objectif. Il s’agit, pour reprendre l’expression des Sages, de réaliser «une demeure pour D.ieu ici-bas» par nos actes de tous les jours. C’est alors que tout devient signifiant. L’acte le plus banal prend sens et puissance ; il est devenu acte vivant. Etre porteur de vie, être celui qui la dispense à toutes les créatures : c’est le sort de chacun. La vie est peut-être le plus beau mot que nous possédions. A nous d’en faire la plus grande des réalités. La vie est toujours au-devant de nous. H. NISENBAUM Vivre avec la Paracha La naissance La naissance et la renaissance sont les thèmes de ce Chabbat, à la fois par le contenu de la lecture hebdomadaire et la date dans le calendrier juif. La naissance spirituelle Chaque détail appartenant à notre monde humain a son parallèle au niveau spirituel. L’apogée des relations humaines se trouve dans celle qui unit l’homme et la femme dans le mariage. Avec l’aide de D.ieu, le mariage conduit à la naissance des enfants, garçons et filles. Dans divers passages de la Torah, l’image du mariage est utilisée pour décrire la relation qui unit le Peuple Juif à D.ieu. La plus célèbre d’entre elles se lit dans le Cantique des Cantiques du Roi Salomon. La « bien aimée » qu’on y trouve est le Peuple Juif qui entretient une relation complexe avec D.ieu : parfois, il s’éloigne de Lui, parfois il s’en rapproche. Le Prophète Yichayahou utilise également une métaphore similaire : Notre Paracha s’ouvre sur un passage évoquant la femme qui donne naissance à un enfant : «Quand une femme conçoit et porte un fils». On explique habituellement ce passage par son sens littéral. Si c’est un garçon, l’enfant doit être circoncis, et garçon ou fille, la mère se doit d’apporter une offrande au Temple, en général deux colombes. Elle apporte son don quarante jours après la naissance, si c’est un garçon et quatre-vingt jours plus tard, si c’est une fille. Ces colombes constituaient les offrandes les plus populaires apportées au Temple de Jérusalem. Le Rabbi cite le grand Sage marocain, Rabbi ‘Haïm ben Attar (auteur du commentaire Ohr Ha’haïm sur la Torah, 1696-1743) qui suggère une autre manière de lire ce texte. Tout comme dans le Cantique des Cantiques ou dans Yichayahou, la femme représente le Peuple Juif : à travers une relation accomplie entre le Peuple Juif et D.ieu naît un enfant.
Rabbi ‘Haïm explique que la naissance symbolise la Rédemption. Le sens de plénitude et d’accomplissement que ressent un couple lorsqu’ils ont un enfant reflète la très grande réalité spirituelle dont un Peuple Juif libre et indépendant fait l’expérience lorsqu’il est enfin capable de servir D.ieu d’une façon complète. Notre histoire nous présente un certain nombre d’exemples de rédemptions. Il y a plus de 3300 ans, il y eut la rédemption d’Egypte. Alors que nous vivions en Terre d’Israël, nous avons souvent subi les attaques et les persécutions de nos voisins et D.ieu nous en délivrait. Nous avons miraculeusement échappé à une menace d’extermination, à l’époque de Pourim. Nous avons été libérés de Babylone et sommes revenus en Terre d’Israël où nous avons construit le Second Temple. Quelques siècles plus tard, nous avons été sauvés de l’oppression grecque, à l’époque de ‘Hanoucca, etc. Le problème, à chacun de ces moments de rédemption, était qu’ils étaient suivis d’une nouvelle phase d’exil. Notre espoir et notre foi sont dans la Rédemption ultime, qui sera permanente et totale. Cela mettra fin à tout conflit, pour nous, le Peuple Juif, mais aussi à l’échelle du monde entier. Rabbi ‘Haïm explique que cette Rédemption permanente est symbolisée par la naissance d’un garçon décrite au début de la Paracha. Le mâle est physiquement plus fort et cette force dénote la permanence de la Rédemption. Comment y parvenir ? Quand la femme, le Peuple Juif, «conçoit». La graine est semée dans le sol et cette ensemencement représente notre service de D.ieu dans notre monde matériel. En fait, il existe des idées merveilleuses, des sentiments et des états de conscience auxquels nous devrions aspirer, mais la base réelle de toute chose est la réalité pratique de l’observance des commandements de la Torah dans notre vie quotidienne, comme manger des aliments cachers, donner la charité ou observer le Chabbat.
Ces réalités concrètes créent le lien tangible avec D.ieu qui mène à la naissance et comme conséquence de la naissance, à l’expérience merveilleuse d’apporter des offrandes au Temple, et pour l’humanité dans son ensemble, à l’accomplissement du but de la Création. La naissance et la renaissance Les cérémonies qui entourent le grand moment de la naissance et l’idée de la Brith Milah, l’Alliance de la Circoncision, qui crée un lien particulier entre D.ieu et l’enfant mâle nous sont expliquées. Les Sages nous disent qu’une fille est considérée comme née avec la circoncision. C’est pourquoi chaque Juif entre dans le monde avec un lien tout particulier avec D.ieu. La joie de la naissance est, nous l’avons vu, exprimée par l’offrande qu’apporte la mère, des deux colombes, au Temple. Il est courant que cette Paracha soit lue pendant le mois de Nissan, un mois joyeux, inextricablement lié avec Pessa’h et la Rédemption d’Egypte. Cet événement constitua en fait, la naissance du Peuple Juif. L’Exode est décrit en ces termes par le Prophète Yé’hezkyahou. Il utilise l’allégorie de la naissance pour décrire toute l’expérience du Peuple Juif quittant l’Egypte, errant dans le désert tout en mettant sa foi exclusivement en D.ieu, et finalement son développement en une nation mûre servant D.ieu par la Torah et ses commandements. Nous trouvons également des enseignements comparant notre expérience ultérieure d’exil à un état de grossesse. L’enfant pas encore né, est entièrement formé mais il ne fonctionne pas comme un être humain normal. Il possède des yeux et des oreilles mais il ne peut ni voir ni entendre. De la même façon, nous, le Peuple Juif, ne pouvons fonctionner convenablement, en utilisant pleinement notre stature et notre sensibilité spirituelles. Alors que nous sommes toujours en exil, nous accomplissons les Mitsvot mais nous ne sommes pas véritablement conscients de leur importance. C’est pour cette raison que de nombreuses personnes n’ont pas encore pris la mesure de l’importance de les observer. Si nous avions la conscience d’une personne mûre, c’est avec allégresse que chacun d’entre nous s’y livrerait de plein cœur ! Comme dans le cas d’une mère qui attend un bébé devant naître de façon imminente, nous aussi attendons avec impatience la renaissance et le renouvellement du Peuple Juif et du monde, avec la venue de Machia’h. L’attitude adéquate pendant ces derniers instants est l’accomplissement des Mitsvot, l’étude de la Torah et tout particulièrement l’amour de chacun. C’est ainsi que nous parviendrons à la naissance et la renaissance, pour le bien de l’humanité toute entière. Etincelles de Machiah' «En son temps, Je le hâterai» Le Talmud (Sanhédrin 98a) enseigne : «Il est écrit (Isaïe 60 : 22) ‘le Machia’h viendra en son temps, Je le hâterai’». Ces deux termes semblent contradictoires.
Viendra-t-il quand son époque sera enfin venue – «en son temps», ou D.ieu choisira-t-Il de rapprocher cet avènement tant attendu – «Je le hâterai» ? Le Talmud résoud cette apparente contradiction : «S’ils le méritent, ‘Je le hâterai’ ; s’ils ne le méritent pas, ‘en son temps’». Il faut ici relever une idée importante. Le temps de la Délivrance arrivera dans tous les cas. Certes, chacun souhaite que ce soit le plus rapidement possible. Toutefois, même s’il était retardé, lorsque le moment arrivera, l’impureté, le mal ne pourront que disparaître d’eux-mêmes pour laisser place à cette nouvelle et grande lumière. Le Tséma’h Tsédèk, le troisième Rabbi de Loubavitch, y apporte une explication : ils font référence à deux modes de Délivrance possibles : - «Je le hâterai» : cela décrit une Délivrance dans laquelle les hommes quitteront l’exil brutalement, comme en un saut. Elle conduira ainsi immédiatement aux degrés les plus élevés ; - «En son temps» : c’est une Délivrance dans laquelle cette élévation progressera graduellement et, par conséquent, plus lentement. (d’après Or Hatorah - Béréchit, p.86) H.N. (d’après Chaarei Orah, p.87) H.N. |