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Edito
  A l’avant-garde de la Lumière
Les hommes se rassemblent autour de la lumière dit-on. C’est sans doute là une bien ancienne évidence. De fait, depuis les temps les plus reculés, la lumière a joué ce rôle,

incarnant une puissante et rayonnante sérénité, créant comme une zone de protection autour d’elle. Elle a constitué comme un halo qui aurait repoussé les éléments négatifs et promettrait de grandir pour s’étendre peu à peu jusqu’à les chasser définitivement. Pour cela, la lumière est plus qu’un simple phénomène physique. Elle est, tout à la fois, un esprit de résistance, une volonté conquérante et pacifique et un espoir invincible.
Notre temps est parfois bien obscur. C’est une sorte de nuit qui semble souvent envahir les consciences. Celle-ci a pour nom violence, perte des repères, renoncement aux valeurs fondamentales, oubli des autres etc. Finalement, elle est l’élément constitutif de cette situation paradoxale qu’on dénomme l’exil où D.ieu Se dissimule dans Son monde et où, chez certains, le Bien le cède à son contraire. Lorsque, au fil des jours, l’homme avance au long de sa route, l’obscurité lui pèse. Il la ressent comme si le long voyage entrepris, celui de l’Histoire, devenait interminable, comme si sa conclusion reculait à chacun de ses pas. C’est justement alors que surgit ‘Hanouccah. Les flammes du chandelier de la fête s’élèvent. Elles éclairent le foyer de chacun et elles illuminent la nuit extérieure. Elles se dressent sur les places publiques et montrent aux hommes le chemin de la lumière.
Comme elle est douce, cette clarté qui monte vers les étoiles ! Comme elle est grande aussi ! Elle dit une vérité éternelle : l’obscurité finit toujours par être vaincue. Aussi puissante paraisse-t-elle être, aussi épaisse soit la façon dont elle parvient à recouvrir le monde, un petit éclat de lumière suffit à la disperser. La clarté de ‘Hanouccah se projette ainsi sur le monde. Sans doute est-ce la raison pour laquelle, au-delà des événements historiques qu’elle rappelle, elle fait sens pour tous. Lorsque la célébration revient, il nous appartient de nous en pénétrer. D’une certaine manière, nous sommes tous des porteurs de lumière. Ils ont été nombreux ceux qui, au cours des siècles, ont justement voulu l’éteindre. Ils ont connu le sort de toutes les obscurités ; ils ont disparu devant elle. Il nous faut, à présent, la diffuser encore, faire qu’aucun recoin obscur ne subsiste, en nous et à l’extérieur. Les temps de lumière arrivent, les flammes de ‘Hanouccah qui montent en chaque maison et dans l’espace public en sont comme l’avant-garde.


Etincelles
La place des portes
A propos du verset «ses portes s’enfoncèrent dans la terre» (Lamentations 2 : 9), les Sages enseignent (Midrach Ei’ha Rabba sur ce verset) que les portes s’enfoncèrent et furent ainsi cachées. Ainsi, quand Machia’h viendra et que le troisième Temple «descendra du ciel», les portes réapparaîtront et seront remises à leur place. L’idée est surprenante : comme le Temple lui-même descendra du ciel, des portes auraient pu déjà s’y trouver ?
Mais, comme l’enseigne le Talmud (Baba Métsia 53b), «L’homme préfère un ‘Kav’ en propre (de son travail) plutôt que neuf ‘Kav’ appartenant à son prochain». Aussi, dans Sa grande bonté, D.ieu laisse à l’homme une part dans l’œuvre d’édification du troisième Temple : les portes qu’il aura à mettre en place.
(d’après un commentaire du Rabbi de Loubavitch, Chabbat Parcaht Terouma 5744) H.N.


Halakha
Comment allume-t-on les lumières de ‘Hanouccah les vendredis après-midi 11 et 18 décembre 2009 ?
Il convient, avant l’allumage, de faire d’abord la prière de Min’ha.
Le maître de maison, et éventuellement tous les garçons de la maison, prononceront d’abord les deux bénédictions :
(1) «Barou’h Ata Ado-naï Elo-hénou Mélè’h Haolam Achère Kidéchanou Bémitsvotav Vetsivanou Lehadlik Ner ‘Hanouccah».
Béni sois-Tu, Eternel notre D.ieu, Roi de l’univers qui nous as sanctifiés par Ses Commandements et nous as ordonné d’allumer les lumières de ‘Hanouccah.
(2) «Barou’h Ata Ado-naï Elo-hénou Mélè’h Haolam Chéassa Nissim Laavoténou Bayamine Hahème, Bizmane Hazé».
Béni sois-Tu, Eternel notre D.ieu, Roi de l’univers qui as fait des miracles pour nos pères en ces jours-là, en ce temps-ci.
(Le vendredi 11 décembre, on ajoute) :
(3) «Barou’h Ata Ado-naï Elo-hénou Mélè’h Haolam Chéhé’héyanou Vekiyemanou Véhigianou Lizmane Hazé».
Béni sois-Tu, Eternel notre D.ieu, Roi du monde qui nous as fait vivre, exister et parvenir à cet instant.
On allumera d’abord la mèche ou la bougie située le plus à gauche puis celle qui la précède, etc… à l’aide de la bougie appelée «Chamach».
On aura pris soin de mettre assez d’huile dans les godets (ou d’avoir prévu des bougies assez grandes) pour durer jusqu’à une demi-heure après la nuit, c’est-à-dire jusqu’à environ 18h 25 (heure de Paris). Après l’allumage, on récite «Hanérot Halalou».
Ensuite, les jeunes filles et les petites filles allumeront leurs bougies de Chabbat (après avoir mis quelques pièces dans la boîte de Tsédaka (charité) ; les femmes mariées allumeront au moins deux bougies. Elles réciteront la bénédiction :
«Barou’h Ata Ado-naï Elo-hénou Mélè’h Haolam Achère Kidechanou Bémitsvotav Vetsivanou Lehadlik Ner Chel Chabbat Kodech».
Béni sois-Tu, Eternel notre D.ieu, Roi du monde qui nous as sanctifiés par Ses Commandements et nous as ordonné d’allumer la lumière du saint Chabbat.
Tout ceci devra être terminé avant 16h 39 (heure de Paris) le vendredi 11 décembre et avant 16h 35 le vendredi 18 décembre.
Une jeune fille (ou une femme) qui habite seule devra elle aussi procéder d’abord à l’allumage des lumières de ‘Hanouccah puis des bougies de Chabbat, avec les bénédictions appropriées.
F. L.


Sidra
Vayéchèv
Et il m’a tiré d’un puits tumultueux, de la fange de Yavane (Psaumes 40:3)
Yavane signifie la boue (Rachi, ibid)

‘Hanouccah célèbre la victoire de la Judée sur la Grèce, d’une petite troupe de Juifs sur ceux qui tentaient de subvertir leur foi et profaner la sainteté de leur vie.
Dans le cours de presque cinq millénaires de l’histoire juive, de nombreuses idéologies et cultures ont cherché à compromettre notre allégeance à D.ieu et à Sa Torah. Mais quelque chose d’unique caractérise le défi lancé par les Hellénistes, il y a de cela vingt et un siècles, quelque chose qui marque ‘Hanouccah comme le triomphe ultime de l’esprit sur la matière et de la lumière sur l’obscurité.
La terre et la matière
En général, les facteurs qui peuvent miner l’intégrité de la foi d’un Juif et son engagement pour D.ieu entrent dans deux catégories.
Les plus flagrantes sont ceux d’ordre matériel. Le Juif qui vivait dans l’Europe du moyen-âge avait le choix : soit il restait attaché à sa foi et souffrait d’humiliations, de pauvreté, de fréquentes expulsions ou de massacres, soit il acceptait de se soumettre à la foi de ses «hôtes». L’Amérique et l’Europe du vingtième siècle offraient le même choix, quoiqu’en termes plus humains, invitant les Juifs à délaisser le Chabbat, les Tefiline et la Cacheroute pour une lente dissolution dans le «melting pot», la culture environnante et faciliter ainsi l’accession au «rêve américain» ou à l’ «européanisation». Au niveau individuel, nous sommes chaque jour en prise au choix de consacrer notre vie à servir notre Créateur et accomplir le but de notre création ou de poursuivre notre quête de gratifications et de gains matériels.
Les défis idéologiques sont plus subtils : il s’agit de doctrines et de philosophies qui clament  n’avoir pour but que la vérité et peuvent même épouser des comportements altruistes et des buts transcendants. Mais elles n’en sont pas moins étrangères à l’âme juive. Un Juif séparé de ses racines et ignorant ou dépréciant son héritage est une proie toute prête pour ces « eaux étrangères » qui lui offrent d’apaiser sa soif spirituelle.
La troisième catégorie est infiniment plus nocive : il s’agit de doctrines qui brassent le matérialisme et les fontaines de la raison pour en faire une boue mortelle.
Un individu enterré dans la matérialité peut creuser et se frayer un chemin qui le mènera vers le soleil. Un homme qui sombre dans la mer d’une rationalisation erronée peut se débattre, faire surface et nager vers la rive. Mais celui qui a ajouté de l’eau à sa terre, qui sature son matérialisme de liquide intellectuel fabrique un bourbier dont il est plus difficile de s’extirper. Quand son âme tente de se détacher de la mondanité et du matérialisme, une armée de rationalisations se soulève pour faire taire cette aspiration. Et quand son esprit commence à s’éveiller devant la fausseté des principes étrangers, la matérialité le saisit et le fait redescendre. Il est constamment récupéré et tous les efforts de l’esprit et de la volonté qu’il investit pour s’ériger au-dessus de son enlisement sont contrés par la tourbière d’un hédonisme idéalisé.
Tel est le défi que durent affronter nos ancêtres durant la domination grecque sur la Terre Sainte. Yavane, le mot hébreu pour désigner la culture helléniste, signifie «boue» (comme dans le verset des Psaumes cité ci-dessus). Les réformateurs hellénistes firent plus que d’attirer et forcer le peuple d’Israël à embrasser le culte du corps grec. Ils cherchèrent également à les endoctriner avec une philosophie qui exaltait la matérialité et faisait de son culte son idéal. Le Grec n’était pas simplement un païen, c’était un païen esthétisé par l’art, glorifié par la poésie et dévoué à la raison. Le Grec n’était pas simplement un matérialiste mais celui qui avait pétri ses aspirations matérialistes dans les eaux sublimes de son intellect pour former un amalgame qui adhérait à l’âme et l’attirait petit à petit, membre par membre dans la boue de Yavane.
Contrairement à l’eau dans laquelle on peut sombrer lentement jusqu’au fond mais d’où l’on peut également remonter, la boue de Yavane agit lentement, attirant la personne vers le bas, peu à peu, pas à pas. Mais son enlisement est régulier et risque d’être irréversible. En fait, tous les efforts pour l’en extraire en utilisant les moyens ordinaires sont voués à l’échec ; il faut faire agir la toute puissance de la foi pour y parvenir.

La boue sainte
Quelle que soit la composition de la boue, même si l’eau utilisée provient du puits le plus pur, quand elle est mêlée à la terre, elle donne de la boue.
C’est la raison pour laquelle nos Sages ont dit : «si l’étudiant en Torah est méritant, la Torah devient pour lui un élixir de vie ; s’il ne le mérite pas, elle devient une potion mortelle pour lui » (Talmud Yona 72b). Le mot hébreu ze’hout («mérite) signifie également «raffinement». Ainsi les paroles que l’on vient de citer peuvent aussi se lire : si l’étudiant dans la Torah se raffine, la Torah devient pour lui un élixir de vie, s’il ne se raffine pas, elle devient une potion mortelle pour lui. S’il ne raffine pas son âme, ne nettoie pas son caractère de la souillure de ses instincts les plus bas, les eaux de la Torah deviennent pour lui un puits de dépravation. Au lieu de sustenter son âme, sa sagesse et sa connaissance, elles ne font que nourrir son ego, justifier ses iniquités et l’aider dans ses manipulations et la distorsion de la vérité.
C’est là la leçon éternelle de ‘Hanouccah : l’intellect peut être la faculté la plus élevée mais il peut également être l’instrument de sa chute vers les abîmes les plus profonds. ‘Hanouccah célèbre la purification du Temple de la corruption helléniste, le triomphe de l’essence la plus pure du Judaïsme représentée par la petite fiole d’huile pure qui brûla dans la Ménorah pendant huit jours, par-dessus la boue de la Grèce.
Chacun de nous possède une telle petite fiole d’huile dans le puits de notre âme, une réserve d’engagement supra rationnel à l’égard de notre Créateur et qui possède la force d’illuminer notre vie d’une lumière pure et inviolable, une lumière qui assure que notre quête d’eau ne nous laisse pas nous enliser dans la boue.

* * * * * * 

Edito
Plaidoyer pour la lumière

Mois de Kislev – temps de lumière. Que ce soit celle des enseignements du ‘Hassidisme (le 19 Kislev tombe cette semaine) ou celle de ‘Hanouccah(la semaine prochaine), tout nous indique qu’elle imprègne la période dont chacun des jours semble, de ce fait, porteur d’une aura particulière. Pourtant, la nuit semble aussi bien épaisse. Parfois, elle paraît si puissante que la lumière elle-même n’est plus, dans l’esprit de bien des hommes, qu’un motif de lointaine nostalgie. Et la pesanteur des choses fait comme un cocon autour de la conscience, habituant chacun à cette situation étonnante où, peu à peu, tout s’estompe dans un oubli plus ou moins consenti ou une indifférence plus ou moins assumée. C’est alors que la vie perd de ses couleurs et l’homme de son espérance.
Et pourtant la lumière est belle. Elle est si belle qu’elle est un vecteur de chaleur, un élément indispensable à l’existence. « Les hommes se rassemblent autour de la lumière » fait remarquer l’adage ‘hassidique – une manière de dire que celle-ci est, en quelque sorte, bien plus qu’elle-même. Elle est comme un pôle qui attire tous ceux qui ont reçu ce don précieux qu’est la vie humaine. Ils aiment y voir une assurance, comme une confirmation qu’ils ne sont pas seuls dans l’univers, abandonnés à un sort aveugle et dépourvu de sens. Ce n’est certes pas un hasard si les commentateurs du texte biblique l’ont choisie pour représenter la vitalité par laquelle D.ieu fait exister le monde. Car, de fait, elle est facteur de vie. Aussi loin que la mémoire historique remonte, la lumière a toujours été présente. Elle a accompagné le développement de la civilisation en chassant les ténèbres extérieures, elle continue d’avoir ce pouvoir : chasser celles de l’esprit et de l’âme. Les femmes et les jeunes filles juives le savent qui allument, chaque vendredi, les bougies de Chabbat.
Alors, il faut la laisser monter, en nous et autour de nous. C’est vrai, parfois la violence et la grossièreté du monde viennent nous défier. Elles nous crient au visage qu’elles veulent rester les maîtresses de l’univers. Elles savent prendre le visage monstrueux de la barbarie, celui de tous les dévoiements. Les porteurs de lumière se laissent-ils impressionner ? Jamais. Comme toujours, assurés de la justesse de leur combat de paix, ils avancent avec sérénité. Le cône de lumière qu’ils projettent pénètre enfin la substance des choses et révèle que la création est d’abord affaire de bien, de bonté. 19 Kislev, ‘Hanouccah, tous les jours, les semaines et les mois qui suivent : la vie est en marche et les temps de toute Lumière approchent.
H. Nisenbaum

Vivre avec la Paracha
Reouven et Yehouda

Dans les bénédictions qu’il donna à ses enfants avant de quitter ce monde, Yaakov assigna à chacun d’eux une tâche particulière dans la formation du Peuple Juif. Les douze fils de Yaakov devinrent les douze tribus d’Israël dont toutes les vocations individuelles réalisent la mission d’Israël.
A Yehouda, le quatrième fils de Yaakov fut confié le rôle de souverain et dirigeant, dans les mots mêmes de Yaakov: “le sceptre ne quittera pas Yehouda, pas plus que la plume du législateur ne quittera ses descendants; devant lui les nations se soumettront jusqu’à la venue de Chiloh”. Depuis le Roi David, tous les dirigeants légitimes du Peuple Juif : les rois, les nessiim (les princes), les exilarques, et ce jusqu’à Machia’h, ont appartenu et appartiendront à la tribu de Yehouda.
Par le droit, la souveraineté aurait dû appartenir à Reouven, le fils aîné de Yaakov. Mais Reouven avait péché contre son père, perdant de ce fait son droit qui fut alors transféré à Yehouda. Pourquoi Yehouda ? Nos Sages identifient deux qualités qui lui valurent la position suprême en Israël :
a) Quand les autres fils de Yaakov complotèrent pour tuer Yossef, Yehouda sauva sa vie: « Quel bienfait tirerons-nous en tuant notre frère et en couvrant son sang? » argua Yehouda, « vendons-le aux Ismaélites et ne lui faisons pas de mal de nos propres mains, car il est notre frère, de notre chair ». Les autres acceptèrent et Yossef fut sorti du puits infesté de serpents dans lequel il avait été jeté. Puis il fut vendu comme esclave.            
b) Yehouda reconnut publiquement sa culpabilité dans l’épisode avec Tamar, sauvant ainsi de la mort elle-même et les deux fils  qui allaient lui naître.
Il semblerait toutefois que Reouven ne fut pas moins vertueux que Yehouda. En fait en relation à ces deux domaines, les actes de Reouven furent plus grands et ses intentions plus pures.
En ce qui concerne le complot pour tuer Yossef, ce fut Reouven qui sauva le premier la vie de Yossef en suggérant à ses frères qu’au lieu de le tuer, il était préférable de le jeter dans le puits. Comme l’atteste la Torah, il agit ainsi “pour le sauver de leurs mains et le rendre à leur père” (Reouven ignorait que le puits était rempli de serpents et de scorpions). La Torah témoigne également que Reouven n’était pas présent lorsque Yossef fut vendu et relate son choc lorsqu’il ne le retrouva pas dans le puits alors qu’il était revenu l’en sortir, et ses reproches à l’encontre de ses
frères pour l’acte qu’ils venaient de commettre.
Yehouda, quant à lui, ne fit que suggérer une façon plus profitable de se débarrasser de Yossef (la Torah n’évoque pas d’intentions cachées de sa part) et fut responsable de la vente de Yossef comme esclave. En fait plus loin, nous voyons les autres frères accuser Yehouda “C’est toi qui nous as dit de le vendre. Si tu nous avais dit de le ramener [à la maison] nous t’aurions écouté” (Rachi Beréchit 38:1).
En ce qui concerne la pénitence publique de Yehouda, là encore il avait été surpassé par Reouven. Reouven admit également qu’il avait péché et s’en repentit. Mais alors que Yehouda se trouvait devant le choix d’admettre sa responsabilité ou de causer la disparition de trois vies innocentes, dans le cas de Reouven, il ne devait affronter aucun dilemme semblable. Plus encore, sa pénitence ne s’interrompit pas avec la reconnaissance unique de sa culpabilité mais continua à consumer son être tout entier pendant de nombreuses années. En fait, la raison pour laquelle Reouven n’était pas présent lors de la vente de son frère Yossef, neuf années après son méfait contre son père, était qu’“il était occupé, vêtu d’un sac [habit de deuil] et jeûnait”.
Le Rabbi explique qu’en ce qui concerne les qualités personnelles, Reouven dépassait, en effet, Yehouda, à la fois dans la pureté de ses intentions à l’égard de Yossef, et dans l’intensité de sa repentance sur ses manquements.
Mais Yehouda fut celui qui dans les faits sauva Yossef, alors que Reouven sans le vouloir l’avait mis en danger mortel. Dans le même esprit, la repentance de Yehouda sauva trois vies alors que les remords de Reouven n’aidèrent personne ; en fait s’il n’avait pas été préoccupé de son sac de deuil et son jeûne, il aurait pu empêcher que Yossef soit vendu en esclavage.
En fait, Reouven garda ses droits de fils aîné de Yaakov pour tout ce qui le concernait en tant qu’individu. Mais il perdit son rôle de chef en négligeant les préalables essentiels pour cette fonction. Pensant que dans l’instant Yossef était en sécurité, il se précipita pour s’occuper de ses propres prières et de sa pénitence, oubliant que se soucier de son prochain doit toujours prendre la priorité sur ses propres aspirations, quelles que pieuses qu’elles soient.
Alors que Reouven pria et jeûna, Yehouda agit. Yehouda gagna la fonction de chef d’Israël en reconnaissant que lorsque l’autre est dans le besoin, a besoin de nous, nous devons mettre de côté nos considérations et nos préoccupations personnelles et nous impliquer. Même si nos motivations manquent de perfection, il est des situations où l’on ne peut se permettre d’attendre.

Etincelles de Machiah'
Le soleil et la lune

Le texte de la Torah (Gen. 38 : 28-30) nous annonce la naissance de Pérètz et Zara’h, fils de Yéhouda. A leur propos les commentateurs relèvent que Zara’h est comparable au soleil tandis que Pérètz l’est à la lune. Quel est le sens de cette parabole ?
Le soleil représente le mode de service de D.ieu des Justes. En effet, ceux-ci ne connaissent ni changement ni chute. Comme le soleil qui éclaire de façon constante, ils sont d’une perfection immuable. A l’inverse, la lune symbolise le service de D.ieu des Baalei Techouva, ceux qui ont commis des fautes et sont revenus à D.ieu. Ils ont ainsi connu la chute et redécouvert la plénitude, comme la lune qui décroit pour revenir à la perfection.
Cette idée explique pourquoi c’est de Pérètz, ancêtre de la dynastie du roi David, que descendra le Machia’h. Car un des apports essentiels de ce dernier sera justement de donner accès à la Techouva aux Justes puisque celle-ci est toujours d’une grandeur et d’une puissance inégalables !
(D’après Likoutei Si’hot vol. XXX  – Parachat Vayéchev II) H.N.

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Edito
Que le jour se lève !

L’histoire est connue. Dans la semaine du 19 Kislev, «Roch Hachana de la ‘Hassidout», elle s’impose avec une urgence impérative : «Un jour, le Baal Chem Tov laissa son âme s’élever dans les mondes spirituels. Là, il parvint jusqu’au ‘Palais du Machia’h’. Il posa alors à ce dernier l’éternelle question : ‘Maître, quand viendras-tu ?’ ‘Quand les sources de tes enseignements se seront répandues au dehors’ lui fut-il répondu.»
Certes, l’histoire n’est pas nouvelle. Elle fait même partie de ce fonds traditionnel qui a le secret de réapparaître à chaque fois que l’on en a besoin, et toujours de manière opportune. N’est-ce pas, cependant, l’occasion d’en retrouver toutes les implications ? L’image est véritablement vertigineuse : le Baal Chem Tov, fondateur du ‘hassidisme, interrogeant le Machia’h sur le temps de sa venue… Il est vrai que cette question est sur les lèvres de tous depuis que le monde fut créé et qu’elle ne cessera d’être posée que lorsque l’avènement tant attendu se sera enfin concrétisé. Pourtant, un tel dialogue interpelle. Il nous dit que l’attente est constante et partout, que les mondes spirituels eux-mêmes l’expriment. Il nous dit aussi que la réponse est largement entre nos mains.
De fait, Machia’h, interrogé, livre ici une clé : la diffusion des enseignements du Baal Chem Tov, la ‘Hassidout, est le secret de sa venue. Il est loisible de s’interroger sur cette relation. L’étude de la Torah est toujours essentielle, dans toutes ses parties. Pourquoi la ‘Hassidout joue-t-elle particulièrement comme un rôle de catalyseur des efforts millénaires du peuple juif ? Elle est l’essence ultime, que D.ieu révéla parce que la lumière doit toujours l’emporter sur l’obscurité. Elle est cette essence qui pénètre tout et ne se confond avec rien tant elle transcende tous les niveaux qu’elle peut rencontrer. Elle est cette essence qui anime tout ce en quoi elle se revêt.

Mais cette «diffusion» doit aller plus loin encore. Elle ne doit pas se contenter de rester limitée à un cercle d’initiés, voire à un large groupe d’érudits enthousiastes. Elle doit atteindre «l’extérieur» : ce domaine où tous les efforts, même les mieux intentionnés, renoncent. Elle doit atteindre aussi «l’extérieur» personnel de chacun, cette zone d’ombre de la personnalité que la lumière ne parvient pas toujours à percer. La ‘Hassidout ? Une étude, une vision, une lumière. Voici que le jour se lève.
H. Nisembaum

Vivre avec la Paracha
Un moment de solitude

La Paracha de cette semaine relate l’histoire dramatique de Yossef, un jeune homme extrêmement beau, qui accapara l’esprit de la femme de son maître. Elle tenta désespérément de l’entraîner dans une relation intime, mais il ne cessa de refuser.
Et puis vint le jour fatal «quand il entra dans la maison pour faire son travail et aucun membre du personnel n’était à l’intérieur. Elle l’attrapa par son manteau et le supplia : «viens avec moi». Il la fuit, laissant son manteau entre ses mains et se précipita à l’extérieur.»
Humiliée et furieuse, elle utilisa le manteau comme preuve qu’il avait tenté d’abuser d’elle. Son mari, Potiphar, fit emprisonner Yossef pendant les douze années suivantes jusqu’au jour où, par une succession étonnante d’événements, Yossef devint vice-roi d’Egypte.
La question qui se pose est la suivante : pourquoi cet épisode est-il relaté avec force détails dans la Torah ? L’objectif de ces chapitres est de raconter la manière dont la première famille juive arriva en Egypte. C’est pourquoi, nous lisons la vente de Yossef comme esclave en Egypte, sa condamnation à la prison et sa rencontre, en ces lieux, avec les ministres du roi. Cela aboutit finalement à sa libération et à sa nomination comme vice-roi du pays, dans une période critique de famine. C’est ce qui, en dernier ressort poussa son père et toute sa famille à émigrer en Egypte.

Pourquoi donc la Torah trouve-t-elle nécessaire de relater l’histoire de la lutte entre Yossef et la femme de son maître ? Qu’y a-t-il d’important pour nous à connaître les détails de l’épisode qui causa son emprisonnement ?

Le visage de Yaakov
Le Midrach explique la phrase selon laquelle Yossef «entra dans la maison pour faire son travail et aucun membre du personnel n’était à l’intérieur». Quel travail Yossef venait-il accomplir ?
Le Midrach indique que le «travail» de Yossef consistait, en fait, à céder aux avances de cette femme. Après toutes ses suppliques incessantes, Yossef était sur le point de succomber. Mais au moment où cette union allait se matérialiser, le visage de son père, Yaakov, lui apparut soudainement. Cela l’incita à rejeter la tentation et à fuir.

A nouveau une interrogation nous assaille : qu’y avait-il dans le visage de Yaakov qui puisse inspirer Yossef au point de repousser une telle tentation ?

L’esclave solitaire
Réfléchissons de plus près à la condition psychologique et physique de Yossef, en ce jour fatidique.
Yossef était un esclave de dix-huit ans, dans un pays étranger. Il ne possédait pas même son propre corps, puisque son maître exerçait un contrôle absolu sur sa vie. Il n’avait pas le moindre ami, pas un seul membre de sa famille près de lui. Sa mère, Ra’hel, était décédée alors qu’il n’avait que neuf ans et son père le croyait mort. Ses frères le haïssaient, c’étaient eux qui l’avaient vendu comme esclave et lui avaient dérobé sa jeunesse. On peut aisément imaginer le sentiment profond de solitude qui régnait dans le cœur de ce jeune homme.
C’est dans ce contexte qu’il nous faut comprendre le dilemme de Yossef. Une personne vivant dans une telle solitude peut non seulement succomber à des tentations d’une puissance extrême mais également ressentir qu’une action unique de sa part ne changera rien au cours ultime des choses.
Après tout, quel était le danger ? Il était probable que personne ne découvrirait jamais ce qui s’était passé. Yossef ne devait pas rentrer le soir chez lui pour affronter une épouse dévouée ou un père spirituel. Il ne devait pas non plus rejoindre une famille ou une communauté garantes de valeurs morales. Il se retrouverait seul, après les faits, tout comme il l’était avant. Alors quelle importance pouvait bien revêtir cet acte isolé ?

De plus, il nous faut prendre en considération la puissance que possédait cette noble égyptienne qui tentait de séduire Yossef. Elle était en posture de transformer sa vie en paradis ou en enfer. En fait, c’est ce qu’elle fit par la suite, le faisant incarcérer pendant douze ans sur des accusations fallacieuses.
Quel fut donc le secret de la rectitude morale de Yossef ? Qu’est-ce qui donna à un esclave solitaire et fragile la force de rejeter une tentation si grande ? «Le visage de son père Yaakov» ! C’est ce qui donna à Yossef le courage extraordinaire de faire taire ses impulsions et de rejeter cette femme noble.
Mais pourquoi ? Yaakov vivait à des milliers de kilomètres, ne sachant pas que son fils était en vie. Quelle magie résidait-elle dans sa physionomie ?

Le moment unique d’Adam.
Le Talmud présente une tradition orale selon laquelle «la beauté de Yaakov reflétait la beauté d’Adam» le premier être humain formé par le Tout Puissant Lui-même. C’est pourquoi, quand Yossef vit le visage de Yaakov, il contempla également le visage d’Adam.
D.ieu, nous le savons, ordonna à Adam de ne pas goûter au fruit de «l’arbre de la connaissance». Sa désobéissance altéra à tout jamais le cours de l’histoire de l’homme et du monde. Bien que son acte fût apparemment insignifiant : manger un fruit unique d’un arbre unique, cet acte, minuscule fût-il, continue à résonner dans la conscience de l’humanité jusqu’à ce jour.
Pourquoi ? Parce que chaque être humain fait partie du nœud par lequel le ciel et la terre sont liés. Le rêve de D.ieu n’est pas d’être seul mais d’avoir l’humanité comme partenaire dans la tâche continuelle de guérir le monde. Avec chaque action que nous accomplissons, soit nous avançons, soit nous obstruons l’avancée vers la Rédemption. Soit nous réduisons, soit nous renforçons la force du mal. Quelque chose d’éternel et de Divin est à la clé de chaque décision, de chaque mot, de chaque acte émanant de chaque homme, femme ou enfant.
Quand Yossef vit le visage d’Adam, il fut envahi d’une dignité inébranlable, comme une bougie de D.ieu allumée sur son chemin cosmique. Voir le visage d’Adam rappela à Yossef la façon dont chaque acte isolé, accompli dans un moment unique, par un individu solitaire, peut changer l’histoire pour toujours.
C’est là le sens de la narration que fait la Torah de cet épisode. Durant nos moments solitaires de désespoir, quand nous aussi pouvons sentir que personne ne se soucie de nous et que nous sommes seuls dans un univers gigantesque et indifférent, nous ne devons jamais tomber dans ce piège : l’issue facile d’une gratification immorale. Nous devons nous souvenir que quelque chose de très vrai et d’absolu est en jeu, à chaque moment de notre existence et dans chaque acte que nous accomplissons.
Si seulement nous ouvrons les yeux, nous pourrons voir le visage de notre père qui nous chuchote à travers les vents silencieux de l’histoire que nous ne sommes pas une créature isolée dans un monde titanesque, créature dont le comportement n’a aucune conséquence. A chaque instant, D.ieu a besoin de chacun de nous et de nous tous
pour apporter la Rédemption dans Son monde.

Etincelles de Machiah
«Diffuser les sources»

Comment est-il possible de dire que, précisément dans notre génération – une génération imparfaite – il doit y avoir l’œuvre de «diffusion des sources de la ‘Hassidout à l’extérieur» ?
A l’approche de la Délivrance future, le mode précédent de service de D.ieu – sans cette «diffusion des sources à l’extérieur» – présente un manque. Aussi, c’est dans ces dernières générations, et particulièrement dans la nôtre, que notre effort doit se déployer dans ce sens avec encore plus de puissance et d’énergie.
D’après un commentaire du Rabbi de Loubavitch –Chabbat Parchat Toledot 5744    H.N.

Le coin de la Halakha
Est-il recommandé de «faire Techouva»
(retourner à D.ieu) même s’il est évident que cela ne durera pas longtemps ?
Oui.
Le regretté Rav Moché Feinstein le déduit du récit des douze explorateurs : alors que dix d’entre eux avaient persuadé le peuple juif dans le désert que la conquête du pays d’Israël était impossible, Calev réussit à calmer (provisoirement) le peuple. Il lui donna espoir, élimina ses peurs de la guerre et de la défaite ; pour cela, il fut récompensé par D.ieu, mérita d’entrer en Erets Israël et la ville de ‘Hévron lui fut donnée en héritage.
Bien que l’influence de Calev sur le moral du peuple ne fût que temporaire (les dix autres explorateurs parvinrent malheureusement à persuader les Juifs que cette conquête était impossible), Calev fut récompensé. Ceci nous enseigne la valeur de la Techouva, même si celle-ci ne dure qu’un moment.
Ce concept peut aussi être illustré par une loi du Talmud (Yoma 85a à propos de la Michna 83a) : «Si une maison s’écroule Chabbat mais qu’on trouve sous les débris une personne vivante, on doit la dégager. Le Talmud lui-même pose la question : n’est-ce pas évident ? Et il répond : ceci s’applique même si la personne est dans un état désespéré et n’a plus que quelques instants à vivre». Il est obligatoire, Chabbat, de tout mettre en œuvre pour sauver même une personne qui ne pourra logiquement plus respecter un autre Chabbat.

Si l’extension de la vie physique – même pour un court laps de temps – est si importante qu’elle justifie la violation du Chabbat, combien plus l’extension de la vie spirituelle ! conclut Rav Moché Feinstein. Il est donc évident que chacun doit faire tous les efforts possibles pour inspirer d’autres Juifs à penser à D.ieu et à respecter des Mitsvot, même si le résultat ne semble que temporaire. Ces quelques instants positifs ont une valeur spirituelle immense.
Rav J. Simcha Cohen – West Palm Beach, Floride The Jewish Press traduit par Feiga Lubecki

 
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